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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103364

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103364

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 septembre 2021 et le 24 avril 2023, la société Geotexia Mené et la SELARL Gautier et Associés, agissant en qualité de commissaire à l'exécution du plan de sauvegarde de la société Geotexia Mené, représentées par Me Fontaine, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, d'annuler le titre de recettes n° TR2111642 émis le 5 août 2021 par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne d'un montant de 936 253 euros pour le reversement d'une partie de la subvention accordée le 17 juillet 2008 pour la réalisation d'une unité de valorisation de matières organiques et de la décharger du paiement de la somme ;

2°) à titre subsidiaire, la décharge du paiement de cette somme à hauteur de 447 013 euros ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le titre de recettes ne comporte pas les bases de liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- l'assiette du calcul de la subvention définitive est erronée en ce qu'elle devait prendre en compte le tonnage des matières entrantes sèches et non le tonnage des matières organiques " brut ", de sorte qu'aucun reversement n'est dû ;

- le montant mis à sa charge est manifestement disproportionné ;

- le montant mis à sa charge doit être ramené à 489 240 euros en lieu et place de la somme de 936 253 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 24 juillet 2023, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des sociétés requérantes une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier, rapporteur

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique

- et les observations de Me Fontaine, représentant les sociétés requérantes, et de Me Hallé, représentant l'Agence de l'eau Loire-Bretagne.

Considérant ce qui suit :

1. Par convention du 17 juillet 2008, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne a accordé à la société Geotexia Mené une subvention d'un montant de 2 892 348 euros pour la réalisation d'une unité de valorisation de matières organiques à Saint-Gilles-du-Mené, commune déléguée de la commune du Mené (Côtes d'Armor) correspondant à 30 % du coût total de cette opération estimé à 9 641 160 euros. Cette convention prévoit notamment que l'aide définitive sera fixée à l'issue de cinq années à compter du versement de l'aide, après réalisation d'un bilan. L'Agence de l'eau Loire-Bretagne a procédé à un contrôle de conformité de l'installation par rapport aux objectifs fixés par la convention, le 8 janvier 2019, lequel a fait apparaître que les performances attendues en matière de transfert des matières organiques hors zone d'excédent structurel n'étaient pas atteintes. Après avoir procédé à un premier calcul, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne a finalement évalué le montant des sommes à reverser à hauteur de 936 253 euros. Le 5 août 2021, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne a adressé à la société Géotexia Mené un titre de perception d'un montant de 936 253 euros. La société Geotexia Mené et la SELARL Gauthier et Associés, celle-ci agissant en qualité de commissaire à l'exécution du plan de sauvegarde de la société Geotexia Mené, demandent l'annulation de ce titre de perception et la décharge de la somme de 936 253 euros.

Sur les conclusions à fins d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la motivation du titre de recettes :

2. Aux termes de l'alinéa 2 de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquide faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Une personne morale de droit public ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour déterminer le montant de la créance.

3. En l'espèce, le titre de recettes en litige du 5 août 2021 se réfère explicitement notamment au courrier de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne du 3 décembre 2020, transmis en dernier lieu en annexe à un courrier du 6 juillet 2021 notifié par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier du 3 décembre 2021 comprend, en annexe, les bases et les éléments nécessaires au calcul des sommes à reverser, dont la société conteste d'ailleurs le bienfondé. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :

4. D'une part, aux termes des conditions particulières de versement stipulées dans la convention du 17 juillet 2008 accordant la subvention : " A l'issue de 5 ans après le versement de l'aide de l'agence, un bilan global sera établi afin d'évaluer le rapport entre les matières organiques éligibles effectivement traitées et valorisées hors Bretagne (hors zones d'excédents structurels) et les matières organiques figurant dans le projet (75 000 tonnes de déchets qui se répartissent en 2 170 tonnes de [matières sèches]/an en provenance de la CUMA et 8 000 tonnes de [matières sèches]/an en provenance des industriels soit un total de traitement de 10170 T de [matières sèches]/an). / Si ce rapport est inférieur à 80%, le pourcentage réel sera appliqué au montant retenu par l'agence afin de déterminer son aide définitive ".

5. D'autre part, si les décisions accordant une subvention publique à une personne morale constituent des décisions individuelles créatrices de droit, ce n'est que dans la mesure où les conditions dont elles sont assorties, qu'elles soient fixées par des normes générales et impersonnelles ou propres à la décision d'attribution, sont respectées par leur bénéficiaire. Quand ces conditions ne sont pas respectées, la réfaction de la subvention peut intervenir sans condition de délai.

