jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104069 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASADEI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2104069 le 12 novembre 2021, le 11 mars 2022, le 18 mars 2022 et un mémoire enregistré le 20 mai 2022, non communiqué, l'association Comité animation communale demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la délibération du 8 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Ligny-le-Ribault a autorisé la maire à procéder à la résiliation de la convention de mise à disposition d'un local communal et la décision du 16 septembre 2021 par laquelle la maire de la commune de Ligny-le-Ribault a résilié ladite convention ;
2°) d'enjoindre à la commune de reconduire la mise à disposition du local communal et à titre subsidiaire de réexaminer son dossier sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ligny-le-Ribault la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du 8 septembre 2021 et la décision du 16 septembre 2021 sont entachées d'insuffisance de motivation ;
- la procédure d'adoption de la délibération du 8 septembre 2021 est irrégulière au regard notamment des dispositions de l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales ce qui entache d'illégalité la décision du 16 septembre 2021 ;
- les décisions sont entachées d'un détournement de pouvoir ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le motif d'intérêt général n'est pas établi.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 février 2022 et le 14 avril 2022, la commune de Ligny-le-Ribault, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association requérante la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par l'association comité animation communale ne sont pas fondés ;
- il peut être procédé à une substitution de motif en ce que la commune aurait pu prendre une décision de non-reconduction de la convention.
Par un courrier du 21 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office et tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation, lesquelles doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles, le terme du contrat ayant été atteint du fait de l'absence de reconduction.
Un mémoire présenté par l'association comité animation communale a été enregistré le 31 décembre 2023 en réponse au moyen d'ordre public sur lequel le jugement était susceptible d'être fondé et a été communiqué.
II. Par une requête un mémoire, enregistrés sous le n° 2202062 le 16 juin 2022 et le 19 septembre 2023, l'association Comité animation communale demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet de sa demande indemnitaire ;
2°) condamner la commune de Ligny-le-Ribault à lui verser la somme de 21 099,50 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts de droit à compter du dépôt de sa demande préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ligny-le-Ribault la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la résiliation de la convention pour un motif d'intérêt général ouvre droit à indemnisation ;
- à titre subsidiaire, la rupture est arbitraire et abusive ;
- elle a subi des préjudices du fait de cette résiliation illégale à hauteur d'une somme globale de 21 099,50 euros au titre de préjudices financiers et d'un préjudice tenant à l'atteinte à sa réputation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2023, non communiqué, Ligny-le-Ribault, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association requérante la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'association n'a aucun droit à indemnisation puisque les décisions attaquées produisent les mêmes effets qu'une décision de non-renouvellement de la convention ;
- elle n'établit pas la réalité des préjudices subis et le lien de causalité avec la décision de mettre fin à la convention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant l'association requérante, et de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Ligny-le-Ribault.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention d'occupation du domaine public conclue le 24 mars 2015, la commune de Ligny-le-Ribault (Loiret) a mis à disposition de l'association Comité d'animation communale (CAC) des locaux communaux afin d'y stocker le matériel et les denrées alimentaires nécessaires à ses activités. Par une délibération du 8 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de Ligny-le-Ribault a autorisé son maire à mettre fin à cette convention et, par une décision du 16 septembre 2021, le maire a mis un terme à cette convention. Le CAC a formé une demande indemnitaire auprès de la commune le 17 février 2022 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.
2. Par la requête n° 2104069, l'association Comité d'animation communale demande l'annulation des décisions des 8 et 16 septembre 2021. Par sa requête n° 2202062, elle demande la condamnation de la commune à l'indemniser du préjudice subi. Ces requêtes présentant à juger des questions connexes, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles :
3. En premier lieu, le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles.
4. Eu égard au cadre juridique applicable au litige tel qu'exposé précédemment, les conclusions de la requête de l'association CAC tendant à l'annulation de la délibération et la décision par lesquelles le conseil municipal et la maire ont décidé de mettre fin à la convention d'occupation du domaine public qui lui avait été consentie doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles.
5. En second lieu, aux termes de l'article 1 de la convention signée par le CAC et la commune de Ligny-le-Ribault le 24 mars 2025 : " La présente mise à disposition des lieux est consentie gracieusement, à titre précaire et révocable pour une durée d'un an à compter de sa notification, renouvelable tous les ans par tacite reconduction. " Aux termes de l'article 2 de ladite convention : " La commune de Ligny-le-Ribault pourra mettre, par écrit, un terme à cette convention pour tout motif jugé par elle d'intérêt général approuvé par délibération du conseil municipal en séance plénière. Le délai de prévenance est de six mois () ".
6. La commune de Ligny-le-Ribault a entendu, par ses deux décisions des 8 et 16 septembre 2021, " mettre un terme " à la convention conclue le 24 mars 2015 pour une durée d'un an renouvelable par tacite reconduction, et a donc nécessairement entendu ne pas permettre un renouvellement tacite de cette convention, en application des stipulations précitées de la convention. Par suite, compte tenu de la résiliation prononcée, ce contrat n'a pas été reconduit et est ainsi arrivé à son terme en cours d'instance de sorte qu'il ne peut être procédé, à la date du présent jugement, à aucune reprise des relations contractuelles.
