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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103046

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103046

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP GIBIER FESTIVI RIVIERRE GUEPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 août 2021 et le 2 février 2022, Mme A B, représentée par Me Lavisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Oinville-Saint-Liphard a opposé un sursis à statuer sur une déclaration préalable portant sur la division d'une unité foncière ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Oinville-Saint-Liphard de lui délivrer un arrêté portant non opposition à déclaration préalable ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Oinville-Saint-Liphard la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire a commis une erreur d'appréciation en considérant que le projet empêcherait l'aménagement des espaces verts et de la voirie interne et compromettrait l'exécution du futur plan local d'urbanisme intercommunal ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du plan local d'urbanisme en raison de l'insuffisance du rapport de présentation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, la commune d'Oinville-Saint-Liphard, représentée par Me Gibier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, la requérante n'ayant pas justifié de la notification de son recours en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 juin 2021, Mme B a présenté une déclaration préalable en vue de la division des parcelles cadastrées section ZK n° 48, n° 49, n° 50, n° 53, n° 54 sur un terrain situé rue du sentier de Garville sur le territoire de la commune d'Oinville-Saint-Liphard (Eure-et-Loir), en deux lots pour construction. Par un arrêté du 22 juin 2021, le maire a opposé un sursis à statuer à la déclaration préalable sur le fondement des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme. Par la requête ci-dessus analysée, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ".

3. Il ressort de ces dispositions que l'autorité réglementaire, en employant l'expression de " décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code ", n'a entendu viser, conformément à l'objectif de sécurité juridique poursuivi, que les décisions valant autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol qui sont régies par le code de l'urbanisme. Ainsi, une décision de sursis à statuer prise à la suite d'une demande de déclaration préalable ne constitue pas une décision entrant dans le champ de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, la requérante n'était pas tenue de notifier son recours à la commune. La fin de non-recevoir opposée à sa requête doit en conséquence être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. " Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement () ".

5. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. () ". L'article L. 151-7 du même code dispose que : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain et assurer le développement de la commune ; () ". Enfin, l'article L. 152-1 du même code prévoit que : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ".

6. Il résulte de ces dispositions, combinées avec les dispositions de l'article L. 424-1 du même code, que les prescriptions d'une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sont susceptibles de justifier l'édiction d'un sursis à statuer au motif de l'incompatibilité d'un projet avec celles-ci.

7. Selon l'OAP définie sur le secteur " Oinville-Saint Liphard ", dans le projet de plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes Cœur de Beauce : " le but de l'OAP est de permettre une opération d'ensemble permettant une gestion plus rationnelle du foncier avec un nombre de douze logements prévus ". Un schéma illustre cette OAP avec l'identification du secteur, classé en zone 1AU, et la représentation des limites de l'OAP, de la voirie automobile interne, de l'espace paysager et des principes d'orientation des faitages.

8. L'arrêté attaqué oppose à la déclaration préalable déposée par Mme B un sursis à statuer au motif que, dans le cadre de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal du Cœur de Beauce, le terrain objet de la demande de division est compris dans un ensemble identifié comme une zone 1AU, que ce secteur est impacté par des orientations d'aménagement et de programmation afin de permettre une opération d'ensemble entraînant une gestion plus rationnelle du foncier et que l'OAP prévoit la construction de douze logements ainsi que des voies automobiles internes. L'arrêté indique que le projet empêcherait l'aménagement des espaces verts et de la voirie interne, prévus dans l'OAP et ne permettrait pas à cet aménagement d'ensemble de se faire. L'arrêté conclut que, dans ces conditions, l'exécution de ces travaux sur le terrain en cause serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du document d'urbanisme en cours d'élaboration.

9. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à l'extrémité nord de l'emprise du secteur délimité par l'OAP, d'une part, la déclaration préalable a pour seul objet la division foncière en deux lots de parcelles situées dans le périmètre ; d'autre part, cette déclaration préalable ne comporte aucune indication quant au futur projet de construction pouvant être réalisé. Par suite, alors même qu'un futur projet de construction sur les parcelles issues de la division pourrait, le cas échéant, compromettre l'aménagement prévu par l'OAP, la division foncière en litige ne peut intrinsèquement être regardée comme empêchant le projet d'aménagement de l'OAP. Dans ces circonstances, le maire ne pouvait légalement opposer un sursis à statuer.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué par Mme B n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Oinville-Saint-Liphard du 22 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. La commune d'Oinville-Saint-Liphard n'a fait valoir aucun autre motif de refus et il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction qu'un motif que l'administration n'aurait pas relevé ou qu'un changement de circonstances ferait obstacle à la délivrance des autorisations sollicitées. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Oinville-Saint-Liphard de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Oinville-Saint-Liphard une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune d'Oinville-Saint-Liphard une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Oinville-Saint-Liphard du 22 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Oinville-Saint-Liphard de délivrer à Mme B une décision de non-opposition à sa déclaration préalable de division foncière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Oinville-Saint-Liphard versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Oinville-Saint-Liphard.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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