vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
D une requête enregistrée le 2 septembre 2021, M. C A, représenté D la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 D lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros D jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " étranger malade " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'est pas fondé sur sa situation individuelle ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation dès lors qu'il n'a pas examiné tous les moyens de droit invoqués au soutien de sa demande de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les dispositions des points 2, 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le préfet a également méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
D un mémoire enregistré le 26 janvier 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
D un jugement du 25 mars 2022, rendu à la suite de l'assignation à résidence de M. A, décidée D un arrêté du 16 février 2022 du préfet de Loir-et-Cher, le magistrat désigné D le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 1er janvier 1994, est entré, selon ses déclarations, une première fois sur le territoire français le 13 novembre 2017, dépourvu de visa. A l'occasion de son séjour en France, il a épousé, le 6 octobre 2018, une ressortissante française. En décembre 2018, il est retourné en Algérie afin de solliciter la délivrance d'un visa de long séjour qui lui a été refusé à deux reprises, le 4 février 2019 et le 1er août 2019. Le 18 mars 2019, il a contesté devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France la première de ces décisions mais la commission a implicitement rejeté son recours. Il n'a pas saisi le tribunal administratif de Nantes de ce rejet. Selon ses propres indications, il est entré de nouveau irrégulièrement sur le territoire français le 28 août 2019 pour rejoindre son épouse. Le 20 novembre 2020, il a saisi les services de la préfecture de Loir-et-Cher d'une demande de titre de séjour. D l'arrêté contesté du 26 juillet 2021, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur l'étendue du litige :
2. M. A ayant été assigné à résidence D arrêté du 16 février 2022, il a été statué, dans les conditions prévues D les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, sur les conclusions de la présente requête visant les décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi qui ont été rejetées sous le même numéro D un jugement du magistrat désigné D le président du tribunal administratif du 25 mars 2022. La formation collégiale n'est donc plus saisie que des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que des conclusions à fin d'injonction et sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée D le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, qui vise les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, et qui indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. A sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé - s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, est suffisamment motivé au regard des exigences posées D les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
6. En premier lieu, pour refuser de délivrer à M. A un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé sur la circonstance non contestée que l'intéressé ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Le requérant, auquel il appartenait s'il l'estimait utile de former le recours contentieux ouvert contre toute décision administrative, ne peut utilement invoquer l'illégalité des refus de visas qui lui ont été opposés D les autorités consulaires françaises en Algérie, pas plus que l'illégalité des instructions qui auraient été données à ces autorités de ne pas enregistrer les demandes de visa de long séjour pour réunification familiale.
7. En deuxième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Dès lors, le préfet de Loir-et-Cher n'avait pas à examiner la demande de titre de séjour de M. A au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui se sont substituées à compter du 1er mai 2021 à celles des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du même code, invoquées dans la demande de M. A, et le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions à l'appui de sa requête. D ailleurs, en indiquant que le refus de titre de séjour ne portait pas " une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale " de l'intéressé, qui n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans à la date de première entrée sur le territoire français, le préfet a entendu apprécier le droit au séjour de M. A au regard des dispositions précitées du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et doit être regardé comme ayant également apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation dans le cadre du pouvoir discrétionnaire dont il dispose.
8. En troisième lieu, si M. A est marié à une ressortissante française, ce mariage était relativement récent à la date de l'arrêté attaqué. D ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation d'hébergement établie le 15 juin 2021, que le requérant vit chez sa sœur depuis le mois de février 2021 et est ainsi séparé de son épouse, dont il indique, dans les observations produites sous forme de pièce complémentaire le 23 mars 2022, qu'elle " fait des allers-retours en Algérie ". D'une part, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que cette séparation aurait pour seule cause l'impossibilité d'obtenir un logement HLM après leur départ du studio que le couple occupait précédemment et dont l'absence d'aération serait à l'origine de crises d'angoisse de Mme A. La production dans la présente instance de la copie d'un message électronique, au demeurant non daté et dont le destinataire n'est pas identifiable, relatif à la nécessité de renouveler une demande de logement social n'est pas de nature à établir que le fait que les deux époux vivent dans des logements séparés est indépendant de leur volonté. D'autre part, ni les diverses attestations produites, dont six sur treize datent de 2019, qui ne sont, D ailleurs, pas de nature à établir la réalité de la vie commune des deux époux, ni l'inscription de M. A à une formation du CRIA 41 ne suffisent à établir une insertion particulière du requérant dans la société française. Enfin, M. A, qui résidait en France depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, ne conteste pas qu'il n'est pas dépourvu de toute famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de Loir-et-Cher, en refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus et n'a ainsi pas méconnu les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, pas plus que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux mêmes éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de régulariser la situation de l'intéressé sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire.
9. En quatrième lieu, dans un courrier du 17 novembre 2020, antérieur au dépôt D M. A de sa demande de titre de séjour en préfecture, l'avocate du requérant indiquait au préfet : " A titre indéfiniment subsidiaire, et dans l'hypothèse où vous ne seriez disposé à accorder à mon client un titre de séjour vie privée et familiale, il conviendrait de l'autoriser à déposer une demande de titre étranger malade. Monsieur A a notamment, au cours des derniers mois, fait des malaises à répétition, qui l'ont conduit au centre hospitalier de Blois. Je pense que le stress lié à sa situation administrative est sans doute pour beaucoup dans ces malaises. Je ne suis pas certaine que cela soit suffisant pour lui permettre d'obtenir un titre étranger malade (ce qui au demeurant n'est pas sa demande principale puisqu'il souhaite plutôt travailler pour subvenir aux besoins de sa famille), mais cet élément est aussi à prendre en compte dans l'examen de son dossier ". Eu égard au caractère contourné de cette formulation, et alors que la seule invocation de malaises liés au " stress " n'était manifestement pas de nature à justifier la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du point 7 de l'accord franco-algérien, le préfet a pu à bon droit considérer qu'il n'était pas saisi d'une demande de titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de l'ensemble des moyens fondant la demande de titre de séjour de M. A D le préfet doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées D M. A à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que, D voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Toullec, présidente,
M. Lardennois, premier conseiller,
Mme Bailleul, conseillère.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
Le rapporteur,
Stéphane B
La présidente,
Hélène LE TOULLEC
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026