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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103393

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103393

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Toubale, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cet arrêté méconnaît le principe de la présomption d'innocence, dès lors qu'il n'a toujours pas été jugé pour les faits d'escroquerie, d'abus de confiance, d'évasion et d'usage de faux ;

- les poursuites pour abandon d'enfants relèvent de la pure invention préfectorale ;

- il ne peut lui être reproché d'avoir exercé une activité salariée sans autorisation de travail visée par les autorités compétentes, alors qu'il s'est vu délivrer des récépissés l'autorisant à travailler ;

- contrairement à ce que soutient le préfet, il n'est pas entré sur le territoire français irrégulièrement, mais sous couvert d'un passeport diplomatique.

Par un mémoire enregistré le 11 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né en 1979, a demandé au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour. Par l'arrêté du 21 septembre 2021 attaqué, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. C fait valoir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, eu égard au fait qu'il vit en France depuis de nombreuses années, qu'il s'y est marié en 2016 avec une compatriote résidant régulièrement en France, que le couple a quatre enfants et qu'il a également élevé les deux enfants nés d'une première union de son épouse.

4. Toutefois, M. C, qui indiquait dans sa demande de titre de séjour être entré en France le 24 juin 2004, n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'ancienneté et de la continuité de son séjour en France. S'il ressort du bulletin n° 2 du casier judiciaire produit par le préfet que l'intéressé était présent en France au moins entre les mois de janvier 2006 et juin 2009 - période au cours de laquelle il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales sous l'alias Nicolas Macosso -, aucune pièce ne permet d'établir que l'intéressé, qui avait d'ailleurs fait l'objet d'une peine de cinq années d'interdiction du territoire français, se serait maintenu en France pendant l'ensemble de la période de juillet 2009 à mars 2015, date à laquelle sa présence est attestée par l'acte de reconnaissance des premiers enfants qu'il a eu avec son épouse. D'ailleurs le requérant, qui a déclaré devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qu'il était entré en France le 3 septembre 2015 après avoir assuré " à partir des années 2010 " des missions de protection du président de la République congolaise lors de ses déplacements à l'étranger, indique également dans sa requête qu'il est entré pour la dernière fois sur le territoire français en 2015.

5. Par ailleurs, si M. C, marié avec une compatriote, est père de quatre enfants, et s'il indique avoir également élevé les deux enfants nés d'une première union de son épouse, il n'apporte aucun élément de nature à apprécier la réalité et l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec ses enfants.

6. De même, s'il prétend avoir exercé une activité salariée, il se borne à produire, outre une attestation provisoire de réussite aux tests du certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES), un contrat de travail signé avec la société Technisol le 16 janvier 2020, c'est-à-dire près de cinq ans après sa dernière entrée en France.

7. En revanche, il ressort des pièces produites par le préfet que M. C, lors de ses séjours sur le territoire français, s'est rendu coupable de nombreuses infractions qui ont donné lieu à vingt-deux condamnations, sous deux identités différentes, entre le 26 janvier 2006 et le 11 septembre 2020, notamment pour des faits de vol et de recel d'un bien provenant d'un vol, d'escroquerie, d'abus de confiance, de contrefaçon ou falsification de chèque et d'usage de chèque contrefait ou falsifié, d'obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, mais également d'évasion et de menaces de mort réitérées. Il ressort au surplus des pièces produites par le préfet que cette activité délictueuse a généré des revenus importants que M. C et son épouse ont dissimulés aux services fiscaux comme aux organismes de protection sociale auprès desquels ils percevaient des prestations soumises à conditions de ressources. Dans ces conditions, et alors que ce mode de vie apparaît comme systématique durant toute la durée de chacun des séjours de M. C en France, l'atteinte que le préfet de Loir-et-Cher a portée, par l'arrêté attaqué, à la vie privée et familiale du requérant ne peut être regardée comme disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont été pris. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si la commission du titre de séjour a mentionné, dans l'avis favorable qu'elle a rendu le 16 mars 2021, les poursuites pénales alors en cours et qui ont ultérieurement donné lieu, après l'intervention de l'arrêté attaqué, à un jugement du 2 décembre 2021 du tribunal correctionnel de Bourges, le préfet de Loir-et-Cher ne s'est pas fondé sur ces nouvelles poursuites et n'a ainsi, en tout état de cause, pas méconnu le principe de présomption d'innocence invoqué par M. C. De même, le préfet, contrairement à ce que soutient M. C, ne s'est pas fondé sur les faits de délaissement de mineurs de quinze ans mentionnés par la commission du titre de séjour et pour lesquels il apparaît que le requérant a bénéficié d'un non-lieu au cours de l'instruction pénale.

9. En troisième lieu, si M. C soutient que, contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, il est entré régulièrement en France dès lors qu'il bénéficiait d'un passeport diplomatique, il n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à établir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait sur ce point. Si, en revanche, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en tant qu'il indique que M. C et son épouse sont parents de trois enfants, alors que leur quatrième enfant commun est né le 13 octobre 2020, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris les mêmes décisions s'il n'avait pas commis cette erreur, laquelle n'est ainsi pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

10. En quatrième lieu, si le préfet de Loir-et-Cher a indiqué, dans l'arrêté attaqué, d'une part, que M. C pourrait sous certaines conditions relever de la procédure de regroupement familial, d'autre part, que l'intéressé ne disposait pas d'une autorisation de travail visée par les autorités compétentes, ces motifs ne peuvent être utilement contestés dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris les mêmes décisions s'il ne s'était fondé que sur les faits délictueux commis par l'intéressé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2021 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène LE TOULLEC

Le président-rapporteur,

Frédéric B

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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