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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103203

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103203

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 septembre 2021 et le 3 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2021, par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", à défaut de réexaminer sa situation et de l'admettre au séjour à titre provisoire, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de fait et droit au regard des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de ces stipulations ;

- la décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de ces stipulations ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'alinéa 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2021, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 24 juillet 1955, est entré en France le 22 février 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour type C valable du 2 février 2019 au 12 mars 2019 délivré par les autorités consulaires françaises à Oran le 20 janvier 2019. Le 4 avril 2019, il a sollicité son admission au séjour pour raison médicale. Par un arrêté du 13 juin 2021, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 90 jours et a fixé le paiement de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande en raison de son état de santé, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser de délivrer ou de renouveler le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine.

3. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence à M. C, la préfète du Loiret a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. C souffre d'une pathologie anévrismale aortique. Les nombreux certificats médicaux émanant de cardiologues et chirurgien cardiaque de l'hôpital Henri Mondor de Créteil mais aussi de cardiologues de deux hôpitaux algériens qu'il produit, révèlent d'une part qu'à la suite d'une pluralité d'interventions chirurgicales pratiquées en 2019 et 2020, il fait l'objet d'un suivi médical spécialisé régulier en France et, d'autre part, qu'il ne pourra pas bénéficier d'une telle prise en charge dans son pays d'origine en l'absence de centre spécialisé pour le suivi de cette maladie aortique. La préfète du Loiret, qui se borne à produire l'avis du collège de médecins de l'OFII émis le 8 avril 2021, n'apporte en défense aucun élément de nature à remettre en cause les mentions de ces certificats et à justifier de l'effectivité d'un accès à un traitement approprié à l'état de santé du requérant en Algérie. M. C est dès lors fondé à soutenir que la préfète, en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence, a méconnu, les stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté de la préfète du Loiret du 13 juin 2021 présentées par M. C doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement qu'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 19 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Duplantier de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 juin 2021 de la préfète du Loiret est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. C un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Duplantier, avocate de M. C, une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète du Loiret et à Me Duplantier.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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