vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL THIBAULT DECHERF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, M. A F, représenté par la SELARL Thibault Decherf, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a ordonné de se dessaisir des armes de catégorie C en sa possession et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreurs de droit et d'erreur d'appréciation ;
- l'interdiction de détenir des armes n'est pas limitée dans le temps et apparaît disproportionnée dans les faits.
Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2021, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. F sont inopérants et, en tout état de cause, non fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le décret n° 2018-542 du 29 juin 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 janvier 2021, notifié le 17 avril suivant, la préfète d'Eure-et-Loir a ordonné à M. F de se dessaisir des armes de catégorie C en sa possession dans un délai de trois mois à compter de la notification de cet arrêté et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie. M. F, qui a présenté un recours hiérarchique le 20 mai 2021, lequel a été implicitement rejeté, demande l'annulation de cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-4 du code de la sécurité intérieure : " L'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments de catégorie A ou B sont soumises à autorisation dans des conditions définies par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes du III de l'article 33 du décret du 29 juin 2018 relatif au régime de la fabrication, du commerce, de l'acquisition et de la détention d'armes : " III. - Les personnes qui détiennent des armes à feu d'épaule à répétition à canon rayé munies d'un dispositif de rechargement à pompe qui étaient soumises à déclaration avant l'entrée en vigueur du présent décret et qui sont classées au f du 2° du II de l'article R. 311-2 du code de la sécurité intérieure par le présent décret doivent déposer une demande d'autorisation de détention au titre du 2° de l'article R. 312-40 du même code, dans un délai d'un an qui suit l'entrée en vigueur du présent décret. / En cas d'autorisation, l'arme concernée n'est pas comptabilisée dans le quota prévu au premier alinéa du 2° de l'article R. 312-40 du code de la sécurité intérieure. Si l'autorisation est refusée, la personne doit se dessaisir de l'arme selon les modalités prévues aux articles R. 312-74 et R. 312-75 du même code ou la faire neutraliser dans un délai de six mois suivant le refus d'autorisation. Dans ce dernier cas, elle procède à une déclaration sur l'imprimé conforme au modèle fixé par l'arrêté prévu à l'article R. 311-6 du même code ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". Aux termes de l'article L. 312-13 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. F a déclaré, entre 2015 et 2016, la détention de quatre armes de catégorie C, utilisées dans le cadre de la pratique du tir sportif. L'une de ces armes, un fusil à pompe de marque Taurus, a été classée en catégorie B à la suite de l'entrée en vigueur, au 1er août 2018, du décret du 29 juin 2018 relatif au régime de la fabrication, du commerce, de l'acquisition et de la détention d'armes, soumise, par suite, à autorisation en application de l'article L. 312-4 du code de la sécurité intérieure. Par un courrier du 27 juin 2019, la préfète d'Eure-et-Loir a informé l'intéressé de son obligation de régulariser sa situation au regard de la détention de cette arme au plus tard le 31 juillet 2019, soit en déposant une demande d'autorisation d'acquisition et de détention d'armes pour une demande de reclassement d'une arme de catégorie C en catégorie B ou en faisant transformer le fusil par un professionnel afin de respecter les spécifications techniques des armes relevant de la catégorie C, dans le cas où il souhaite conserve l'arme, soit en la vendant à un armurier ou à une personne titulaire d'une autorisation d'acquisition et de détention d'arme de catégorie B, dans le cas où il ne souhaite pas la conserver. En l'absence de régularisation dans le délai imparti, la préfète d'Eure-et-Loir a, par lettre du 27 octobre 2020, enjoint à M. F de se mettre en règle au plus tard le 30 novembre 2020 sous peine de mise en œuvre de la procédure de dessaisissement de l'arme en cause en application de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure. Devant l'inaction de M. F, la préfète d'Eure-et-Loir, par un arrêté du 28 janvier 2021, lui a ordonné de se dessaisir des armes de catégorie C en sa possession et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie.
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfecture d'Eure-et-Loir, qui bénéficiait d'une délégation de signature du 25 janvier 2021 de Mme E D, la préfète d'Eure-et-Loir, régulièrement publié le même jour, à l'effet de signer notamment les décisions prises dans le domaine de " la réglementation relative aux armes ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque ainsi en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de la sécurité intérieure, notamment les articles L. 312-3, L. 312-11 à L. 312-13, L. 312-16, R. 312-67 et R. 312-74 à R. 312-79, dont il a été fait application, ainsi que la lettre du 27 octobre 2020 citée au point 4, rappelle que M. F a déclaré détenir quatre armes de catégorie C et que celui-ci n'a pas entrepris les démarches pour la régularisation administrative et technique de ses armes, malgré une invitation en ce sens et, en conséquence, décide de lui retirer l'ensemble des récépissés de déclaration d'acquisition de ses armes, en application de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure, lui ordonne de se dessaisir de ses armes en application des articles L. 312-11 et R. 312-67 du même code et dispose que ce dessaisissement lui interdit d'acquérir ou de détenir des armes. Il s'en suit que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait.
7. En troisième lieu, il est constant que M. F, malgré deux lettres, du 27 juin 2019 et du 27 octobre 2020, l'invitant à se mettre en règle au regard de la nouvelle réglementation précitée, classant le fusil à pompe de marque Taurus qu'il détient en catégorie B, n'a pas régularisé sa situation. Il détenait, par suite, illégalement une arme de catégorie B. Dans ces circonstances, la préfète a pu, sans erreur de droit ni erreur d'appréciation, estimer que la persistance de cette détention illégale constituait un comportement de nature à porter atteinte à l'ordre public et mettre en œuvre la procédure de dessaisissement prévue à l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure.
8. En quatrième lieu, la circonstance que le reclassement en catégorie B ne portait que sur une seule arme ne faisait pas obstacle à ce que le dessaisissement portât sur l'ensemble des armes du requérant dès lors que la préfète, qui n'a pas entendu, en l'espèce, limiter l'interdiction à une seule arme, a décidé, sur le fondement de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, et ce, sans erreur d'appréciation, de lui interdire d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie.
9. En dernier lieu, l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, qui permet au préfet de lever l'interdiction d'acquérir ou détenir des armes " s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes ", n'impose pas de limiter dans le temps l'interdiction d'acquérir et de détenir des armes.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026