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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103124

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103124

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, Mme D B épouse A, représentée par Me Da Silva, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter d'un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 23 juin 2021 a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la préfète du Loiret a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 22 février 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est tardive et qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité guinéenne, née le 11 novembre 1986 est entrée en France le 4 février 2019 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 18 janvier 2019 au 18 janvier 2020 délivré par les autorités françaises à Conakry. Mme A a par la suite sollicité un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 23 juin 2021, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Loiret du 4 mai 2021, publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le moyen manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicable en l'espèce : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté du 23 juin 2021 vise les textes dont la préfète a fait application, notamment les articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressée, les circonstances de sa séparation avec son époux et le fait qu'elle dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Ce faisant, cet arrêté mentionne les éléments de fait relatifs à sa situation personnelle sur lesquels la préfète s'est fondée. Dès lors, il est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-5 de ce code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".

6. Il est constant que Mme A s'est mariée le 5 mai 2018 en Guinée avec un ressortissant français. Toutefois, la vie commune entre Mme A et son conjoint a cessé le 25 février 2019, alors que l'intéressée était présente en France depuis trois semaines. La requérante soutient que cette rupture de la vie commune est imputable aux violences qu'elle aurait subies de la part de son conjoint. Le 7 mars 2019, Mme A a déposé une plainte contre son époux pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité entre le 4 février et le 25 février 2019, ainsi qu'il ressort des mentions portées sur le procès-verbal d'infraction initial, versé au dossier, établi par un agent de police judicaire. Toutefois Mme A n'a pas saisi le juge aux affaires familiales et ne fait état d'aucune mesure de protection qu'elle aurait sollicitée. Elle produit également à l'appui de ses allégations deux attestations émanant d'une association d'aide aux adultes en difficulté aux termes desquelles elle a été accueillie le 4 mars 2019 et a été hébergée par l'association depuis cette date. L'ensemble de ces éléments ne permet pas d'établir que la rupture de la vie commune entre les époux serait imputable à des violences subies de la part de son conjoint. Dès lors Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, la préfète du Loiret aurait méconnu les dispositions citées au point 5.

7. En quatrième lieu, les circonstances invoquées par Mme A exposées au point 6 du présent jugement, ne permettent pas à elles seules d'établir qu'en refusant de l'admettre au séjour la préfète du Loiret aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes alors en vigueur de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a remplacé les dispositions de l'article L. 313-11 (7°) de ce code : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Mme A se prévaut de son entrée régulière sur le territoire français, de la signature d'un contrat de travail à durée indéterminée comme agent de service avec la société Elior, des relations privées et professionnelles qu'elle a nouées sur le territoire français et de sa résidence ininterrompue sur le territoire français depuis le début de l'année 2019. Toutefois, si Mme A justifie effectivement d'un contrat de travail à durée indéterminée, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier des relations privées et professionnelles qu'elle aurait nouées en France, où elle n'était présente que depuis deux ans et demi à la date de la décision attaquée, alors qu'elle a résidé jusqu'à l'âge de trente-deux ans dans son pays d'origine, où elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le refus de séjour attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale. La préfète du Loiret, en prenant la décision attaquée n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, si Mme A soutient que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues par la préfète du Loiret, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Bailleul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La rapporteure,

Clotilde C

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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