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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103639

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103639

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL SYLVIE MAZARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2021 et un mémoire, enregistré le 3 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Mazardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier régional d'Orléans l'a suspendu de ses fonctions, sans rémunération, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional d'Orléans le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision constitue une sanction disciplinaire, laquelle n'a pas été précédée des garanties de nature à assurer les droits de la défense et notamment, de la mise en place d'une procédure contradictoire préalable ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit à l'emploi garanti par l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, l'article 1er de la charte sociale européenne de 1961, l'article 10 de la convention n° 168 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur la promotion de l'emploi et la protection contre le chômage de 1988 et les articles 5 et 10 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ; la disproportion est établie par le caractère indéterminé de la durée de la suspension alors qu'il existait d'autres mesures propres à enrayer la transmission du virus ;

- la décision attaquée méconnaît son droit d'obtenir les moyens d'assurer sa subsistance, garanti par l'article 10 de la convention n° 168 de l'OIT sur la promotion de l'emploi et la protection contre le chômage du 21 juin 1988 ;

- la mesure contestée ne répond pas au principe de proportionnalité rappelé par les arrêts " Glor " du 30 avril 2009 et " Association Rhino et autres " du 11 octobre 2011 de la Cour européenne des droits de l'homme ;

- la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée garanti par l'article 10 de la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine (convention sur les droits de l'homme et de la biomédecine d'Oviedo du 4 avril 1997), par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par l'article 9 du code civil et par l'article L. 1110-4 du code de la santé publique ;

- elle va à l'encontre de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme en matière de vaccination obligatoire (arrêts " Salvetti " du 9 juillet 2002, " Matter " du 5 juillet 1999 et " Pretty " du 29 avril 2002) ;

- la mesure de suspension des personnels et agents publics travaillant au sein des établissements de santé qui ne justifient pas d'un certificat de vaccination n'est plus appropriée à l'objectif poursuivi dans un contexte épidémiologique considérablement amélioré et alors que la couverture vaccinale des agents est comprise entre 84 et 90 % ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination consacré en particulier par l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme, par l'article 14 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par la déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail du 18 juin 1988, par la convention n° 111 de l'OIT concernant la discrimination (emploi et profession) du 25 juin 1958, par les dispositions de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008, par l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, par le règlement (UE) n° 2021-953 du 14 juin 2021, par l'article 21 de la charte des droits fondamentaux ;

- elle est de nature à créer une rupture d'égalité entre les personnes concernées par l'article 12 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 selon qu'elles sont vaccinées ou non vaccinées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le centre hospitalier régional d'Orléans, représenté par Me Rainaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité compétente ;

- elle ne constitue pas une sanction disciplinaire ;

- il a suivi la procédure prévue par la loi du 5 août 2021 ;

- le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur la constitutionnalité de la loi du 5 août 2021 ;

- la décision contestée est proportionnée au regard du droit à l'emploi, du droit au respect de la vie privée du requérant et de la situation épidémiologique actuelle ;

- elle ne méconnaît pas le principe de non-discrimination et n'est pas de nature à créer une rupture d'égalité injustifiée entre le personnel vacciné et le personnel non vacciné.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2023, M. B, représenté par Me Mazardo, informe le tribunal qu'il entend se désister de son recours.

Par un mémoire, enregistré le 22 mars 2023, le centre hospitalier régional d'Orléans, représenté par Me Rainaud, demande qu'il soit pris acte de ce désistement et informe le tribunal de son intention de maintenir sa demande tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- la convention sur les droits de l'homme et la biomédecine d'Oviedo ;

- la convention de l'Organisation internationale du travail n° 111 du 25 juin 1958 ;

- la convention de l'Organisation internationale du travail n° 168 du 21 juin 1988 ;

- la déclaration de l'Organisation internationale du travail relative aux principes et droits fondamentaux au travail du 18 juin 1988 ;

- la charte des droits fondamentaux ;

- la charte sociale européenne ;

- le règlement (UE) n° 2021-953 du 14 juin 2021 ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mazardo, représentant M. B et de Me Rainaud, représentant le centre hospitalier régional d'Orléans.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est adjoint logistique au centre hospitalier régional d'Orléans. Par une décision du 13 septembre 2021, le directeur de cet établissement l'a suspendu de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. M. B a sollicité, par la requête ci-dessus analysée, l'annulation de cette décision.

Sur le désistement :

2. Par mémoire enregistré au greffe du tribunal le 15 mars 2023, M. B a indiqué se désister de son recours. Ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier régional d'Orléans tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de M. B.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier régional d'Orléans présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier régional d'Orléans.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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