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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103153

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103153

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLE FLOC'H-ABDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 septembre 2021 et 5 janvier 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions des 20 août 2021 et 24 août 2021 par lesquelles le directeur du centre de détention de Châteaudun a ordonné son placement à l'isolement à titre provisoire puis la prolongation de cette mesure de placement.

Il soutient que :

- les décisions ne sont pas justifiées compte tenu de son parcours carcéral et de sa volonté d'intégration démontrée par son souhait d'entamer une formation " cuisine " ;

- les motifs de son incarcération ne peuvent justifier son placement à l'isolement ; il souhaite se réinsérer quels que soient les faits qu'il a commis et qu'il regrette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre de la justice soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. B, représenté par Me Le Floc'h Abdou, a été enregistré le 20 mai 2024 postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Palis De Koninck ;

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public. ;

- et les observations de Me Le Floc'h Abdou, représentant M B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, représenté par Me Le Floc'h Abdou, a été enregistrée au greffe du tribunal le 27 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est écroué depuis le 19 octobre 2017 et a été incarcéré au centre de détention de Châteaudun du 17 août au 16 septembre 2021. A son arrivée au sein de l'établissement, le 20 août 2021, il a été placé à l'isolement en urgence et de manière provisoire. Puis, par une décision du 24 août 2021, le directeur du centre de détention a ordonné la prolongation du placement à l'isolement de M. B pour une durée ne pouvant dépasser trois mois. Ce dernier doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les deux décisions du directeur du centre de détention le plaçant provisoirement à l'isolement puis prolongeant cette mesure.

2. Aux termes de l'article R. 57-7-73 du code de procédure pénale : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. / () ".

3. Les mesures d'isolement sont prises, lorsqu'elles ne répondent pas à une demande du détenu, pour des motifs de précaution et de sécurité. Elles tendent à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire, ainsi que la prévention de toute infraction le cas échéant. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs d'une telle mesure, qui doit être fondée sur des motifs de précaution et de sécurité.

4. Aux termes de la décision attaquée du 20 août 2021, le directeur du centre de détention de Châteaudun a décidé de placer M. B à l'isolement à titre provisoire compte tenu de son profil pénal et du fait qu'il a indiqué qu'il s'engagerait dans un processus de blocage du fonctionnement de l'établissement s'il n'obtenait pas rapidement ce qu'il souhaitait. Aux termes de la décision attaquée du 24 août 2021, le directeur du centre de détention de Châteaudun a, pour décider de prolonger le placement à l'isolement de M. B, tenu compte des faits ayant justifié sa condamnation à quinze ans de réclusion criminelle, de la circonstance que l'intéressé a menacé de procéder à un blocage du fonctionnement de l'établissement s'il n'obtenait pas rapidement de permission, d'aménagement de peine ou de travail, ainsi que des doutes existant sur " sa réelle implication dans un processus de désengagement de la criminalité ", du fait qu'il a indiqué " être prêt à aller au quartier disciplinaire pour faire valoir ses droits à un transfert " et du fait qu'il était entré dans un processus de chantage en entamant une grève de la faim dès son placement à l'isolement en urgence. Le directeur du centre de détention a tenu compte de l'ensemble de ces éléments pour considérer que le maintien en détention de M. B était de nature à causer un trouble au bon fonctionnement de l'établissement.

5. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des motifs des décisions contestées, indiqués au point précédent, que son placement à l'isolement n'a pas été décidé uniquement au vu des faits justifiant sa condamnation mais bien au vu d'un ensemble d'éléments, dont son comportement à son arrivée dans l'établissement.

6. D'autre part, si M. B soutient qu'il n'a rencontré aucune difficulté depuis le début de son incarcération et qu'il souhaite pouvoir suivre une formation en cuisine en vue, notamment, de faciliter sa future réinsertion, il ne conteste pas avoir menacé de procéder à un blocage de l'établissement s'il n'obtenait pas ce qu'il souhaitait, en l'occurrence des permissions de sorties, des aménagements de peine et du travail, ce qui au demeurant ressort de la liste des observations le concernant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'au cours du débat contradictoire mis en œuvre le 24 août 2021, M. B a fait état de son souhait d'être rapidement transféré dans un autre établissement, alors même qu'il avait agréé, quelques jours avant, son transfert au centre de détention de Châteaudun, et reconnu avoir indiqué à la conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation que " s'il ne pouvait pas préparer [son] avenir à Châteaudun, [il] était prêt à faire à ce qu'il [fallait] pour accélérer [son] transfert en montant au quartier disciplinaire ". En outre, il est constant qu'il a entamé une grève de la faim dès le début de son placement à l'isolement en vue d'obtenir rapidement un transfert dans un autre établissement, motivation reconnue par M. B lors du débat contradictoire. Or, il ressort des pièces produites en défense que ce n'était pas la première grève de la faim réalisée par le requérant qui, depuis le début de sa détention, fait l'objet d'une surveillance renforcée.

7. Le directeur du centre de détention de Châteaudun pouvait tenir compte de l'ensemble de ces éléments qui révèlent la personnalité de la personne détenue et sa volonté de perturber le bon fonctionnement de l'établissement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le chef d'établissement aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant du placement du requérant à l'isolement doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure

Mélanie PALIS DE KONINCK

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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