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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103997

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103997

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par Mme A d’un recours en excès de pouvoir contre l’arrêté du 30 septembre 2020 par lequel le maire de Bû n’a pas fait opposition à la déclaration préalable de M. B pour l’extension et le changement de destination d’un garage. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles Uh 4-2, Uh 4-4, Uh 5-1 et Uh 7 du règlement du PLU, ainsi que l’incomplétude du plan masse au regard de l’article R. 431-9 du code de l’urbanisme. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, estimant que la connaissance acquise de l’acte n’était pas établie. La solution retenue par le tribunal n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais les textes appliqués incluent le code de l’urbanisme et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 novembre 2021 et le 20 mars 2023, Mme A, représentée par Me Cruchaudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2020 par lequel le maire de Bû n'a pas fait opposition à la déclaration préalable déposée par M. B portant sur l'extension et le changement de destination d'un garage existant ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bû une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article Uh 4-2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Bû ;

- il méconnait les dispositions de l'article Uh 4-4 du règlement du PLU ;

- il méconnait les dispositions de l'article Uh 5-1 du règlement du PLU ;

- il méconnait les dispositions de l'article Uh 7 du règlement du PLU ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme en tant que le plan masse n'indique pas la localisation des aires de stationnement. .

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, la commune de Bû, représentée par Me Fallourd, conclut au rejet de la requête à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive en ce que Mme A a acquis connaissance de la décision de non-opposition à déclaration préalable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. C B qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une lettre du 1er octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de l'urbanisme de ce que le tribunal était susceptible d'écarter d'office comme irrecevable, sur le fondement de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire en tant que le plan masse qui est joint ne comporte pas la localisation des aires de stationnement, ce moyen ayant été soulevé pour la première fois à l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication du premier mémoire en défense de la commune de Bû.

Mme A a présenté des observations en réponse à cette lettre, enregistrées le 7 octobre 2024 et qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier, rapporteur,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique

- et les observations de Me Jonville, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 juillet 2020, M. C B a déposé une déclaration préalable portant sur le changement de destination d'un garage et son extension pour une surface totale de 39,18 mètres carrés, sur une parcelle cadastrée section A 511 sur le territoire de la commune de Bû (Eure-et-Loir). Par arrêté du 30 septembre 2020, le maire de Bû n'a pas fait opposition à cette déclaration préalable. Par courrier du 6 juillet 2021, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été implicitement rejeté. Mme A demande l'annulation de cet arrêté et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. " L'article R. 424-15 du même code prévoit que : " Mention du permis () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. () Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage. " Aux termes de l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). ()" " Par ailleurs, le premier alinéa de l'article R. 600-3 du même code dispose que : " Aucune action en vue de l'annulation d'un permis de construire ou d'aménager ou d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable n'est recevable à l'expiration d'un délai de six mois à compter de l'achèvement de la construction ou de l'aménagement. "

3. D'une part, seul l'exercice d'un recours administratif ou contentieux a pour effet de faire courir le délai de recours contentieux à l'encontre d'un tiers dans le cas où l'autorisation d'urbanisme délivrée n'a pas fait l'objet d'un affichage conformément aux articles A. 424-15 et A. 424-17 du code de l'urbanisme. Par suite, contrairement à ce que fait valoir la commune de Bû en défense, le courrier du 6 juin 2021 par lequel le mandataire de la requérante a attesté de la bonne réception des pièces du dossier de demande de déclaration préalable qui aurait été envoyées par la commune le 21 mars 2021 ne saurait manifester la connaissance acquise de l'acte à compter de cette date. En tout état de cause, un tel courrier ne saurait manifester la connaissance de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable à compter du 21 mars 2021, mais uniquement à compter du 6 mai 2021, date de son envoi.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 6 juillet 2021, réceptionné le 8 juillet 2021, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision de non-opposition, lequel a été notifié conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. En l'absence de réponse par la commune à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 8 septembre 2021 date à laquelle le délai de recours a recommencé à courir. Le délai de recours expirait donc le 9 novembre 2021. La requête introduite le 8 novembre 2021 est, par suite, recevable.

5. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bû doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article Uh 4-2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Bû : " Les constructions doivent être implantées en limite séparative ou en retrait d'une distance au moins égale à 2,5 m () ".

