jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VEAUVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2021, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions révélées par les courriers du 21 mai 2021 et du 22 juillet 2021 par lesquelles le maire d'Avoine a refusé sa demande tendant au raccordement de sa parcelle au réseau de distribution d'électricité ;
2°) d'enjoindre au maire d'Avoine de faire droit à sa demande de raccordement ou à défaut, de réexaminer sa situation, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Avoine une somme de 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits en ce qu'aucune construction n'a été irrégulièrement édifiée sur sa parcelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme en ce que, d'une part, ces dispositions ne s'appliquent pas aux terrains nus et, d'autre part, le maire ne peut refuser une demande de raccordement au seul motif que le terrain serait inconstructible ;
- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le maire ne pouvait se fonder sur les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme lesquelles n'ont pas vocation à réglementer l'accès aux réseaux ;
- elle méconnait le droit d'accès au réseau consacré à l'article L. 121-1 du code de l'énergie
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 février 2023 et le 24 novembre 2023, la commune d'Avoine, représentée par Me Veauvy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision est légalement justifiée sur le fondement dans l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme en ce que la construction méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme ;
- le maire pouvait faire application des dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme en ce que le projet d'installation d'une caravane n'a pas été préalablement autorisé ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 26 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'énergie ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gasnier,
- les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gault-Ozinek, représentant la commune d'Avoine.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a demandé à la société ENEDIS le raccordement au réseau électrique d'un terrain lui appartenant cadastré section AC n°668 situé au lieu-dit Le Neman, à Avoine (Indre-et-Loire), afin d'y installer une caravane. Par un courriel du 17 février 2021, qui n'a pas été reçu par le maire d'Avoine en raison d'un changement d'adresse électronique, la société ENEDIS a sollicité l'accord du maire sur le fondement de l'article R. 323-25 du code de l'énergie. En raison du silence gardé sur cette demande, la société ENEDIS a procédé à l'implantation, sur cette parcelle, d'un compteur électrique dont les travaux d'achèvement sont intervenus le 7 mai 2021. Par deux décisions révélées par des courriers du 21 mai 2021 et du 22 juillet 2021, le maire d'Avoine s'est opposé au branchement de la parcelle de M. B et à la mise en service du compteur implanté. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1 ", c'est-à-dire soumis à permis de construire, permis d'aménager, permis de démolir, déclaration préalable ou à agrément, " ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ". Il résulte de ces dispositions que le maire peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale destinés à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, s'opposer au raccordement définitif au réseau d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone des bâtiments, locaux ou installations qui, faute de disposer de l'autorisation d'urbanisme ou de l'agrément nécessaire, sont irrégulièrement construits ou transformés. La circonstance que le raccordement demandé dans une telle hypothèse soit présenté comme provisoire ne fait pas obstacle à ce que le maire fasse usage des pouvoirs d'opposition qu'il tient de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme dès lors qu'il estime qu'au vu des circonstances de l'espèce, ce raccordement doit être regardé comme présentant un caractère définitif. Doit être regardé comme présentant un caractère définitif un raccordement n'ayant pas vocation à prendre fin à un terme défini ou prévisible, quand bien même les bénéficiaires ne seraient présents que lors de séjours intermittents et de courte durée.
3. L'article R. 421-23 du code de l'urbanisme, pris en application de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, soumet à déclaration préalable : " j) L'installation d'une résidence mobile visée par l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, constituant l'habitat permanent des gens du voyage, lorsque cette installation dure plus de trois mois consécutifs () ". Dès lors, le maire est en droit de refuser le raccordement définitif au réseau d'électricité d'une résidence mobile constituant l'habitat permanent de gens du voyage, au sens de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000, ne disposant pas de l'autorisation à laquelle elle serait soumise en vertu de ces dispositions.
4. Pour refuser le raccordement en litige, le maire s'est fondé sur l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme, désormais codifié à l'article L. 111-12 du même code depuis l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 23 septembre 2015 relative à la partie législative du livre Ier du code de l'urbanisme, et a relevé que, dans le cadre de l'instruction d'une demande d'autorisation d'urbanisme pour l'implantation d'une caravane sur cette parcelle, une demande serait rejetée pour méconnaissance des règles d'urbanisme. Il ressort des termes de cette décision de refus, telle qu'éclairée par le mémoire en défense de la commune, que le maire s'est fondé sur la circonstance qu'aucune autorisation d'urbanisme n'a été accordée.
5. En premier lieu, la décision du 22 juillet 2021, laquelle succède au courrier du 21 mai 2021, mentionne les circonstances de faits et de droit qui constituent le fondement du refus de raccordement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement qu'un refus de raccordement ne peut être opposé qu'au motif qu'une construction implantée ou à implanter n'a fait l'objet d'aucune autorisation d'urbanisme ou d'agrément. Le maire ne peut, en revanche, se fonder sur la méconnaissance des règles du plan local d'urbanisme ou sur le caractère inconstructible d'un terrain pour refuser une telle demande. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en se fondant sur la méconnaissance des règles du plan local d'urbanisme et le caractère inconstructible du terrain, classé en zone A, le maire de la commune d'Avoine a commis une erreur de droit.
7. En troisième lieu, toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier notamment des comptes rendus d'entretien de la commune avec M. B, que le raccordement de sa parcelle a été demandé en vue d'y installer durablement une caravane et que ce projet présente un caractère certain. Un tel raccordement doit donc être regardé comme définitif au sens des dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme. D'autre part, il est constant qu'à la date de la décision de refus du maire, l'implantation de cette caravane, bien que non-encore réalisée, n'a pas été préalablement autorisée alors que, conformément aux dispositions citées au point 3 du présent jugement, elle était soumise à déclaration préalable. Par suite, le maire pouvait, pour ce seul motif, refuser la demande de raccordement de M. B sur le fondement de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme. Les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.
8. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le maire, en faisant application des dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, a entendu faire obstacle à ce que le raccordement de propriétés aux réseaux aboutisse à conforter des situations irrégulières. Ce faisant, il a poursuivi l'objectif d'intérêt général s'attachant au respect des règles d'urbanisme, lesquelles tendent à assurer la maîtrise de l'occupation des sols et du développement urbain. D'autre part, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations de nature à attester que la décision en litige ferait obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée, en faisant application de telles règles, n'a pas méconnu, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la décision attaquée ne méconnait en tout état de cause pas le droit de propriété garanti aux articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
10. En sixième lieu, le requérant ne saurait se prévaloir, à l'encontre de la décision litigieuse, des dispositions de l'article 1er de la loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, reprises à l'article L. 121-1 du code de l'énergie et consacrant " le droit de tous à l'électricité " dès lors que, comme il a été dit, l'opposition du maire d'Avoine au raccordement du terrain du requérant au service public de la distribution de l'électricité est fondée sur les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme et que le droit de tous à l'électricité s'exerce dans le cadre des dispositions précitées régissant le raccordement au réseau de distribution électrique.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation dirigées contre les décisions révélées par les courriers du 21 mai 2021 et du 22 juillet 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune la somme demandée par M. B, au titre des frais exposé par lui et non compris dans les dépens.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Avoine en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune d'Avoine une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Avoine.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026