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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103482

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103482

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP DELHOMMAIS MORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021 et des mémoires enregistrés le 15 novembre 2022 et le 11 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Morin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique lui a concédé un titre de pension civile de retraite en tant qu'il fixe la date à laquelle sa pension prend effet au 12 novembre 2020 et non au 1er avril 2020, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux en date du 3 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de prendre un nouvel arrêté fixant la date d'effet de sa pension au 1er avril 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car, d'une part, l'article L. 55 du code des pensions civiles et militaires fixe le délai de recours à un an à compter de la notification de la décision de concession initiale de la pension et, d'autre part, même à supposer qu'un délai de droit commun soit applicable, la direction générale des finances publiques prend pour point de départ de ce délai la signature de la déclaration pour la mise en paiement de la pension du 28 février 2021, cette dernière ne comportant aucune mention des voies et délais de recours ;

- la décision est entachée d'incompétence, à défaut pour le ministre de justifier que son signataire bénéficiait d'une délégation régulière ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en ce qu'elle ne mentionne pas l'avis de la commission, qui ne lui a pas été communiqué ;

- elle est entachée d'erreur de droit ainsi que d'une erreur d'appréciation car il appartenait à l'administration de traiter sa demande de départ à la retraite dans un délai raisonnable, alors même que dix mois se sont écoulés avant que la commission de réforme ne se réunisse, et ainsi, de régulariser sa situation administrative.

Par des mémoires, enregistrés le 21 juin 2022 et le 6 octobre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,

- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 26 novembre 1962, a intégré la direction générale des finances publiques à compter du 16 octobre 1982 en qualité d'agent de recouvrement principal du Trésor de 2ème classe. Il a été suspendu de ses fonctions à compter du 1er juillet 2004 avant d'être révoqué le 15 avril 2007. Par courrier du 6 janvier 2020, il a sollicité son départ à la retraite anticipé en tant que fonctionnaire handicapé. La commission de réforme s'étant réunie le 12 novembre 2020 a émis un avis favorable à sa demande de mise à la retraite pour invalidité avec un effet rétroactif au 1er avril 2020. Par arrêté du 15 février 2021, une pension civile de retraite lui a été concédée par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique à compter du 12 novembre 2020. Il a accusé réception de ce titre le 28 février 2021 par la signature de la déclaration pour mise en paiement. Par courrier du 3 juin 2021, M. A a formé un recours gracieux devant son administration. Une décision implicite de rejet est née. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 en tant qu'il fixe la date d'effet de sa pension fixée au 12 novembre 2020 et non au 1er avril 2020, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux en date du 3 juin 2021 et d'enjoindre à l'administration de prendre un nouvel arrêté fixant la date d'effet de sa pension au 1er avril 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° () les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; / () /. ".

3. M. D B, signataire de la décision attaquée, a été nommé chef de service des retraites de l'Etat, par arrêté du 24 octobre 2019 et pour une durée d'un an à compter du 28 octobre 2019. Il a été renouvelé dans ses fonctions par un nouvel arrêté du 29 septembre 2020 pour une durée de deux ans à compter du 28 octobre 2020. Le service des retraites de l'Etat est un service à compétence nationale créé par le décret n° 2009-1052 du 26 août 2009. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aucune disposition du code des relations entre le public et l'administration, ni aucune disposition du code des pensions civiles et militaires n'impose à l'administration de motiver les décisions par lesquelles elle concède des titres de pensions. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision qu'il conteste est insuffisamment motivée, quand bien même elle ne comporte pas la mention de la saisine de la commission de réforme. Ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, applicable au litige : " L'avis de la commission de réforme est communiqué au fonctionnaire sur sa demande ".

6. En l'espèce, M. A ne démontre pas avoir sollicité la communication de l'avis de la commission de réforme, alors même, au surplus, qu'il résulte de l'instruction que celui-ci a été informé à compter du jour au cours duquel la commission de réforme s'est réunie, de l'émission d'un avis favorable à sa demande de mise en retraite pour invalidité avec effet rétroactif au 1er avril 2020. Dans ces conditions, il ne peut soutenir que l'avis de la commission de réforme aurait dû lui être communiqué.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite: " I.-La liquidation de la pension intervient : () 4° Lorsque le fonctionnaire ou son conjoint est atteint d'une infirmité ou d'une maladie incurable le plaçant dans l'impossibilité d'exercer une quelconque profession, dans les conditions prévues à l'article L. 31 et sous réserve que le fonctionnaire ait accompli au moins quinze ans de services () ; Aux termes de l'article L. 31 du même code, dans sa version applicable au présent litige : La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par une commission de réforme selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d'Etat. / Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l'agent et au ministre des finances. (). Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'admission à la retraite anticipée d'un fonctionnaire au titre d'une infirmité ou d'une maladie incurable est subordonnée à la durée de services d'au moins quinze ans et à l'avis de la commission de réforme, laquelle est seule compétente pour se prononcer sur la réalité du trouble invoqué par l'intéressé.

8. M. A soutient que son droit à une pension de retraite était ouvert à compter du 1er avril 2020, date à laquelle son dossier a été instruit par un agent du service des retraites de l'Etat. Toutefois, la commission de réforme s'est prononcée sur la reconnaissance de la pathologie du requérant au cours de sa séance du 12 novembre 2020. Ainsi, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait dû bénéficier de ses droits à pension à une date antérieure, le ministre de l'économie, en retenant l'ouverture de son droit à pension au 12 novembre 2020, n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions du requérant tendant à l'annulation l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique lui a concédé un titre de pension civile de retraite doivent être rejetées ainsi que, par voir de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Armelle BEST-DE GAND

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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