vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103042 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2021, M. C A, représenté par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- l'arrêté du 28 juin 2021 est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur les motifs exceptionnels qu'il faisait valoir à l'appui de sa demande de régularisation, n'a pas tenu compte de sa participation à des activités d'économie solidaire ni de ses démarches en vue d'obtenir un emploi ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une parfaite intégration par son investissement dans des associations, maîtrise la langue française et n'a plus d'attaches dans son pays d'origine ;
- le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il justifie d'une parfaite intégration par son investissement dans des associations et maîtrise la langue française ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, faute pour le préfet d'avoir tenu compte de la situation sanitaire au Congo ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée eu égard à sa durée ;
- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 24 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 1975, est entré en France le 25 septembre 2016. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 24 février 2017. M. A a ensuite fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par une décision du présent tribunal le 29 janvier 2018. Il a par la suite sollicité un titre de séjour en juillet 2018, qui lui a été refusé. Cette décision, de même que l'obligation de quitter le territoire français qui l'accompagnait, ont fait l'objet d'un recours qui a été rejeté par le présent tribunal le 28 janvier 2020. Le 22 février 2021, M. A a formé une nouvelle demande d'admission au séjour. Par une décision du 28 juin 2021, le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'y faire droit et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté du 28 juin 2021 attaqué vise les textes dont il est fait application et notamment les articles L. 423-23 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de M. A, la circonstance qu'il a vécu jusqu'à l'âge de quarante et un ans dans son pays d'origine, que ses engagements associatifs ne constituent pas à eux seuls un motif de régularisation au titre de la vie privée et familiale et qu'il ne justifie pas de qualification spécifique pouvant constituer un motif exceptionnel de régularisation de sa situation en qualité de salarié. L'arrêté attaqué précise ainsi les motifs pour lesquels le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, il est suffisamment motivé en droit et en fait.
4. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté contesté fait bien état des engagements associatifs de M. A, de sorte que le préfet s'est prononcé sur sa participation à l'économie solidaire. Par ailleurs, les circonstances que l'arrêté attaqué ne fasse pas état de ses expériences professionnelles dans le milieu du bâtiment, d'une promesse d'embauche - au demeurant non justifiées par les pièces qu'il produit - et du fait qu'il est titulaire d'un certificat de compétences de citoyen de sécurité civile (PSC1), ne permettent pas à elles seules de considérer que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et commis de ce fait une erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. A l'appui de sa requête, M. A se prévaut de son insertion en France, du fait qu'il maîtrise la langue française, de l'ancienneté de son séjour en France, de l'ordre de cinq années à la date de la décision attaquée, des relations amicales et affectives qu'il a nouées à Blois et du fait qu'il n'a plus de famille dans son pays d'origine. S'il justifie avoir noué des liens en France dans le cadre de ses activités associatives, M. A, célibataire et sans enfant, n'est présent en France que depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, tandis qu'il a vécu jusqu'à l'âge de quarante et un ans dans son pays d'origine. Eu égard à ces éléments, le refus de séjour attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet de Loir-et-Cher, en prenant la décision attaquée, n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. Les circonstances invoquées par M. A, exposées au point 6 du présent jugement, ne permettent pas à elles seules d'établir que son admission au séjour répondrait à des motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En se bornant à soutenir qu'en cas de retour dans son pays d'origine il subirait incontestablement les conséquences de ses engagements pour les droits humains, M. A n'apporte aucune pièce permettant d'établir qu'il serait exposé personnellement à des risques actuels, graves et personnels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En second lieu, les circonstances que le pays d'origine du requérant soit régulièrement confronté à des épidémies de maladie à virus Ebola et que le virus covid-19 y circule ne permettent pas à elles seules de considérer que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prévoyant que M. A pourra être reconduit en République démocratique du Congo.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. Si la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet, qui précise que l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A est justifiée par le fait qu'il s'est précédemment soustrait à l'exécution de deux obligations de quitter le territoire français, doit être regardé comme ayant fait application des dispositions de l'article L. 612-7 de ce code. L'arrêté du 28 juin 2021 rappelle également que M. A réside en France depuis le 25 septembre 2016, qu'il n'y a ni famille ni enfants, et qu'il n'a pas exécuté les précédentes obligations de quitter le territoire français prises à son encontre. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision, qui lui interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans, contreviendrait à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Bailleul, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
La rapporteure,
Clotilde B
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026