vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2021, M. B A, représenté par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en fait comme en droit à défaut d'être fondé sur sa situation individuelle ;
- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est contraire à l'intérêt supérieur de son fils en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels à raison de son état de santé et de la situation générée par la pandémie de covid-19 ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne pouvant être exécutée à raison de la pandémie et de la situation d'insécurité en Guinée, il convient de l'annuler.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteur publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 20 juin 1990, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 juillet 2013. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 septembre 2014, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er juillet 2015. Le 4 septembre 2015, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, auquel il n'a pas déféré. Le 11 avril 2016, il a sollicité des services de la préfecture de la Mayenne la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Estimant que les documents d'état civil produits à l'appui de sa demande étaient dépourvus de caractère authentique, le préfet de la Mayenne a, par un arrêté du 25 avril 2016, rejeté sa demande et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. M. A a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Nantes qui par un jugement du 2 novembre 2016, confirmé par une ordonnance du 23 février 2017 du président de la 1ère chambre de la cour administrative d'appel de Nantes, a rejeté sa requête. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. A, le 30 octobre 2017, a sollicité du préfet de Loir-et-Cher la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Sa demande a été rejetée par le préfet par un arrêté du 16 août 2018, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour de deux ans. M. A a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif d'Orléans qui a rejeté sa requête par un jugement du 15 janvier 2019 dont il n'a pas été fait appel. Se maintenant une nouvelle fois irrégulièrement sur le territoire, M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour, le 5 juin 2020. Par un arrêté du 1er juillet 2020, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 8 février 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête présentée contre ledit arrêté. Ne déférant pas à la mesure d'éloignement, M. A a, le 29 septembre 2020, de nouveau sollicité des services de la préfecture de Loir-et-Cher son admission au séjour. Par l'arrêté attaqué du 18 juin 2021, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, et qui indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. A sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé - s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, est suffisamment motivé au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2013 et qu'il vit depuis 2018 en concubinage avec une compatriote, mère d'un enfant français, Ousmane, né le 25 avril 2018, et avec laquelle il a eu deux enfants, l'un, C, né le 14 janvier 2020 et l'autre, Abdoulay, né le 12 février 2022, soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la compagne du requérant a la garde de son premier fils, âgé de seulement trois ans à la date de la décision attaquée, et il n'est ni établi, ni même allégué que le père de ce dernier entretiendrait des relations avec lui. Dès lors rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine du requérant. Au demeurant la réalité de la communauté de vie du couple n'est pas établie par les pièces du dossier alors qu'il ressort des copies de l'acte de reconnaissance et de l'acte de naissance de leur second fils, postérieurs à l'arrêté attaqué, que chacun a son propre domicile et que rien au dossier ne permet de considérer que cela ne reflète pas la situation au jour de l'arrêt attaqué. Par ailleurs, si M. A se prévaut d'une vie en France depuis 2013, il n'apporte aucun élément justifiant d'une particulière intégration dans la société française. Enfin, il n'est pas contesté que le requérant est père de deux enfants, l'un né en 2011 et l'autre né en 2013, résidant en Guinée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Il ne résulte pas de ce qui a été dit au point 5 et du simple fait que M. A souffrirait d'une hépatite B chronique que celui-ci justifierait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels lui permettant de pouvoir prétendre à une carte de séjour temporaire en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de Loir-et-Cher aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, C, en refusant de délivrer un titre de séjour au requérant.
10. En cinquième lieu, les circonstances que le pays d'origine du requérant soit régulièrement confronté à des épidémies de maladie à virus Ebola et que le virus du covid-19 y circule ne permettent pas à elles seules de considérer que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prévoyant que M. A, porteur d'une hépatite B active, pourra être éloigné à destination de la Guinée.
11. En sixième lieu, la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français ne pourrait être exécutée en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19 est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cette décision.
12. En dernier lieu, en soutenant que l'arrêté attaqué ne peut être exécuté eu égard à l'insécurité politique régnant en Guinée, le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision fixant le pays de renvoi. Toutefois, en se bornant à soutenir que la situation politique en Guinée n'est pas sûre, le requérant n'établit pas qu'il encourrait personnellement des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen doit par suite être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
Stéphane D
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026