mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré le 28 octobre 2021 et le 18 mai 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2021 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- il méconnait l'article L. 423- 18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; la préfète aurait pu lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail dans la mesure où elle travaille en France depuis le 9 août 2018 et y est pleinement intégrée ; elle ne peut lui opposer le fait que ses trois enfants résident en Côte d'Ivoire car depuis son arrivée en France, elle souhaite présenter une demande pour les faire venir en France ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre.
Par un mémoire enregistré le 28 février 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par décision du 28 septembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle de la Cour administrative d'appel de Versailles a admis Mme B à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les observations de Me Duplantier, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B épouse A, ressortissante ivoirienne, née le 24 décembre 1977, s'est mariée avec M. A E A, de nationalité française, le 25 février 2017 à Abidjan. Elle est entrée sur le territoire français le 12 novembre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa long séjour à l'expiration duquel elle s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention vie privée et familiale en qualité de conjoint de français valable du 11 mars 2019 au 10 mars 2021. Par un arrêté en date du 13 juin 2021, notifié le 18 juin 2021, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Son recours gracieux est resté sans réponse. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juin 2021.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. ".
3. Si ces dispositions ne créent aucun droit au renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française a été rompue en raison des violences conjugales qu'il a subies de la part de ce dernier, de telles violences, subies pendant la vie commune, ouvrent la faculté d'obtenir, sur le fondement de cet article, un titre de séjour. Il incombe à l'autorité préfectorale, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'intéressé justifie le renouvellement du titre à la date où il se prononce, en tenant compte, notamment, du délai qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie commune et des conséquences qui peuvent encore résulter, à cette date, des violences subies.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 12 novembre 2017, a quitté le domicile conjugal le 23 octobre 2019. Elle indique que le 22 octobre 2018, elle s'est présentée au commissariat du 18ème arrondissement de Paris afin de déposer une main courante à l'encontre de son époux, qu'à cette occasion, elle a dénoncé les violences dont elle était victime en expliquant que, lorsqu'elle refusait d'avoir des relations sexuelles avec son conjoint, ce dernier la menaçait de la mettre dehors. Elle soutient que son conjoint la mise à la porte le 23 octobre 2019 et que la rupture de la vie commune résulte de violences conjugales.
5. Toutefois, et ainsi que le fait valoir la préfète en défense, la requérante qui ne verse au soutien de ses allégations qu'une attestation rédigée par un tiers n'ayant pas été le témoin direct des prétendus faits dénoncés et la déclaration de main courante effectuée plus d'une année avant la séparation du couple et qui ne semble avoir été suivie ni d'un dépôt de plainte, ni de poursuites initiées par le Procureur de la République, ni d'une procédure de divorce, ne peut être regardée comme établissant la réalité des violences subies de la part de son époux. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B présente en France depuis le 12 novembre 2017 est séparée de son conjoint français et conserve des attaches fortes dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans et où résident ses trois enfants mineurs. Dans ces conditions, quand bien même elle y occupe un emploi depuis le 9 août 2018, après avoir suivi avec succès une formation dans le domaine de l'aide à domicile, elle est en contrat à durée indéterminée depuis le 6 avril 2019, à temps complet depuis le 1er juin 2019, et elle fait valoir qu'elle maîtrise parfaitement la langue française et qu'elle a la volonté de faire bénéficier ses enfants d'une mesure de regroupement familial, le refus de titre attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, doit être écarté.
9. En dernier lieu, il est constant qu'ainsi qu'il est mentionné aux termes de l'arrêté en litige, que Mme B ne remplit pas les conditions de l'article L.421-1 du CESEDA dans la mesure où elle ne produit pas d'autorisation de travail visée par son employeur malgré la demande qui lui a été faite. Si la requérante soutient que la préfète aurait pu lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail dans la mesure où elle travaille en France depuis le 9 août 2018 et y est pleinement intégrée, il ressort des pièces du dossier que la préfète, qui a retenu aux termes de son arrêté que Mme B n'a présenté aucun argument susceptible de constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel pour invoquer les dispositions de l'article L 435-1 du CESEDA, dans la mesure où elle ne justifie pas d'une ancienneté de séjour suffisante sur le territoire français et conserve, ainsi qu'il a été dit au point précédent des attaches fortes dans son pays d'origine, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, son activité professionnelle ne pouvant constituer à elle seule un motif exceptionnel.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour doivent être rejetées.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. La requérante qui n'établit pas que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé serait entaché d'illégalité, n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit ce refus est dépourvue de base légale.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 202La présidente-rapporteure,
Anne D
L'assesseure la plus ancienne,
Laurence VINCENT
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026