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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103176

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103176

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2021 sous le n° 2103176, M. A C, représenté par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée n'est pas motivée en fait ;

- la préfète, qui s'est bornée à reprendre des éléments de refus précédents sans tenir compte des éléments nouveaux qui lui ont été communiqués, n'a pas procédé à un examen sérieux et attentif de sa situation ;

- le refus de titre de séjour a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a été convoqué avec son épouse ni à un entretien ni devant la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, notamment au regard de la durée et de la continuité de son séjour en France ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète estime qu'il ne remplit pas les conditions posées par l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans faire application de la circulaire du 12 novembre 2012.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la préfète a commis une erreur de droit en ne faisant pas usage de son large pouvoir d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2021 sous le n° 2103177, Mme B E, épouse C, représentée par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle possède la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C développe les mêmes moyens que ceux exposés au soutien de la requête n° 2103176 ci-dessus analysée, présentée par son époux, M. C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme B C, son épouse, ressortissants arméniens nés respectivement en 1986 et 1988, sont entrés irrégulièrement en France le 27 mai 2013, afin de solliciter leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées le 10 octobre 2013 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui, le 14 octobre 2014, a également rejeté leurs demandes de réexamen. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ces rejets par une décision du 24 avril 2015. M. et Mme C se sont maintenus sur le territoire français en dépit des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris à leur encontre le 15 septembre 2016. Les époux ont ensuite sollicité, le 28 janvier 2019, la délivrance de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " mais leurs demandes ont été rejetées par deux arrêtés du 4 juin 2019, assortis d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement de ce tribunal du 19 décembre 2019. M. et Mme C ont à nouveau demandé, le 1er décembre 2020, la délivrance de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au titre des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au regard de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012. Par deux arrêtés, datés respectivement du 2 juillet 2021 en ce qui concerne M. C et du 5 juillet 2021 en ce qui concerne Mme C, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de leur délivrer les titres de séjour sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays d'origine, l'Arménie, ou tout autre pays dans lequel ils seraient légalement admissibles, comme pays de renvoi. Les intéressés demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les deux requêtes visées ci-dessus présentant à juger des situations liées et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions dirigées contre les refus de titres de séjour :

3. En premier lieu, les décisions litigieuses portant refus de titre de séjour visent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment les dispositions de son article L. 435-1 au titre desquelles les demandes ont été présentées, la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les circonstances de fait propres à la situation des requérants à raison desquelles la préfète a estimé ne pas devoir faire droit aux demandes qui lui étaient soumises. Par ailleurs, elles mentionnent la date de naissance, la nationalité et la date déclarée d'entrée en France de chacun des requérants, font référence à leur situation administrative et indiquent également les éléments caractérisant leur situation personnelle et familiale, en particulier qu'ils ont trois enfants mineurs, en précisant que la cellule familiale peut se reconstituer en Arménie. En outre, les arrêtés attaqués relèvent que les requérants ne justifient pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre leur admission exceptionnelle au séjour et ajoutent que les décisions portant refus de titre de séjour ne contreviennent pas aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, et alors que la préfète n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de M. et Mme C, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant refus de titre de séjour contestées seraient insuffisamment motivées. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est ainsi conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative d'accorder systématiquement un entretien à l'étranger qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, et à supposer qu'en invoquant l'absence de convocation à un entretien individuel préalable, les requérants aient entendu se prévaloir de la méconnaissance de leur droit d'être entendus, le moyen tiré de ce qu'ils en auraient été privés doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de refuser de délivrer un titre de séjour à M. et Mme C, la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de leur situation. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, M. et Mme C soutiennent qu'ils ont présenté de très nombreux documents attestant de leur présence continue en France depuis près de dix ans, de leur intégration ainsi que de leur capacité à subvenir aux besoins de leurs trois enfants et à ne pas être une charge pour l'administration française en cas de régularisation de leur situation administrative. Il ressort toutefois des pièces des dossiers que les intéressés sont entrés en France respectivement à l'âge de 27 et 25 ans et n'ont été autorisés à séjourner que provisoirement sur le territoire français, le temps de l'examen de leurs demandes d'asile. Les requérants, qui se sont maintenus irrégulièrement en France après avoir tous deux fait l'objet, en 2016 puis en 2019, de mesures d'éloignement, n'établissent pas y disposer, en dehors de leur foyer, d'autres attaches familiales, alors que la mère et la sœur de M. C vivent toujours en Arménie. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces des dossiers que leurs deux fils ainés, âgés respectivement de treize et huit ans, ne pourraient pas poursuivre normalement leur scolarité en Arménie. De plus, si M. C se prévaut de la promesse qui lui a été faite par la société GPI Platrerie, dans l'hypothèse de sa régularisation, de le recruter en vue d'occuper un poste d'aide plaquiste en contrat à durée déterminée, outre qu'elle est postérieure aux décisions attaquées, cette circonstance n'est pas suffisante pour lui permettre d'être regardé comme justifiant d'une insertion particulière en France. Dès lors, M. et Mme C n'établissent pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine et ne démontrent donc pas l'impossibilité d'y poursuivre leur vie privée et familiale. Ainsi, M. et Mme C qui ne peuvent, par ailleurs, utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets par sa circulaire du 28 novembre 2012 pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne sont pas fondés à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces refus de séjour sur la situation personnelle de chacun des requérants.

7. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations d'un accord ou de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si le demandeur peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord ou disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

8. Il ressort des pièces des dossiers que les requérants ont l'un et l'autre demandé, le 1er décembre 2020, un titre de séjour " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. et Mme C ne peuvent donc utilement se prévaloir, à l'encontre des refus de titre de séjour qui leur ont été opposés, des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version alors en vigueur, désormais reprises à l'article L. 435-2 de ce code, qui ne constituaient pas le fondement de leur demande.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 435-1 de ce même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". En application des dispositions précitées, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

10. Les requérants, qui déclarent eux-mêmes être entrés sur le territoire français en 2013, ne justifient pas, par suite, d'une résidence habituelle en France de plus de dix ans. Dès lors, la préfète n'était pas tenue, en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de soumettre leur cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter leurs demandes. Le moyen soulevé doit, dès lors, être écarté comme étant dépourvu de fondement.

Sur les conclusions dirigées contre les obligations de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce des dossiers que la préfète d'Indre-et-Loire se serait estimée en situation de compétence liée pour prononcer à leur encontre les obligations de quitter le territoire français en litige.

12. En second lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les décisions de refus de titre de séjour ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2021 et de l'arrêté du 5 juillet 2021 par lesquels la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de ces mesures d'éloignement. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Patricia F

L'assesseur le plus ancien,

Sébastien VIEVILLE

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2103176

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