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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103697

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103697

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKAB CONSEIL AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Yela Koumba, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans l'attente qu'il soit statué sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation, l'absence de référence à sa situation personnelle ne lui permettant pas de la comprendre d'autant qu'elle lui a été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas ;

- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est dépourvue de motivation ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 7 juillet 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Yela Koumba, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 25 mai 1980, est entré irrégulièrement en France le 9 décembre 2013 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile le 6 janvier 2014 qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 août 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 avril 2016. A la suite de ce rejet, il a fait l'objet le 13 juin 2016 d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il n'a pas déféré à la mesure d'éloignement. Il a sollicité, le 12 février 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, il a été auditionné le 6 octobre 2021 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières. Par un arrêté du 18 octobre 2021, la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, conformément aux exigences posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les considérations de droit et de fait propres à la situation personnelle du requérant sur lesquelles la préfète a fondé son refus de titre de séjour. La préfète a notamment indiqué que M. A " n'est pas en mesure d'attester de façon probante d'une ancienneté de résidence habituelle et continue en France " depuis décembre 2013, " ne produit aucun justificatif récent prouvant sa participation à l'entretien " de ses deux enfants mineurs et ne démontre pas vivre avec la mère de ses enfants à laquelle il se dit lié par un pacte civil de solidarité et que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public en raison, notamment, d'une condamnation, le 2 juillet 2020, pour des faits de blanchiment aggravé, de concours en bande organisée à une opération de placement, de dissimulation ou conversion du produit du délit et la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et proxénétisme aggravé. Ces considérations de fait sont suffisamment développées pour permettre au requérant de comprendre et discuter utilement les motifs de ce refus, alors qu'au demeurant, celui-ci, qui soutient ne pas comprendre la langue française, a été accompagné, lors de la notification de l'arrêté attaqué, d'un interprète en langue anglaise. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a examiné d'office la demande de titre de séjour du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du même code, relatives aux étrangers ayant des liens personnels et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît ces dernières dispositions est inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

5. L'arrêté attaqué est notamment fondé sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constitue une menace à l'ordre public. Lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Il ressort des pièces du dossier, notamment des écritures en défense, et il n'est pas contesté, que M. A a été condamné, le 2 juillet 2020, pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime contre l'humanité, de proxénétisme aggravé en bande organisée, de blanchiment, de concours à une opération de placement, de dissimulation et de conversion du produit d'exportation non autorisée de stupéfiants en bande organisée. Si le requérant soutient qu'il a fait preuve d'un comportement exemplaire en détention en obtenant plusieurs décisions relatives aux réductions supplémentaires de peine, il ne l'établit pas en ne produisant qu'une seule décision du juge d'application des peines du 5 octobre 2021 qui lui accorde une réduction supplémentaire de peine de six jours aux motifs qu'il a suivi des cours de français, respecte les horaires et a entamé des démarches pour régulariser sa situation administrative mais qui précise également que l'intéressé connaît des périodes d'inactivité sans motif sérieux et ne justifie pas avoir procédé aux versements au profit des parties civiles en dépit de ses ressources depuis juillet 2021. Eu égard à la nature et la gravité de infractions commises, la préfète a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que l'intéressé, encore incarcéré au moment de l'édiction de l'arrêté attaqué du 18 octobre 2021, constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour et lui permettant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant se prévaut d'une vie commune depuis 2018 - soit trois ans à la date de l'arrêté attaqué - avec une compatriote en situation régulière, mère de ses deux enfants nés le 12 juin 2014 et le 13 octobre 2017, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d'origine. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas, compte tenu de son comportement, d'une intégration dans la société française, ni d'une maitrise de la langue française. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît, dès lors, pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de titre de séjour attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

10. Le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français sans délai est dépourvue de base légale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il résulte ce qui a été dit au point 5 que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, obliger le requérant à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, par suite, être écarté.

11. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sans délai sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

12. En huitième lieu, le requérant n'établissant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré ce que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. La décision d'interdiction de retour contenue dans l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assortir une obligation de quitter le territoire français d'une telle décision, est justifiée par le fait que l'intéressé, alors même qu'il se prévaut d'une vie familiale établie en ce qu'il déclare être en concubinage avec une ressortissante nigériane en situation régulière et père de deux enfants mineurs, a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ne justifie pas d'une ancienneté de présence continue sur le territoire français et représente une menace pour l'ordre public. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant est suffisamment motivée.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision, qui lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, contreviendrait à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

Hélène B

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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