7. Par voie de conséquence, les conclusions de l'association requérante présentées dans l'instance n° 2104069 tendant à l'annulation de la mesure de résiliation, qui doivent être comprises comme des conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / () ". Aux termes de l'article L. 2122-3 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. "
9. Il ressort des termes de la convention de mise à disposition d'un local communal conclue entre la commune et l'association requérante qu'elle a été consentie gracieusement, à titre précaire et révocable pour une durée d'un an à compter de sa notification, renouvelable tous les ans par tacite reconduction.
10. Il résulte de l'instruction que la commune de Ligny-le-Ribault a prononcé la résiliation de la convention qui la liait au CAC par décision du 16 septembre 2021 au motif qu'elle avait besoin de place pour stocker le matériel communal du fait des besoins grandissants de la commune. Ce motif était un motif d'intérêt général et pouvait régulièrement fonder la décision de résiliation prise par la commune. Celle-ci n'est pas davantage entachée de détournement de pouvoir. Par suite, elle n'est pas de nature à engager la responsabilité de la commune sur le fondement de la faute.
11. Toutefois, si l'autorité domaniale peut mettre fin avant son terme à un contrat comportant une autorisation d'occupation du domaine public pour un motif d'intérêt général et en l'absence de toute faute de son cocontractant, ce dernier est en droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de cette résiliation unilatérale dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle. L'occupant est en droit d'obtenir réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation de la convention d'occupation domaniale avant son terme, tel que la perte des bénéfices découlant d'une occupation du domaine conforme aux prescriptions de la convention et des dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine, qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation.
En ce qui concerne les frais d'entreposage de matériel :
12. L'association soutient qu'elle a dû louer temporairement des boxes afin d'entreposer son matériel et produit des factures de location de septembre à décembre 2021 et de janvier à février 2022. Toutefois, ce préjudice ne présente pas de lien de causalité directe avec la résiliation dès lors que, durant cette période, l'association n'était pas tenue de libérer les locaux mis à sa disposition par la convention, la résiliation n'intervenant qu'à l'expiration d'un délai de 6 mois à compter du 16 septembre 2021.
En ce qui concerne le préjudice financier :
13. L'association requérante réclame l'indemnisation de l'absence de restitution par la commune de matériels de sonorisation et de frais de location de matériels de type barnum, banc et table. Toutefois, elle n'établit pas le lien de causalité entre la mesure de résiliation pour motif d'intérêt général prononcée et le préjudice allégué.
En ce qui concerne les frais de déménagement :
14. L'association fait valoir un préjudice lié à son déménagement et produit une facture du 25 janvier 2022. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit plus haut que la convention présentait un caractère précaire et révocable. Par suite, les frais liés au déménagement, qui auraient en toute hypothèse été exposés par le CAC au terme de l'occupation des locaux, ne présentent pas de lien direct avec la résiliation de la convention et ne constituent pas, en tout état de cause, des dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine public et qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation. Ce chef de préjudice ne peut donc être accueilli.
En ce qui concerne le manque à gagner :
15. L'association requérante soutient qu'elle a subi un préjudice du fait d'un manque à gagner, déterminé en fonction des manifestations des années précédents, en ce qu'elle n'a pas pu mettre en place les rendez-vous et les préparatifs pour 2022. Toutefois, la réalité du manque à gagner dont elle se prévaut n'est pas établie par les budgets prévisionnels de manifestations prévues en octobre, novembre, décembre 2021 et juillet 2022. Au demeurant, ces manifestations, à l'exception de celle de juillet 2022, étaient toutes prévues pendant la période durant laquelle l'association n'était pas encore tenue de libérer les locaux, de sorte que ce chef de préjudice ne présenterait pas de lien de causalité direct avec la mesure de résiliation.
En ce qui concerne le préjudice moral :
16. L'association requérante soutient qu'elle a subi un préjudice moral en raison de l'atteinte portée à sa réputation dans le contexte dans lequel sont intervenues les décisions attaquées. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions dans lesquelles la mesure a été prononcée auraient été de nature à porter atteinte à sa réputation.
17. Ainsi, le CAC ne justifie d'aucun préjudice indemnisable du fait de la décision de résiliation du 16 septembre 2021. Dans ces conditions, sa demande d'indemnisation doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Ligny-le-Ribault, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le CAC demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CAC, partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés par la commune de Ligny-le-Ribault et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de l'association Comité d'animation communale tendant à la reprise des relations contractuelles présentées dans l'instance n° 2104069.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2104069 et n° 2202062 est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Ligny-le-Ribault sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Comité animation communale et à la commune de Ligny-le-Ribault.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Nos 2104069,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026