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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103913

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103913

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 novembre 2021 et le 9 juin 2022, M. B D, représenté par Me Madrid, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Loiret a rejeté implicitement sa demande de titre séjour ainsi que l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel elle a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne " ou, à défaut, " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'existence d'une communauté de vie entre les époux n'étant pas une condition de délivrance ou de renouvellement du titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne ;

- la préfète du Loiret a ajouté une condition à l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne disposait pas d'une ancienneté particulière en France ;

- elle n'a pas examiné sa demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni fait application de son pouvoir discrétionnaire ;

- il justifie de circonstances exceptionnelles ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 251-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 29 mars 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Elle demande en outre au tribunal de substituer au motif tiré de l'absence de vie commune du requérant avec son épouse, celui de la fraude et " en tous les cas " de l'abus de droit ainsi que celui tiré de ce que l'épouse du requérant, Mme A, ne justifie plus remplir les conditions prévues aux 1° et 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne pouvant plus, dès lors, utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 233-2 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Tournier, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né en 1990, est entré en France le 29 décembre 2017, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour. Après son mariage avec une ressortissante roumaine le 7 décembre 2017, il a obtenu un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", valable du 13 septembre 2018 au 12 mars 2019. Il a, le 5 mars 2019, sollicité le renouvellement de son titre de séjour en demandant un titre de séjour en qualité de commerçant mais a, par courrier du 20 février 2020, expressément renoncé au fondement de cette demande puis confirmé, le 7 avril 2021, la demande de renouvellement de sa carte de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne. Par un arrêté du 15 octobre 2021, la préfète du Loiret a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande ainsi que de l'arrêté du 15 octobre 2021.

2. En premier lieu, si une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. D, un arrêté exprès de rejet est intervenu le 15 octobre 2021. Par suite, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète a fait application, rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant et comporte, de manière non stéréotypée, les motifs pour lesquels la préfète a refusé de lui délivrer un titre de séjour. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour, qui n'a pas à exposer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués par le requérant, est donc suffisamment motivée. Par ailleurs, après avoir considéré que l'intéressé n'apportait pas la preuve qu'il avait conservé un droit au séjour, la préfète a précisé qu'en application du 1° de l'article L. 251 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle pouvait, dans cette situation, l'obliger à quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français contestées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas du courrier du conseil du requérant du 30 avril 2021 qui invite la préfète à faire application de son pouvoir discrétionnaire compte tenu de sa situation professionnelle, que M. D a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la préfète aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et renoncé à faire application de son pouvoir discrétionnaire.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie (). Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ".

6. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. D, la préfète du Loiret s'est fondée sur le fait que l'intéressé, marié le 7 décembre 2017 à Mme A, ressortissante roumaine, ne justifiait plus d'une vie commune avec son épouse. Toutefois, les dispositions combinées des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issus de la transposition par la loi de l'article 7 de la directive susvisée du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, éclairées notamment par les arrêts C-127/08 du 25 juillet 2008 et C-40/11 du 8 novembre 2012 de la Cour de justice de l'Union européenne, ne subordonnent la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour à un ressortissant d'un Etat tiers en sa qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne à aucune condition de communauté de vie entre les époux. Le requérant est par suite fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En l'espèce, dans son mémoire en défense, le préfet du Loiret sollicite une substitution de motifs et fait valoir deux autres motifs, tirés du caractère frauduleux du mariage du requérant et de ce que son épouse ne remplit plus les conditions du 1° et du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Le titre de séjour sollicité par M. C est subordonné à la situation de son épouse, ressortissante roumaine, laquelle doit remplir les conditions du 1° ou du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant à l'exercice d'une activité professionnelle ou à la capacité de subvenir aux besoins de sa famille. Or, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'épouse du requérant exerçait une activité professionnelle en France ou disposait de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, à la date de la décision attaquée. Ne remplissant aucune des conditions prévues aux 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. D ne pouvait dès lors prétendre, comme le fait valoir la préfète, à un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 233-2 du même code.

10. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Loiret pouvait, pour le seul motif tiré de ce que l'épouse du requérant ne remplit pas les conditions du 1° ou du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé. Il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision de refus si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Il y a dès lors lieu de procéder à la substitution demandée, qui ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre motif invoqué par la préfète, tiré de la fraude.

11. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète du Loiret n'a pas ajouté une condition à l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne disposait pas d'une ancienneté particulière en France mais a seulement entendu apprécier sa situation personnelle et familiale.

12. En sixième lieu, présent en France depuis presque cinq ans, le requérant, ainsi qu'il a été dit au point 9, ne peut plus prétendre, à la date de l'arrêté attaqué, à un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par ailleurs, il ne démontre pas, par les pièces et photographies qu'il produit, l'existence d'une réelle vie commune avec son épouse. Si le requérant dispose d'une attache familiale en France en la personne de son frère, il ressort des pièces du dossier que celui-ci y séjourne en qualité d'étudiant et il n'est pas contesté que les parents, les autres frères et la sœur de M. D résident au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, et alors même qu'il exerce une activité d'auto-entrepreneur depuis trois ans, la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

13. En septième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant n'est pas fondé et doit être écarté.

14. En huitième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision refusant au requérant le renouvellement de son titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ne peut qu'être écarté.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

16. Le requérant, ainsi qu'il a été dit au point 9, ne peut plus prétendre, à la date de l'arrêté attaqué, à un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète - qui a notamment fait mention dans son arrêté de ce que l'intéressé n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans la mesure où ses parents résidaient au Maroc où il avait vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et ne justifiait pas d'une vie commune avec son épouse - n'aurait pas, avant de prendre l'obligation de quitter le territoire français attaquée, tenu compte de l'ensemble de la situation du requérant. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français attaquée serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à la situation personnelle du requérant, telle que rappelée au point 12, la préfète n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions.

17. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant ne sont pas fondés et doivent être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 15 octobre 2021. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. E, première conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Hélène F

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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