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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103291

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103291

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL SYLVIE MAZARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2021 et le 24 juin 2024, M. A B, représenté par Me Mazardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de la cinquième section de l'unité de contrôle Nord du Loiret a accordé à la société par actions simplifiée à associé unique (SASAU) Epac systèmes l'autorisation de procéder à son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas démontrée ;

- la décision attaquée est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés, dont certains ne sont pas matériellement établis, et au regard de l'exemplarité de son comportement et de son investissement professionnel au cours de ses quinze années d'exercice dans l'entreprise, dont témoignent d'autres salariés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) du Centre Val-de-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, la société Epac systèmes, représentée par Me Lederlin, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. B aux éventuels dépens et à ce que soit mise à la charge de l'intéressé la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard,

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Lampert, substituant Me Lederlin, représentant la société Epac systèmes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté le 13 juin 2016 en qualité de contremaître et occupait, en dernier lieu, des fonctions de chef d'équipe de nuit au sein de la SASAU Epac systèmes, spécialisée dans l'édition, l'impression et la reproduction, et implantée dans la commune de Le Malesherbois (Loiret). M. B a été élu membre du comité social et économique (CSE) de l'entreprise le 6 décembre 2019. A la suite du signalement par une salariée de l'entreprise d'agissements inappropriés de l'intéressé à son égard, et après la conduite d'une enquête interne, dont les conclusions ont été rendues le 9 avril 2021, M. B a été reçu en entretien préalable le 23 avril 2021. Le 14 mai 2021, la société Epac systèmes a sollicité l'autorisation de procéder au licenciement pour motif disciplinaire de ce salarié protégé. Après avoir mené une enquête, l'inspecteur du travail de la cinquième section de l'unité Nord du Loiret de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Centre-Val de Loire a, par une décision du 16 juillet 2021, accordé l'autorisation de licenciement sollicitée. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2411-5 du code du travail : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. ".

3. D'une part, si M. B, qui ne développe aucun argument à l'appui de son moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 16 juillet 2021, entend soulever l'absence de justification d'une délégation de signature donnant compétence à l'auteur de la décision attaquée, il résulte de l'article L. 2411-5 du code du travail cité ci-dessus, que les inspecteurs du travail sont investis du pouvoir de se prononcer sur les demandes d'autorisation de licenciement d'un délégué du personnel.

4. D'autre part, si le requérant a entendu contester la compétence territoriale de l'inspecteur du travail, il résulte des deux décisions du 1er avril 2021 produites par la direction régionale de l'emploi, du travail et des solidarités du Centre-Val de Loire, fixant, pour l'une, la localisation et la délimitation des unités de contrôle et des sections d'inspection du travail situées dans son ressort et portant, pour l'autre, affectation des agents de contrôle dans les unités de contrôle et de gestion des intérims, publiées au recueil des actes administratifs spécial Centre Val-de-Loire du 2 avril 2021, que M. D C, signataire de la décision attaquée, a bien été nommé pour assurer l'intérim du poste de responsable de la cinquième section de l'unité de contrôle Nord, dans le ressort de laquelle se situe la commune de Le Malesherbois. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté dans ses deux branches.

5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

6. Il ressort des pièces du dossier que le 17 février 2021, par courrier adressé à sa hiérarchie, une salariée de l'entreprise Epac systèmes a signalé des agissements inappropriés de M. B à son encontre. Une commission d'enquête interne a alors été réunie. Elle a entendu huit salariés de l'entreprise, entre le 15 et le 24 mars 2021, et a rendu son rapport le 9 avril suivant. Une nouvelle enquête contradictoire, diligentée par l'inspecteur du travail auprès duquel la société Epac systèmes avait sollicité l'autorisation de licenciement attaquée, a été conduite. Il ressort du rapport d'enquête que l'une des salariés de l'entreprise a signalé au responsable de site, le 17 février 2021, avoir fait l'objet de gestes et d'attitudes déplacés de la part de M. B, témoignage corroboré par trois autres professionnels de l'entreprise. Ces faits, commis le 3 février 2021 et le 4 février 2021, ont consisté, de la part de M. B, à proposer à la salariée un jeu à connotation sexuelle et à lui toucher la taille et le ventre et ceci, à trois occasions différentes malgré le refus clairement exprimé par celle-ci. Par son témoignage, la professionnelle concernée décrit un sentiment de malaise important et indique avoir été conduite à adapter sa tenue vestimentaire en conséquence, notamment en ne portant plus de collier du fait des gestes déplacés de M. B lorsqu'elle en portait un. Il ressort également du rapport de la commission d'enquête administrative interne que M. B a reconnu la plupart des faits reprochés, en en minimisant toutefois la gravité, expliquant ses comportements par une forme d'humour. La même relativisation des faits ressort également du rapport établi par le responsable de site ayant reçu le requérant immédiatement après avoir recueilli le premier témoignage, qui indique que M. B a alors estimé que " il y a 10 ans on ne lui aurait rien dit ", puis qu'il a exprimé devant témoins à son retour à l'atelier : " Y'en a une ici qui prend ses rêves pour des réalités ". Il ressort, enfin, d'un courrier du 14 octobre 2020 produit en défense et signé du responsable de site, que M. B avait déjà fait l'objet, antérieurement aux faits reprochés, d'une sanction de premier niveau pour avoir tenu des propos inappropriés vis-à-vis de la responsable maintenance des systèmes d'impression de l'entreprise. Si M. B soutient qu'il a toujours fait preuve d'un comportement irréprochable dans l'entreprise depuis son embauche, cette circonstance, qui est au demeurant contredite par plusieurs témoignages attestant de difficultés relationnelles, est, en tout état de cause, sans incidence sur les faits qui lui sont reprochés. Dans ces circonstances, l'inspecteur du travail n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni pris une décision disproportionnée en considérant que les faits répétés reprochés à M. B présentent un caractère fautif et sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation commise par l'inspecteur du travail et du caractère disproportionné de la sanction doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 juillet 2021 présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les dépens :

8. En l'absence de dépens exposés dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre par la société Epac systèmes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros, à verser à la société Epac systèmes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la société Epac systèmes une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Epac systèmes.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103291

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