mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2103857 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LUCAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 octobre 2021 et le 25 janvier 2022, Mme G D, représentée par Me Lucas, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 août 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense enregistrés le 28 décembre 2021 et le 28 janvier 2022, la préfète du Loiret, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2022.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Lucas, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G D, ressortissante marocaine née le 6 juillet 1988, déclare être entrée en France le 24 avril 2019. Le 27 novembre 2020, elle a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour en tant que " salariée ". Par arrêté du 10 août 2021, dont Mme D demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, Mme A F, préfète du Loiret, a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte dirigé contre les deux décisions manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de manière non stéréotypée, contrairement ce que fait valoir la requérante. Par ailleurs, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur l'article L. 611-1 3° du même code, comme tel est le cas en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative à la décision relative au séjour.
4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas examiné la situation personnelle de la requérante. A cet égard, si la requérante soutient qu'elle est entrée en France le 24 avril 2019 et non le 2 août 2020 comme mentionné dans l'arrêté litigieux, il n'est pas établi que cet élément ait été porté à la connaissance de la préfecture alors que, au demeurant, l'intéressée a indiqué dans sa demande de titre de séjour être entrée pour la dernière fois en France le 2 août 2020. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ".
6. La requérante soutient que la préfète a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en lui faisant application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, à titre principal, et de l'article L. 435-1 du même code, à titre subsidiaire. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier et, en particulier du formulaire de demande d'admission exceptionnelle remplie par la requérante et produit en défense, que la préfète du Loiret ait été saisie d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la case relative aux
accords bilatéraux n'étant pas cochée. En tout état de cause, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être invoqué à l'appui d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain précité prévoit la délivrance de tels titres de séjour, la préfète conservant toutefois, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, le pouvoir d'apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Or, il ressort de l'arrêté attaqué, qui vise l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, que la préfète a considéré que " si Madame D G ne peut se prévaloir, en raison de sa nationalité, de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, sa demande doit toutefois être examinée dans le cadre du pouvoir général d'appréciation sans texte que détient la préfète ". Au surplus, pour justifier de son intégration professionnelle, la requérante ne produit qu'une promesse d'embauche pour un emploi d'agent d'entretien de surfaces en contrat à durée indéterminée à compter du 5 septembre 2021. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain doivent être écartés à l'encontre des deux décisions litigieuses. Il est de même des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. La requérante soutient que, divorcée, ses seuls liens se trouvent désormais en France, notamment avec son concubin, M. B E, de nationalité française, qui l'héberge à son domicile depuis le 26 mai 2020. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier et en particulier de sa demande de titre de séjour, que ses trois enfants, nés en 2010, 2011 et 2016, résident au Maroc de même que sa mère. D'autre part à supposer, en l'absence de toute pièce versée au dossier autre qu'une attestation d'hébergement établie par M. E, qu'il y ait communauté de vie depuis le 26 mai 2020, celle-ci était, à la date de l'arrêté en litige, très récente. Enfin, si la requérante produit diverses attestations de membres de sa famille présents régulièrement en France, suit des cours de français au sein de l'association Olivet solidarité et participe aux activités des Restos du cœur, ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer l'intensité de ses relations personnelles et familiales en France ni sa particulière insertion. Par suite, et alors qu'ainsi qu'il a été dit la requérante conserve des attaches fortes dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à au moins l'âge de 30 ans et où résident ses trois enfants mineurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dirigées contre les deux décisions litigieuses doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 août 2021 attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Laurence C,
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026