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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103955

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103955

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 novembre 2021, le 21 octobre 2022 et le 28 août 2023, M. A C, représenté par Me Nuret, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2021 par lequel le maire de Lorcy a réglementé la circulation sur le chemin rural D à Chévenelle ;

2°) d'enjoindre au maire d'ordonner à M. B la remise en état de l'accotement du chemin rural concerné par l'arrêté ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lorcy la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal en tant qu'il a été pris sur le fondement de l'article L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales alors qu'il devait être pris sur le fondement du code rural et de la pêche maritime ;

- il est illégal du fait de l'insuffisance des mesures édictées par le maire au regard des dégradations commises par les riverains et notamment les exploitants agricoles alentours ;

- il est illégal en raison de l'illégalité des délibérations du conseil municipal en date du 12 février 2021, du 26 mars 2021 et du 2 juillet 2021 ;

- le maire a commis un détournement de pouvoir, l'arrêté du 10 septembre 2021 favorisant deux élus de la commune.

Par des mémoires enregistrés le 21 octobre 2022 et le 18 janvier 2024, le maire de Lorcy, représenté par la SELARL Casadei-Jung, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 000 euros.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dicko-Dogan,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Silvestre, représentant M. C, et de Me Rainaud, représentant la commune de Lorcy.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 septembre 2021, le maire de Lorcy a interdit la circulation des véhicules de type motorisés sur le chemin rural dit D à Chévenelle, à l'exception des véhicules utilisés par les propriétaires ou exploitants des parcelles riveraines, ainsi que des véhicules de secours, la vitesse de circulation étant limitée à 20 km par heure. Par la présente requête, M. C, usager du chemin rural, demande l'annulation de cet arrêté municipal.

2. Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". Aux termes de l'article D. 161-10 du même code : " Dans le cadre des pouvoirs de police prévus à l'article L. 161-5, le maire peut, d'une manière temporaire ou permanente, interdire l'usage de tout ou partie du réseau des chemins ruraux aux catégories de véhicules et de matériels dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces chemins, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art ". Aux termes de l'article D. 161-14 du code précité : " Il est expressément fait défense de nuire aux chaussées des chemins ruraux et à leurs dépendances ou de compromettre la sécurité ou la commodité de la circulation sur ces voies, notamment : / 1° D'y faire circuler des catégories de véhicules et de matériels dont l'usage a été interdit par arrêté du maire, dans les conditions prévues à l'article D. 161-10 () ". Il appartient ainsi au maire de faire usage de ses pouvoirs de police en réglementant et, au besoin, en interdisant de façon temporaire ou permanente la circulation des engins et matériels sur les chemins ruraux et les voies communales dès lors que de telles mesures de restriction sont rendues nécessaires afin de garantir la conservation de la chaussée et de prévenir les risques de dégradation de celle-ci.

3. En premier lieu, si M. C soutient que le maire de Lorcy ne pouvait pas se fonder sur les dispositions de l'article L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales, il ressort des pièces du dossier que le maire, alors même qu'il a également visé les articles L. 2213-2 à L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales, a fait application des dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime pour édicter la mesure de police litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossiers et il n'est pas contesté que le chemin rural D au hameau de Chévenelle est dégradé. Il ressort notamment des photographies produites par le requérant lui-même que la chaussée présente un relief accidenté en divers endroits, le revêtement goudronné et les côtés étant crevassés et constituant ainsi un risque pour la sécurité publique. Le maire était dès lors fondé à prendre une mesure de police sur le fondement des dispositions citées au point 2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interdiction de circulation des véhicules motorisés, à l'exception des véhicules des propriétaires ou exploitants des parcelles riveraines, et la limitation de la vitesse de tous véhicules à 20 kilomètres par heure, constitueraient des mesures insuffisantes pour prévenir la dégradation du chemin rural. Il en résulte que le maire de Lorcy a adopté une mesure de police adaptée, nécessaire et proportionnée à la sauvegarde de la sécurité publique.

5. En troisième lieu, M. C ne peut utilement invoquer l'illégalité des délibérations des 12 février 2021, 26 mars 2021 et 2 juillet 2021 à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2021, l'arrêté litigieux n'étant pas pris pour l'application de ces délibérations, dans lesquelles il ne trouve pas sa base légale.

6. En dernier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la mesure contestée est justifiée par la nécessité de prévenir la dégradation du chemin rural, et alors même que deux adjoints au maire sont au nombre des propriétaires ou exploitants riverains de ce chemin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2021 doivent être rejetées de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lorcy, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Lorcy présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le recours de M. C est rejeté.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lorcy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Lorcy.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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