7. D'autre part, lorsqu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé, un permis de construire ne peut être légalement délivré pour la modification de cette construction, sous réserve de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, que si les travaux envisagés rendent l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues ou s'ils sont étrangers à ces dispositions.

8. En l'espèce, les dispositions du règlement du PLU de la commune de Bû citées au point 6 ne prévoient pas de règles spécifiques aux constructions existantes. Il est constant que le garage existant, dont les façades Ouest et Nord font respectivement 7,7 mètres et 3 mètres de largeur, est implanté à moins de 2,5 mètres des limites séparatives Ouest (parcelle A 512) et Nord (parcelle A 510) en méconnaissance des dispositions précitées du PLU. Il ressort des pièces du dossier que l'extension autorisée prolonge la façade Nord de ce bâtiment, d'une part, de 3,5 mètres établis dans l'axe de l'existant et, d'autre part, de 4,5 mètres supplémentaires établis en retrait, à plus de 2,5 mètres de la limite séparative. Il en résulte que la construction est désormais implantée, sur 6,5 mètres, à moins de 2,5 mètres de la limite séparative Nord. De tel travaux, s'ils peuvent être regardés comme étrangers aux distances imposées par rapport à la limites séparative Ouest, ne sont toutefois pas étrangers à la règle d'implantation par rapport à la limite séparative située au Nord de la construction. Par ailleurs, ils n'ont pas pour effet de rendre la construction plus conforme à ces dispositions mais ont au contraire pour effet d'en aggraver la méconnaissance s'agissant de la limite Nord. La requérante est par suite fondée à soutenir que le projet méconnait les dispositions de l'article Uh 4-2.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article Uh 4-4 du règlement du PLU de la commune de Bû : " L'emprise au sol ne doit pas excéder 30% de la superficie des terrains ".

10. D'une part, il ne ressort ni du dossier de déclaration préalable ni des termes de l'arrêté attaqué que le projet autorisé emporterait division parcellaire. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les surfaces d'emprise au sol cumulées des constructions projetées et existantes n'excèdent pas 30% de la surface du terrain d'assiette du projet, laquelle s'élève à 1 830 m². Le moyen doit par suite être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article Uh 5-1 du règlement du PLU : " L'emploi à nu de matériaux destinés à être recouverts est interdit () ".

12. Il ressort du dossier de déclaration préalable que le projet doit comporter une façade destinée à être enduite de ton pierre et comportant des poutres en bois naturel foncé de sorte qu'aucun matériau à nu ne sera employé. La circonstance alléguée que les travaux exécutés ne seraient pas conformes au dossier de déclaration préalable relève de l'exécution de cette autorisation et est par suite sans incidence sur sa légalité. Le moyen doit donc être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article Uh 7 du règlement du PLU : " Il sera réalisé sur la parcelle au moins 2 places non closes par logement construit, reconstruit, issu d'une transformation, issu d'une division d'un logement ou d'un changement de destination () ".

14. Il ressort des pièces du dossier de déclaration préalable que le projet prévoit deux places de stationnement. La circonstance alléguée que les travaux exécutés ne seraient pas conformes au dossier de déclaration préalable relève de l'exécution de cette autorisation et est par suite sans incidence sur sa légalité. Le moyen doit également être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".

16. Il ressort des pièces de la procédure que le mémoire en défense présenté par la commune de Bû a été enregistré au greffe le 7 juillet 2022 et communiqué à la requérante le 28 juillet 2022 au moyen de l'application Télérecours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, en tant que le plan masse n'indique pas la localisation des aires de stationnement, soulevé pour la première fois par le mémoire en réplique produit par la requérante et enregistré le 20 mars 2023, est irrecevable et doit, pour ce motif, être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est fondée qu'à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article Uh 4-2 du règlement du PLU.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

18. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

19. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

20. Le vice tiré de la méconnaissance de l'article Uh 4-2 du PLU n'affecte qu'une partie du projet et est susceptible d'être régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif sans apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il convient par conséquent d'annuler l'arrêté en tant qu'il méconnait les dispositions de l'article Uh 4-2, en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Bû au titre des frais non compris dans les dépens.

22. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bû le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2020 est annulé en tant qu'il méconnait les dispositions de l'article Uh 4-2 du plan local d'urbanisme de la commune de Bû.

Article 2 : La commune de Bû versera la somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à la commune de Bû et à M. C B.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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