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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103735

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103735

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLE ROY DES BARRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Le Roy des Barres, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le préfet du Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- s'il n'a pas achevé sa première année de CAP peinture, il s'est réorienté et a trouvé du travail en tant qu'opérateur de production et justifie de son insertion dans la société française par le travail ; il a trouvé un nouvel apprentissage, en maçonnerie et remplit les conditions posées par l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet devait le régulariser à titre exceptionnel car sa volonté d'intégration est réelle et sérieuse, ses attaches personnelles et familiales sont désormais en France et il justifie avoir déclaré ses revenus et cessé son activité professionnelle lorsqu'il n'a plus eu l'autorisation de travailler ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- un retour dans son pays d'origine le priverait de la possibilité de continuer son projet personnel et professionnel ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 28 janvier 2021 est arrivé en France selon ses déclarations en octobre 2017. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du Cher par ordonnance du Tribunal de grande instance de Moulins en date du 25 mai 2018. Inscrit pour l'année scolaire 2018-2019 dans une classe " Action de remobilisation à temps plein " il a commencé en septembre 2019 une première année de CAP peinture, qu'il n'a pas achevée. Il a demandé le 8 janvier 2019 au préfet du Cher son admission au séjour en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de " salarié " ou de " travailleur temporaire ". Le préfet du Cher a rejeté cette demande de titre. Par arrêté du 29 juillet 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient, ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il est constant que le requérant confié à l'aide sociale à l'enfance du Cher à l'âge de 17 ans et 4 mois par ordonnance du Tribunal de grande instance de Moulins en date du 25 mai 2018, a commencé en septembre 2019 une première année de CAP peinture, qu'il n'a pas achevée, ce dont il a informé lui-même le préfet par courrier du 17 mai 2021, et qu'il ne soutient ni même n'allègue d'une inscription à une formation pour l'année scolaire 2020-2021. Par suite, le préfet du Cher a pu sans erreur de droit, erreur de fait ou erreur manifeste d'appréciation lui refuser la délivrance d'un titre sur le fondement des dispositions précitées. La circonstance, au demeurant non établie, qu'il aurait, à la date de la requête, trouvé un nouvel apprentissage, en maçonnerie, est sans incidence.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. En outre, les dispositions précitées laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " au requérant, célibataire sans enfant, présent en France depuis 4 ans à la date de l'arrêté en litige, qui n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. D'autre part, si le requérant soutient qu'il s'est réorienté et a trouvé du travail en tant qu'opérateur de production il ne justifie, ainsi que le fait valoir le préfet, que de deux missions d'intérim allant du 28 juin 2021 au 3 juillet 2021 et du 5 juillet 2021 au 16 juillet 2021. Par suite, il n'établit pas l'insertion dans la société française par le travail dont il allègue. Dès lors, et quand bien même sa volonté d'intégration est réelle et sérieuse et il justifie avoir déclaré ses revenus et cessé son activité professionnelle lorsqu'il n'a plus eu l'autorisation de travailler, le préfet du Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant à la date de l'arrêté en litige une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ressort des pièces du dossier que le requérant célibataire sans enfant, présent en France depuis 4 ans à la date de l'arrêté en litige, n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne justifie pas d'une insertion particulière. Dans ces conditions, le refus de titre attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, et quand bien même un retour dans son pays d'origine priverait le requérant de la possibilité de continuer son projet personnel et professionnel, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 202La présidente-rapporteure,

Anne C

L'assesseure la plus ancienne,

Laurence VINCENT

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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