jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ETHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 du directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours en tant que cette décision, qui annule et remplace celle du 12 avril 2021, l'a affectée, à la reprise de son travail à mi-temps thérapeutique, sur des fonctions d'aide-soignante en soins généraux, ensemble la décision 22 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au CHRU de Tours de la réintégrer dans ses fonctions d'infirmière en soins généraux, de la titulariser et de reconstituer sa carrière dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, d'enjoindre au CHRU de Tours d'instruire de nouveau son dossier sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.
Elle soutient que :
- la décision contestée du 3 mai 2021 n'est pas motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle méconnait l'article 5 du décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière et l'article 3 du décret n° 97-487 du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir et de procédure en ce qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée sans que la procédure relative aux sanctions disciplinaires n'ait été respectée ;
- elle constitue un refus de titularisation entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas pu effectuer un stage suffisamment probatoire alors même qu'elle a vécu une situation de harcèlement psychologique durant la période de son stage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre des frais liés au litige.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que :
* elle est dirigée contre une décision confirmative du courrier du 25 mars 2021 ;
* la décision contestée est une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
* elle est favorable à l'intéressée, qui est dès lors dépourvue d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;
- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- les conclusions de Eric Gauthier, rapporteur public,
- et les observations de Me Gentilhomme, représentant Mme B et de Me Gobe, substituant Me Tertrais, représentant le CHRU de Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, aide-soignante titulaire affectée au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours a été détachée dans le grade d'infirmière en soins généraux stagiaire, par décision du 10 août 2018 avec effet au 12 juillet 2018. Par décision du 2 juillet 2019, le directeur du CHRU de Tours a prolongé de trois mois la durée de son stage, soit jusqu'au 11 octobre 2019. Puis le 22 octobre 2019, il a été décidé de prolonger une nouvelle fois la durée de son stage pour une période de 6 mois, soit à compter du 12 octobre 2019 jusqu'au 11 avril 2020. A la date de cette décision, Mme B avait été placée en congé pour maladie à compter du 13 octobre 2019 puis en congé de longue durée, régulièrement renouvelé jusqu'à ce qu'elle soit autorisée, par décision du 12 avril 2021, à reprendre ses fonctions d'infirmière en soins généraux stagiaire, à temps partiel thérapeutique à 50 %, à compter du 19 avril 2021. Par la décision contestée du 3 mai 2021, le directeur du CHRU de Tours a annulé cette décision et l'a affectée, avec effet rétroactif au 19 avril 2021, sur des fonctions d'aide-soignante en soins généraux à temps partiel thérapeutique à 50%, avec maintien du grade d'infirmière stagiaire, dans l'attente de l'avis de la commission administrative paritaire compétente saisie pour non titularisation en fin de stage. Mme B a exercé un recours gracieux contre cette décision le
29 juin 2021 qui a été rejeté par courrier du 22 juillet 2021. Par la requête ci-dessus analysée, Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, le CHRU de Tours soutient que la décision contestée du 3 mai 2021 serait une décision confirmative d'une autre, déjà prise le 25 mars précédent. Toutefois, il ressort des termes mêmes de ce courrier, signé du directeur des ressources humaines du CHRU de Tours, que celui-ci n'avait d'autre objet que d'informer Mme B de la mesure envisagée à son encontre et ne présentait aucun caractère décisoire. Ainsi, la décision du 3 mai 2021 ne peut être regardée comme confirmative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
3. En second lieu, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B était détachée dans le grade d'infirmière en soins généraux stagiaire par décision du 10 août 2018 et exerçait les fonctions d'infirmière jusqu'à son placement en arrêt pour maladie à partir du 13 octobre 2019. Ainsi la décision contestée, affectant Mme B, à son retour de congé de longue durée, sur des fonctions d'aide-soignante, et ce, alors même qu'il avait été décidé de prolonger la durée de son stage pour une période de 6 mois à compter du 12 octobre 2019, emporte pour l'intéressée une diminution sensible de ses attributions et responsabilités. Une telle décision ne peut être regardée comme une mesure d'ordre intérieur ni, contrairement à ce que soutient le CHRU de Tours, comme une mesure favorable à l'intéressée. Par suite, les fins de non-recevoir tirées du caractère insusceptible de recours de la décision du 3 mai 2021 et du défaut d'intérêt à agir de Mme B doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article 37 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige : " La titularisation des agents nommés dans les conditions prévues à l'article 29, aux a et c de l'article 32 et à l'article 35 est prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par les statuts particuliers. / Les congés de maladie () ne sont pas pris en compte dans les périodes de stage ". Aux termes de l'article 3 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " Les agents stagiaires accomplissent les missions habituellement dévolues aux agents titulaires du corps dans lequel ils ont vocation à être titularisés, sous le contrôle et la responsabilité de leur hiérarchie directe () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel l'agent stagiaire a vocation à être titularisé. / Sous réserve de dispositions contraires des statuts particuliers et du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. / Sauf disposition contraire du statut particulier, le stage ne peut être prolongé d'une durée excédant celle du stage normal () ".
