vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 avril 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de statuer à nouveau sur sa demande et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivés ;
- le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen sérieux ;
- il n'a pas répondu aux moyens de droit développés à l'appui de sa demande de titre de séjour au regard de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale car impossible à exécuter en raison de la crise sanitaire ;
- l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le Mali comme pays de renvoi, lui fait encourir un risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il y a subi des persécutions pour lesquelles il a obtenu, en Italie, la protection subsidiaire.
Par un mémoire enregistré le 2 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du 9 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né en 1991, est entré en France le 1er janvier 2017 selon ses déclarations, sous couvert d'un titre de séjour italien délivré au titre de la protection subsidiaire. Il a, le 5 octobre 2017, présenté une demande de titre de séjour qui a été rejetée par un arrêté du 27 juin 2018 du préfet de Loir-et-Cher, assorti d'une obligation de quitter le territoire français à destination de l'Italie. L'intéressé a présenté une nouvelle demande le 2 novembre 2020. Par un arrêté du 26 avril 2021, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de ses articles L. 313-2, L. 313-11 (7), L. 313-14, L. 511-1 (I, 3°) alors applicables, rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant en France ainsi que sa situation personnelle et familiale et comporte, de manière non stéréotypée, les motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. La décision de refus de titre de séjour, qui n'a pas à exposer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués par le requérant, est donc suffisamment motivée. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, que, lorsque la délivrance d'un titre de séjour est refusée à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, laquelle est en l'espèce, comme il vient d'être dit, suffisamment motivée et rappelle les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français contestées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-10, L. 313-14 et L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables. D'une part, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, en considérant que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " aux motifs qu'il ne présentait ni un visa de long séjour conformément à l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni un contrat de travail visé par les autorités compétentes, s'est bien fondé sur l'article L. 313-10 du même code, quand bien même celui-ci ne serait pas visé, pour rejeter la demande de titre de séjour sollicitée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande sur le fondement de cet article doit être écarté. La circonstance que le préfet n'a pas fait référence, dans l'arrêt attaqué, à la circulaire du 28 novembre 2012 alors que le requérant s'en prévalait dans sa demande ne saurait non plus constituer une erreur du droit, cette circulaire n'ayant pas de caractère réglementaire. Enfin, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'un défaut d'examen sérieux.
4. En troisième lieu, si M. B justifie d'une certaine intégration professionnelle, il ne réside en France que depuis quatre ans et quatre mois à la date l'arrêté attaqué. Il ne soutient pas avoir d'attaches familiales en France. Par ailleurs, il bénéficie d'un titre de séjour italien " protection subsidiaire " valable du 20 juin 2016 au 19 juin 2021. Dans ces conditions, la décision du refus de titre de séjour attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, depuis son arrivée en France en 2017, M. B a travaillé de manière quasiment continue, d'abord en tant qu'agent d'entretien et saisonnier agricole, puis, depuis août 2019, en tant que " plongeur " dans un restaurant à Orléans. Toutefois, cette situation ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
6. En cinquième lieu, la circonstance qu'au regard du contexte de crise sanitaire, l'obligation de quitter le territoire français ne pourra être exécutée est sans incidence sur sa légalité.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : / 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; / 3° Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. B peut être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, de l'Italie ou de tout autre pays dans lequel il établira être légalement admissible. M. B soutient que cet arrêté, en tant qu'il fixe le Mali comme pays de renvoi, lui fait courir un risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a obtenu la protection subsidiaire en Italie et s'est vu délivrer un permis de séjour à ce titre, valable du 20 juin 2016 au 19 juin 2021. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait renvoyer M. B au Mali, alors que la protection subsidiaire dont il est titulaire en Italie révélait l'existence de menace grave en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le Mali comme pays de renvoi, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit être annulé pour ce motif, qui cependant, n'entraine que l'annulation partielle de la décision fixant le pays de renvoi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 26 avril 2021 en tant qu'il fixe le Mali comme pays de destination.
10. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 26 avril 2021 est annulé en tant qu'il fixe le Mali comme pays de destination.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Bailleul, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
La rapporteure,
Hélène C
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026