6. Pour calculer le montant de l'aide définitive due à la société Géotexia Mené, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne a considéré, en se fondant sur la note technique établie par la société Liger BioConcept, que de l'année 2014 à l'année 2018 comprise, 34 393 tonnes de matières entrantes brutes ont été traitées correspondant à 67,63 % de l'objectif de traitement de matières fixé par les stipulations précitées.

7. En premier lieu, pour contester le principe d'un reversement dû, la société Géotexia Mené soutient qu'il n'y a pas lieu de prendre en compte le volume " brut " de déchets à traiter annuellement mais le volume de matières sèches composant ces matières organiques au motif que seules ces matières sont susceptibles de produire du digestat, l'autre partie étant destinée à la production de biogaz. Elle fait valoir à ce titre qu'en prenant en compte cette base, l'unité en cause permet une réduction des exportations totales de matières sèches entrantes et que le rapport entre les matières organiques éligibles effectivement traitées et valorisées hors Bretagne et le volume de matières sèches entrantes est de de 89,6% ce qui représenterait un résultat de 112 % par rapport à l'objectif contractuel fixé.

8. Toutefois, d'une part, et contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, les termes précités de la convention, et notamment les termes " les matières organiques figurant dans le projet (75 000 tonnes de déchets qui se répartissent en 2 170 tonnes de [matières sèches]/an en provenance de la CUMA et 8 000 tonnes de [matières sèches]/an en provenance des industriels soit un total de traitement de 10 170 T de [matières sèches]/an) ", font référence au volume total des déchets à traiter et non à leur seule fraction " sèche ". Il ressort, d'autre part, des pièces du dossier qu'entre 2014 et 2018, 34 393 tonnes de matières sèches ont été traitées et exportées en dehors de la Bretagne et des zones d'excédent structurel correspondant à 67,63 % de l'objectif de traitement de matières fixé à 50 850 tonnes sur 5 ans (10 170 tonnes par an). Ce volume a d'ailleurs été majoré à l'occasion des échanges préalables à l'émission du titre de perception pour tenir compte de la perte de matières provoquée par le processus de traitement propre à la société Geotexia Mené. Il s'ensuit que l'Agence de l'eau Loire-Bretagne est fondée à réclamer à la société requérante le reversement d'une fraction de la subvention perçue.

9. En deuxième lieu, la société soutient qu'elle n'aurait dû se voir attribuer que 84,55% de l'aide qui lui a été versée en ce que le taux de 80 % devait s'appliquer sur le tonnage des matières entrantes par le calcul suivant : 34 393 / (0,8 x 50 850). Elle en déduit que l'aide qui lui a été accordée devait s'élever à 2 445 335 euros au lieu de 2 892 348 euros versés, de sorte que le reversement de l'aide devrait correspondre au maximum à 447 013 euros.

10. Il résulte toutefois des termes de la convention précitées que le taux de 80 % n'a pas à être appliqué sur le tonnage des matières entrantes mais qu'il constitue un seuil à atteindre conditionnant le montant définitif de l'aide versée. Il s'ensuit que, lorsque le rapport établi comme il a été dit au point 8 est inférieur à 80 %, l'aide doit être recalculée à proportion de la part de l'objectif non rempli. Par suite, c'est à bon droit que l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, après avoir constaté que l'objectif de valorisation de 80 % n'était pas atteint, a recalculé l'aide à proportion de la part de l'objectif rempli, soit 67,63 %, et procédé à la réfaction de cette aide à hauteur de 936 253 euros, soit 32,37 % de 2 892 348 euros.

11. En dernier lieu, les sociétés requérantes ne peuvent utilement se prévaloir du caractère disproportionné de la somme mise à la charge de la société Geotexia Mené alors que le montant définitif de la subvention était conditionné au respect de l'objectif rappelé au point 4 du présent jugement et a été déterminé, ainsi qu'il a dit ci-dessus, conformément à la convention du 17 juillet 2008 qu'elle a librement signée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la société Geotexia Mené doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne la somme demandée par la société Geotexia Mené au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposé.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des sociétés requérantes la somme demandée par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Geotexia Mené et de la SELARL Gautier et Associés est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Geotexia Mené et à l'Agence de l'eau Loire-Bretagne.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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