6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que les congés de maladie, régulièrement accordés à un stagiaire en cours de stage, ne sont pas pris en compte dans la période de stage d'un agent de la fonction publique hospitalière. Par suite, lorsqu'un agent stagiaire a été placé en congé de maladie pendant la période de son stage, celui-ci doit être prolongé d'une durée équivalente à la durée totale des congés de maladie. D'autre part, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné, sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage ou d'une réintégration dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, motivés par ses insuffisances ou manquements professionnels.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été détachée dans le grade d'infirmière en soins généraux stagiaire à compter du 12 juillet 2018. Sa période de stage a été prolongée à compter du 12 juillet 2019 pour une durée de trois mois, puis le 12 octobre 2019 pour une durée de six mois. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a été placée en congé de longue durée entre le 13 octobre 2019 et le 18 avril 2021. Ainsi, à la date de la décision attaquée, Mme B n'avait pas achevé sa période de stage. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir qu'en décidant sa réintégration sur des fonctions d'aide-soignante à compter du 19 avril 2021, le directeur du CHRU de Tours l'a privée de la possibilité d'effectuer la période complémentaire de stage qui lui avait été accordée sur des fonctions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions d'infirmière en soins généraux auxquelles son stage la destinait.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mai 2021 en tant qu'elle l'a affectée à des fonctions d'aide-soignante. Il y a lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, d'annuler la décision 22 juillet 2021 rejetant le recours gracieux dirigé contre la décision du 3 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article 33 décret du 12 mai 1997 visé ci-dessus : " Quand, du fait des congés de toute nature autres que le congé annuel, le stage a été interrompu pendant au moins trois ans, l'agent stagiaire doit, à l'issue du dernier congé, recommencer la totalité du stage prévu par le statut particulier du corps dans lequel il a vocation à être titularisé. / Si l'interruption a duré moins de trois ans, l'intéressé ne peut être titularisé, après avis de la commission administrative paritaire compétente, avant d'avoir accompli la période complémentaire de stage qui est nécessaire pour atteindre la durée normale du stage. / Lorsque l'interruption a duré plus d'un an, la reprise des fonctions est subordonnée à la vérification de l'aptitude physique à l'emploi dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur ".
10. L'annulation de la décision du 3 mai 2021, en tant qu'elle a affecté Mme B à des fonctions d'aide-soignante avec maintien du grade d'infirmière stagiaire, implique nécessairement que Mme B soit réintégrée dans des fonctions d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret du 12 mai 1997 précitées. Elle implique également que le CHRU de Tours procède à la reconstitution de sa carrière. En revanche, l'annulation prononcée n'implique pas la titularisation de Mme B au grade d'infirmière en soins généraux. Il y a donc lieu d'enjoindre au CHRU de Tours de réintégrer Mme B dans des fonctions d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret du 12 mai 1997, ainsi que de procéder à la reconstitution administrative de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 1 500 euros, à verser à Mme B, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le CHRU de Tours au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 mai 2021 en tant qu'elle affecte Mme B sur des fonctions d'aide-soignante, ensemble la décision du 22 juillet 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Tours de réintégrer Mme B à un poste d'infirmière stagiaire, sous réserve du respect des conditions de l'article 33 du décret n° 97-487 du 12 mai 1997, et de procéder à la reconstitution administrative de sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera la somme de 1 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
M. Nehring, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
Virgile NEHRING
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026