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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103889

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103889

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 novembre 2021 et 6 janvier 2023 sous le n° 2103889, Mme D E, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 30 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020 ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle n'a pas été précédée de la consultation pour avis de la commission de réforme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 décembre 2022 et 19 janvier 2023, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme E la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir qu'il n'y a plus de lieu de statuer sur la requête dès lors que la décision du

30 août 2021 attaquée a été retirée par décision du 27 décembre 2021, qui s'y est substituée ;

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février 2022 et 6 janvier 2023 sous le numéro 2200645, Mme D E, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 30 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020 et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise la somme de 2 500 euros au titre des frais liés au litige.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle n'a pas été précédée de la consultation pour avis de la commission de réforme ;

- en tout état de cause, aucune information ni convocation ne lui a été transmise concernant la séance de la commission de réforme, elle n'a pas été informée de son droit d'obtenir communication de son dossier ni de celui de présenter des observations, de produire des certificats médicaux et de se faire assister du médecin de son choix, il n'est pas permis de s'assurer de la composition régulière de la commission de réforme ni que le dossier soumis à cette commission comprenait bien le rapport écrit du médecin du travail ni que celui-ci n'ait été informé de la séance ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 décembre 2022 et 19 janvier 2023, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme E la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Barata, substituant Me Derec, représentant le centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, ouvrier principal de seconde classe titulaire affectée au sein du service sécurité incendie du centre hospitalier de l'agglomération montargoise depuis le 26 octobre 2020, a été victime, le 30 novembre 2020 d'un accident sur son lieu de travail.

Par décision du 30 août 2021, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de cet accident. Par décision du 27 décembre 2021, l'établissement hospitalier a retiré la décision du 30 août 2021 et a de nouveau refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 novembre 2020. Par les requêtes ci-dessus analysées, Mme E demande l'annulation de ces deux décisions.

2. Les affaires n° 2103889 et n° 2200645 présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu d'y statuer par un même jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

4. En l'espèce, le centre hospitalier de l'agglomération montargoise soutient que la décision du 30 août 2021 a été retirée par la décision du 27 décembre 2021, soit en cours d'instance. Toutefois, dès lors que cette dernière décision a été contestée par la requête enregistrée le 28 février 2022 sous le n° 2200645, visée ci-dessus, le retrait de la décision du

27 décembre 2021 n'a pas acquis un caractère définitif. Par suite, l'exception de non-lieu, soulevée dans l'instance n° 2103889, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.-Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'accident produit au dossier que Mme E a été victime d'une chute au retour d'une intervention sur l'hélistation du centre hospitalier, le 30 novembre 2020, durant le temps du service, alors qu'elle rejoignait un bâtiment de l'établissement en empruntant une descente herbeuse. En défense, le centre hospitalier soutient que la voie empruntée par l'intéressée était interdite dès lors qu'il existait un chemin d'accès aménagé reliant le centre hospitalier à l'hélistation, que la requérante avait été mise en garde par ses collègues de la dangerosité du passage sur lequel elle s'est engagée et qu'il tombe sous le sens que pour se rendre à l'hélistation, il convient d'emprunter les routes tracées et sécurisées, alors même que l'intéressée, en raison de ses fonctions, était sensibilisée à la sécurité. Toutefois, à les supposer démontrées, ces circonstances ne sauraient caractériser une faute personnelle ou des circonstances particulières de nature à détacher l'accident dont a été victime Mme E du service. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que les décisions des 30 août 2021 et 27 décembre 2021 ont méconnu les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et sont entachées d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions des 30 août et 27 décembre 2021 par lesquelles le centre hospitalier de l'agglomération montargoise a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 31 novembre 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de reconnaitre imputable au service l'accident dont a été victime Mme E le 30 novembre 2020 et de prendre en charge les arrêts, frais et soins nécessités par cet accident, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés aux litiges :

9. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération montargoise une somme de 1 500 euros, à verser à Mme E, au titre des frais liés au litige. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier de l'agglomération montargoise sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du centre hospitalier de l'agglomération montargoise des 30 août et

27 décembre 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de l'agglomération montargoise de reconnaitre imputable au service l'accident dont a été victime Mme E le 30 novembre 2020 et de prendre en charge les arrêts, frais et soins nécessités par cet accident, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de l'agglomération montargoise versera une somme de

1 500 euros à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au centre hospitalier de l'agglomération montargoise.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Quillévéré, président,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Virgile C

Le président,

Guy QUILLEVERE

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2103889,

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