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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103022

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103022

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 août 2021, le 5 octobre 2021 et le 16 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2021 par laquelle le président de l'université de Tours a rejeté son recours gracieux dirigé à l'encontre de la délibération du 13 juin 2021 par laquelle le jury du master 1 " chimie et science des matériaux ", à la suite de son ajournement, a refusé son admission au redoublement ;

2°) d'enjoindre à l'université de Tours de la maintenir dans le master 1 " Chimie et sciences des matériaux " pour lequel elle a été admise à redoubler provisoirement en exécution de l'ordonnance n° 2103023 rendue par la juge des référés du présent tribunal le 9 septembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Tours le versement d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- si la délibération d'un jury n'a pas à être motivée, le refus de redoublement doit l'être ; en l'espèce, la décision attaquée est insuffisamment motivée et contradictoire ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de la composition du jury au regard des dispositions du 5° de l'article L. 712-2 et de l'article L. 613-1 du code de l'éducation, ses deux membres ayant été remplacés par trois suppléants ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que seule l'absence de validation de son second semestre a été prise en considération, que cette décision s'appuie sur une certaine hostilité de la part de l'un des membres du jury à son égard et que cette même décision entend prendre en compte qu'elle a bénéficié d'un " aménagement " en raison de son état de santé.

Par des mémoires enregistrés le 13 décembre 2021 et le 17 janvier 2022, l'université de Tours, représentée par son président, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. D, représentant l'université de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C s'est inscrite au titre de l'année universitaire 2020/2021 en première année du master " Chimie et sciences des matériaux ", de l'université de Tours. Au terme de cette année, le jury, par une délibération du 13 juin 2021, a prononcé son ajournement et a refusé de l'autoriser à redoubler. Le recours gracieux formé par l'intéressée à l'encontre de cette délibération en tant qu'elle lui refuse le redoublement a été rejeté par une décision du président de l'université du 30 juillet 2021. Par une ordonnance n° 2103023 du 9 septembre 2021, la juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a suspendu l'exécution de la décision du président de l'université de Tours du 30 juillet 2021 et enjoint à l'université d'admettre Mme C, à titre provisoire, au redoublement de son master 1. Par sa requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme C a été ajournée sans possibilité de redoublement par une décision du jury du master 1 du 13 juin 2021. Par un recours administratif exercé le 15 juillet 2021, elle a contesté la décision du jury. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C contre la décision du président de l'université du 30 juillet 2021 rejetant son recours gracieux comme dirigées également contre la décision du jury lui refusant la possibilité d'un redoublement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'appréciation du jury sur une demande de redoublement procède d'une appréciation de l'ensemble de la situation de l'étudiant et non pas seulement des notes obtenues et qui n'ont pas permis l'obtention du diplôme. Ainsi que le fait valoir l'université les redoublements ne sont acceptés que de façon très exceptionnelle et pour des circonstances particulières, au titre desquelles peuvent se trouver des circonstances liées à l'état de santé de l'étudiant et se fondant également sur le sérieux et l'implication de l'étudiant lors de son parcours et de son année universitaire. Il appartient dès lors au juge de s'assurer que cette appréciation n'est pas entachée d'une erreur manifeste.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'elle ne bénéficiait d'aucune formation initiale en chimie et qu'elle était confrontée à des problèmes de santé ayant nécessité un aménagement de ses épreuves, Mme C est parvenue à valider son premier semestre de master 1 en chimie des matériaux avec un classement à la 9ème place sur 17. Aucun élément du dossier ne fait ressortir de difficulté dirimante quant à la progression de Mme C au cours de son parcours au sein de l'université. Il n'est pas établi, au-delà des seules allégations non corroborées d'un unique formateur, que son comportement serait problématique alors notamment que ses enseignants en unités fondamentales la décrivent unanimement comme une étudiante persévérante, consciencieuse, dynamique et motivée. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé des notes et résultats de la requérante ainsi que du procès-verbal des délibérations du jury, qu'alors que sa formation s'était déroulée dans les conditions particulières décrites plus haut, sa moyenne générale s'est établie à la fin de l'année universitaire en litige à 9,939/20 et celle de son stage en entreprise à 11/20, soit un résultat proche de la moyenne générale des étudiants du master cette année-là.

6. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors d'une part qu'il ressort des pièces du dossier que le président de l'université et le jury d'établissement avaient connaissance des problèmes de santé de Mme C et d'autre part qu'il n'est pas établi que la mesure contestée est uniquement fondée sur les résultats et les mérites de l'intéressée, à l'exclusion notamment de tout élément lié à son comportement, l'université de Tours a entaché la décision de refus de redoublement prise à l'encontre de Mme C d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la délibération du 13 juin 2021 par laquelle le jury de la première année du master " chimie et sciences des matériaux " a prononcé son ajournement en tant qu'elle lui refuse l'admission au redoublement, ainsi que la décision du président de l'université de Tours du 30 juillet 2021 rejetant son recours gracieux doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée implique d'enjoindre à l'université de Tours de confirmer définitivement l'admission de Mme C au redoublement de la première année de master " chimie et sciences des matériaux ", précédemment autorisée à titre provisoire par ordonnance en date du 9 septembre 2021, l'année universitaire étant achevée à la date du présent jugement, et ce dans un délai de 15 jours à compter de la notification de celui-ci. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'université de Tours, partie perdante, la somme de 1 200 euros à verser à la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du jury du master 1 " chimie et sciences des matériaux " de l'université de Tours du 13 juin 2021 est annulée en tant qu'elle prononce le refus d'admission au redoublement de Mme C.

Article 2 : La décision du président de l'université de Tours du 30 juillet 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'université de Tours de confirmer définitivement l'admission de Mme C au redoublement de la première année de master " chimie et sciences des matériaux " au titre de l'année universitaire 2020/2021, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'université de Tours versera à Mme C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à l'université de Tours.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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