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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103856

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103856

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 octobre 2021, le 23 mai 2023 et le 24 juillet 2023, MM. D et C Le B demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Avertin a refusé de leur délivrer un permis de construire deux maisons individuelles d'habitation et la décision du 27 août 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Avertin de leur délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Avertin une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- leur projet ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants de sorte que le motif de refus de l'arrêté fondé sur l'article UB-11 du règlement du PLU l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 mars 2023 et le 27 juin 2023, la commune de Saint-Avertin représentée par Me Tissier-Lotz conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir à titre principal que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et à titre subsidiaire que l'arrêté pouvait en tout état de cause être légalement fondé sur l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Avertin.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier, rapporteur,

- les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Saint-Avertin.

Considérant ce qui suit :

1. Messieurs D et C Le B ont déposé le 18 décembre 2020une demande de permis de construire portant sur la construction de deux maisons individuelles sur une parcelle cadastrée BK 0082 située sur la commune de Saint-Avertin (Indre-et-Loire). Par arrêté du 4 mai 2021, le maire de Saint-Avertin a refusé le permis de construire sollicité. Par un courrier du 27 août 2021, la commune a rejeté leur recours gracieux. MM. Le B demandent l'annulation de cet arrêté et de ce rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UB-11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Avertin : " L'autorisation d'urbanisme peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions particulières, si les constructions, par leur situation, leur implantation, leur architecture leurs dimensions ou leur aspect extérieur ne portent pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux environnants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.

4. Pour prendre l'arrêté attaqué, le maire de Saint-Avertin s'est fondé sur l'article UB-11 précité et sur la circonstance que le projet de construction des deux maisons individuelles sur une parcelle de 970 m² était susceptible d'entrainer une densification excessive et de créer un déséquilibre au sein du quartier lequel serait caractérisé par une faible densité de constructions et de parcelles agrémentées par de vastes jardins.

5. En l'espèce, d'une part, le terrain d'assiette du projet est situé dans un lotissement modérément densifié exclusivement composé de maisons pavillonnaires. Si la morphologie et le gabarit des constructions composant le quartier sont marqués par une certaine homogénéité, tel n'est pas le cas de l'implantation des constructions au sein des parcelles de ce lotissement qui ne sont pas toutes agrémentées d'un large jardin comme l'affirme la commune et qui accueillent, pour certaines, plusieurs constructions. L'environnement du projet présente ainsi des caractéristiques urbanistiques classiques pour un lotissement sans être marquées par une unité architecturale particulière.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet de construction en litige prévoit la construction de deux maisons d'habitation sur un terrain de 970 m² à l'image d'autres parcelles situées dans le lotissement. La première construction débouchera directement sur la rue tandis que la seconde s'implantera en fond de parcelle en limite séparative par rapport à une autre maison pavillonnaire existante. Les deux constructions seront distantes entre-elles d'environ 10 mètres, séparées par une haie végétalisée et disposeront chacune d'un jardin composé d'arbres semblables aux végétations alentours si bien que l'effet de densification induit par la présence de deux constructions sera réduit. D'ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet conservera plus de la moitié de sa surface en espaces libres et que l'emprise au sol des constructions projetées n'excèdera pas 30% conformément aux dispositions des articles UB 13 et UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme. Il est par ailleurs constant que le projet respecte les règles de distances minimales par rapport aux limites séparatives prescrites par l'article UB 7 du règlement. Il s'ensuit que compte tenu des espaces libres préservés, la seule construction des deux maisons d'habitation projetées sur cette parcelle n'aura pas pour effet d'entrainer une densification excessive du quartier de nature à rompre avec le caractère architectural du bâti environnant déjà modérément densifié. Il en résulte qu'en refusant le permis de construire pour ce motif, le maire de la commune de Saint-Avertin a fait une inexacte application des dispositions précitées.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur la substitution de motifs demandée par la commune de Saint-Avertin :

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Aux termes de l'article UB 9 du règlement du PLU de Saint-Avertin : " Dans le cas d'opération () de construction ayant pour effet la division du terrain d'assiette, les règles de cet article s'applique à chaque terrain issu de la division () L'emprise au sol des constructions ne peut excéder 30% de l'unité foncière ".

10. La commune de Saint-Avertin fait valoir en défense que l'arrêté en litige aurait légalement pu être fondé sur ces dispositions en ce que le projet pourrait faire l'objet d'une division foncière de sorte que le coefficient maximal d'emprise au sol des constructions serait dépassé.

11. Toutefois, d'une part, il est constant que l'emprise au sol du projet s'élève à moins de 30% de l'unité foncière. D'autre part, les requérants font valoir, sans être ensuite contestés sur ce point, que le terrain d'assiette ne fera l'objet d'aucune division avant ou après achèvement de la construction. Enfin, la commune n'établit pas qu'en cas de division, les dispositions précitées seraient méconnues. Par suite, ce motif ne peut être substitué au motif erroné susvisé.

12. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 4 mai 2021 portant refus de permis de construire ainsi que la décision de rejet du recours gracieux du 27 août 2021 doivent être annulés.

Sur l'injonction :

13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 citées au point 2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

14. En l'espèce les motifs du présent jugement impliquent que soit délivré à MM. Le B le permis de construire qu'ils ont sollicité. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Avertin de délivrer cette autorisation dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais d'instance :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

16. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de MM A B, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Saint-Avertin au titre des frais non compris dans les dépens.

17. MM. Le B ne justifiant pas avoir engagés de frais pour les besoins de la présente instance, leurs conclusions formulées sur ce fondement doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2021 et la décision du 27 août 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Avertin de délivrer le permis de construire demandé par MM. Le B dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Avertin et MM. Le B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, M. C A B et à la commune de Saint-Avertin.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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