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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103530

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103530

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond a refusé de rectifier l'attestation d'employeur du 12 juillet 2021 destinée à Pôle emploi, ensemble, en tant que de besoin, cette attestation ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, à titre principal, d'établir une attestation d'employeur mentionnant que le non-renouvellement de son contrat de recrutement n'est pas intervenu à son initiative et, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la compétence des signataires des décisions attaquées n'est pas démontrée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs de fait en ce qu'elles mentionnent, à tort, que son contrat de recrutement a fait l'objet d'une rupture anticipée à son initiative et qu'il n'a pas refusé le renouvellement de son contrat mais la conclusion d'un nouveau contrat ;

- il ne pouvait d'ailleurs accepter le nouveau contrat proposé par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond dès lors qu'il avait été déclaré définitivement inapte à l'exercice des fonctions qui lui avaient été attribuées et que le nouveau poste proposé était quasiment identique à celui qu'il occupait ;

- il n'a pas pu prendre connaissance de cette proposition dans les délais impartis dès lors qu'il se trouvait en congé.

La requête a été communiquée au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2007-1188 du 3 août 2007 ;

- le décret n° 2016-1704 du 12 décembre 2016 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bernard et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été employé par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, entre le 1er octobre 2018 et le 30 juin 2021, par l'effet de plusieurs contrats à durée déterminée successifs, en qualité d'agent d'entretien qualifié au sein du service restauration de cet établissement. A la suite d'un accident et de plusieurs arrêts de travail, il a été déclaré définitivement inapte à " tout poste d'agent d'entretien qualifié de l'établissement ". Par courrier du 24 juin 2021, le centre hospitalier lui a proposé un nouveau contrat en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié au sein de l'équipe bio-nettoyage. En l'absence de réponse de M. A, le directeur du centre hospitalier a délivré à Pôle emploi, le 12 juillet 2021, une attestation d'employeur indiquant comme motif de la rupture du contrat de travail une " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée ou d'un contrat d'apprentissage à l'initiative du salarié ". Estimant ce motif erroné, M. A a demandé à son employeur de rectifier cette attestation. Par sa requête, il demande au tribunal l'annulation de la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond a rejeté cette demande ainsi que l'annulation de l'attestation elle-même.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " I.-Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont : / 1° () la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire par les accords relatifs à l'assurance chômage mentionnés à l'article L. 5422-20 () ". Selon l'article L. 5424-1 du même code, dans sa version en vigueur : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire () et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : () 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé dont le contrat est arrivé à son terme et n'est pas renouvelé à l'initiative de l'employeur () ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " Sont assimilés aux personnels involontairement privés d'emploi () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé ayant refusé le renouvellement de leur contrat pour un motif légitime lié à des considérations d'ordre personnel ou à une modification substantielle du contrat non justifiée par l'employeur ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de déterminer si les circonstances dans lesquelles un contrat de travail à durée déterminée n'a pas été renouvelé permettent de l'assimiler à une perte involontaire d'emploi. A ce titre, l'agent qui refuse le renouvellement de son contrat de travail ne peut être regardé comme involontairement privé d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime, qui peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel ou au fait que le contrat a été modifié de façon substantielle et sans justification par l'employeur.

5. M. A fait valoir qu'il justifiait d'un motif légitime pour refuser la proposition de son employeur de conclure un nouveau contrat en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié au sein de l'équipe bio-nettoyage, dès lors qu'il avait été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions d'agent d'entretien qualifié et que les fonctions proposées étaient identiques, au moins en partie, à celles qu'il exerçait antérieurement.

6. Selon l'article 7 du décret du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " () 1° Les agents d'entretien qualifiés sont appelés à exécuter des travaux ouvriers, en vue notamment d'assurer l'entretien et le nettoyage des locaux dans le respect de l'hygiène hospitalière et de la sécurité() ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 4 du décret du 3 août 2007 portant statut particulier du corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière : " Les agents des services hospitaliers qualifiés sont chargés de l'entretien et de l'hygiène des locaux de soins et participent aux tâches permettant d'assurer le confort des malades. Ils effectuent également les travaux que nécessite la prophylaxie des maladies contagieuses et assurent, à ce titre, la désinfection des locaux, des vêtements et du matériel et concourent au maintien de l'hygiène hospitalière ".

7. Il ressort des termes de la fiche d'aptitude médicale produite par M. A, délivrée le 24 juin 2021 par le médecin du service de santé au travail du personnel des établissements hospitaliers publics du Cher, que le requérant a été déclaré inapte à une reprise de travail " sur tout poste d'AEQ (agent d'entretien qualifié) de l'établissement ". Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond lui a alors proposé un contrat en qualité d'agent des services hospitaliers qualifiés au sein de l'équipe bio-nettoyage de l'établissement. Toutefois, il résulte des dispositions précitées, confirmées par la fiche métier produite par le requérant, que le contrat proposé par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond aurait amené M. A à exercer, comme antérieurement, des fonctions d'entretien et de nettoyage des locaux, pouvant au demeurant être exercées indifféremment par des agents de service hospitalier ou des agents d'entretien qualifiés. Dans ces circonstances, l'intéressé doit être regardé comme ayant refusé le renouvellement de son contrat pour un motif légitime et, par suite, comme ayant été involontairement privé d'emploi. Ainsi le requérant est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le directeur du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond délivre une attestation destinée à France Travail mentionnant que le non renouvellement du contrat à durée déterminée de

M. A n'est pas intervenu à l'initiative de ce dernier. Il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les autres conclusions :

9. En premier lieu, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

10. En second lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond la somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 septembre 2021 du directeur du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et l'attestation d'employeur délivrée le 12 juillet 2021 à Pôle emploi par l'établissement sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond de délivrer à France Travail une attestation d'employeur mentionnant que le non renouvellement du contrat de travail de M. A n'est pas intervenu à son initiative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond versera à M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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