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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104038

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104038

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP CALENGE GUETTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Micou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2021 par laquelle la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD " Les Epis d'Or " de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD " Les Epis d'Or " la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le délai de huit jours, prévu par l'article 19 alinéa 6 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 pour la consultation de son dossier avant la commission de réforme, n'a pas été respecté ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne présentait aucune pathologie avant son embauche à l'EHPAD de Beauce-la-Romaine, et que c'est à tort que les médecins de la commission de réforme ont considéré que sa pathologie ne relevait pas de celles décrites au tableau des affections chroniques du rachis lombaire, potentiellement imputable au service en l'absence de hernie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Epis d'Or " conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevé par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Micou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, agent titulaire de la fonction publique territoriale, a été recruté le 1er octobre 2019 en qualité d'agent technique, ouvrier principal, par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine. Le 1er décembre 2020, il a sollicité auprès de l'EHPAD la reconnaissance comme maladie professionnelle d'une tendinite inflammatoire fissulaire des épicondyles latéraux du coude droit. L'EHPAD ayant sollicité une expertise médicale auprès d'un médecin rhumatologue, la directrice de cet établissement a pris, le 25 mars 2021, une décision de reconnaissance de cette pathologie comme maladie professionnelle. M. A ayant présenté par ailleurs des douleurs dorsales révélant des discopathies lombaires L4-L5 et L5-S1, a également sollicité auprès de son employeur la reconnaissance de cette pathologie comme maladie professionnelle, par courrier du 27 février 2021. Par une décision du 11 octobre 2021, prise sur la base des avis rendus par un médecin agréé, par le médecin du travail et par la commission départementale de réforme, la directrice de l'EHPAD " Les Epis d'Or " a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des discopathies lombaires dont souffre M. A. Par sa requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

3. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller. ".

4. Le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, dès lors que celles-ci ont été remplacées par l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 cité ci-dessus. Si M. A se déclare fonctionnaire territorial, la décision du 25 septembre 2019 qu'il produit à l'appui de sa requête mentionne qu'il a été intégré au sein de l'EHPAD " Les Epis d'Or " qui l'emploie, le 1er octobre 2019. Sa situation est donc régie par l'article 41 précité de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que la directrice de l'EHPAD " Les Epis d'Or " a saisi la commission de réforme départementale, pour avis, sur la reconnaissance de la pathologie de M. A comme maladie professionnelle, par courrier du 5 mai 2021. Par courrier électronique du 2 septembre 2021, M. A a sollicité l'accès à son dossier auprès de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de Loir-et-Cher. Par courriel du même jour, la responsable du pôle protection des plus vulnérables de cette direction, lui a indiqué qu'il ne pourrait avoir accès à son dossier que le 14 septembre 2021 à 14 heures, la personne en charge du secrétariat de la commission étant en congés jusqu'à cette date. Le requérant a transmis une nouvelle demande à la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de Loir-et-Cher, par courrier du 8 septembre 2021, adressé par son conseil, auquel la responsable du pôle protection des plus vulnérables de cette direction a apporté la même réponse. La commission de réforme en vue de l'examen de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie s'étant réunie le 15 septembre 2010, soit le lendemain du jour où M. A a été mis à même de consulter son dossier, ce dernier est fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie, au regard des dispositions de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 11 octobre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. En raison du motif d'annulation retenu et aucun autre moyen n'étant susceptible, en l'état du dossier, d'être accueilli, il y a lieu d'enjoindre à la directrice de l'EHPAD " Les Epis d'Or " de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EHPAD " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine du 11 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Epis d'Or " de Beauce-la-Romaine.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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