jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS BOUZID AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2021 et le 2 décembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Souck Murlins alimentation générale, représentée par Me Bouzid, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié l'application à son encontre de la contribution spéciale prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail au titre de l'emploi irrégulier d'un travailleur et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine, ensemble la décision du 3 août 2021, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux exercé contre cette décision ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 20 374 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction du montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire minimum d'un salarié ou, à titre infiniment subsidiaire, de le réduire à 2 000 fois le taux horaire minimum d'un salarié ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 3 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- la compétence du signataire de la décision du 1er juillet 2021 n'est pas démontrée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait, dès lors qu'elle ne mentionne pas les éléments propres à sa situation, démontrant sa bonne foi et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration commet une erreur de codification du texte applicable ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas indiqué que le procès-verbal d'infraction sur lequel il s'est fondé pour décider de lui appliquer la contribution spéciale et la contribution forfaitaire lui était communicable ;
- la décision du 1er juillet 2021 méconnaît le principe de la légalité des peines dès lors qu'elle est fondée sur des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la codification n'était plus en vigueur à la date de cette décision ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 8253-1 du code du travail et les articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'elle n'était pas en mesure de savoir que les documents d'identité présentés par son salarié étaient frauduleux et qu'elle a agi de bonne foi et, d'autre part, qu'a minima, elle aurait dû se voir appliquer la réduction de contribution correspondant à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti puisqu'elle n'a employé qu'un seul salarié en situation irrégulière ;
- les décisions attaquées méconnaissent le principe de la présomption d'innocence, dès lors que les faits reprochés n'ont pas été jugés par une juridiction pénale ;
- ces mêmes décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a agi en toute bonne foi et que le secteur dans lequel elle exerce connaît de particulières difficultés de recrutement de professionnels.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la société Souck Murlins ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020, modifiée par l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 ;
- le code du travail ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernard,
- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,
- et les observations de Me Bouzid, représentant la SAS Souck Murlins alimentation générale.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Souck Murlins alimentation générale, qui exerce une activité de boucherie, vente en détail de fruits et légumes et alimentation générale à Orléans, a fait l'objet le 12 novembre 2020 d'un contrôle de police à l'occasion duquel a été constatée la présence dans l'entreprise d'un salarié en situation irrégulière, M. M. D, ressortissant marocain, non autorisé à travailler et à séjourner en France. Le procès-verbal d'infraction a été transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. La société a été invitée, par lettre recommandée du
3 mai 2021, à présenter ses observations, ce qu'elle a fait par courrier du 15 mai suivant. Par une décision du 1er juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à la SAS Souck Murlins alimentation générale sa décision de lui appliquer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros ainsi que la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros au titre de l'emploi irrégulier de
M. M. A. Le 28 juillet 2021, la société a formé auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration un recours gracieux qui a été rejeté le 3 août 2021. La SAS Souck Murlins alimentation générale demande au tribunal d'annuler la décision du 1er juillet 2021 et celle du
3 août 2021, de prononcer la décharge des contributions spéciale et forfaitaire et, subsidiairement, de réduire le montant de la contribution spéciale à 1 000 fois ou 2 000 fois le taux horaire minimum d'un salarié.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Selon l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". L'article L. 8271-17, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ". Enfin, aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ".
3. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France et fondant le versement de la contribution spéciale soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le prévoit l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 3 mai 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé la société Souck Murlins alimentation générale que lors d'un contrôle effectué le 12 novembre 2020 par les services de police, il avait été constaté par procès-verbal qu'elle avait employé un salarié démuni d'un titre autorisant le séjour sur le territoire national et d'un titre autorisant l'exercice d'une activité salariée, dont le nom était mentionné en annexe et qu'elle était donc susceptible de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce courrier indiquait, en outre, qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de la réception de cette lettre pour faire valoir ses observations. Ce courrier ne précisait pas, en revanche, que la société avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal mentionnant les infractions à l'origine des sanctions. Par suite, le vice de procédure résultant de l'absence d'information préalable de la SAS Souck Murlins alimentation générale est de nature à avoir privé cette dernière d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er juillet 2021 prise par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que de la décision du 3 août 2021 de cette même autorité rejetant son recours gracieux. Il y a lieu, par voie de conséquence, de prononcer la décharge des sommes mentionnées mises à sa charge par cette décision.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Souck Murlins alimentation générale et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er juillet 2021 et du 3 août 2021 sont annulées.
Article 2 : La société Souck Murlins alimentation générale est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 18 250 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la société Souck Murlins alimentation générale une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Souck Murlins alimentation générale est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Souck Murlins alimentation générale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis de Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
Pauline BERNARD
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026