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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104167

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104167

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 novembre 2021, le 1er février 2022 et le 28 mars 2022, M. C B, représenté par Me Passy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021, par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 10 mars 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais (République du Congo) né le 12 juin 1980, est entré en France le 1er mai 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 novembre 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 novembre 2019. La préfète du Loiret, par un arrêté du 13 janvier 2020, lui a ensuite fait obligation de quitter le territoire français. Le 12 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 novembre 2021, dont il demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. En particulier, il vise les dispositions des articles L. 412-1, L. 423-1, L. 423-2, L. 611-1 (3°) et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne notamment que M. B est entré irrégulièrement le 1er mai 2018 sur le territoire français et que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 29 novembre 2018 puis par la CNDA le 28 novembre 2019. Cet arrêté fait également état des principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé et notamment de son mariage en date du 22 mai 2021, du caractère récent de la vie commune du couple et de l'existence d'attaches du requérant dans son pays d'origine révélées par la présence de ses deux enfants dont un mineur, de sa mère, d'une de ses sœurs et de quatre de ses frères. Par suite et en dépit des inexactitudes que comporte cet arrêté, qui fait état à tort du départ du pays d'origine à l'âge de 48 ans au lieu de 37 ans, d'une part, et de la remise de justificatifs de vie commune remontant à février 2021 au lieu de décembre 2020, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant d'édicter les décisions attaquées.

3. En deuxième lieu, la préfète du Loiret, qui n'était pas saisie par M. B d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 423-23 du même code à partir du 1er mai 2021, ainsi qu'il ressort de la fiche de renseignement complétée par l'intéressé le 29 mai 2021, n'était pas tenue d'examiner d'office si le requérant pouvait se voir délivrer un titre de séjour en application de ces dispositions. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté attaqué, que le préfet ait procédé à cet examen. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation commise au regard de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B fait valoir l'ancienneté de son séjour sur le territoire français remontant au 1er mai 2018, son mariage avec une ressortissante française, qu'il assiste au quotidien du fait de son handicap, ainsi que la présence en France de membres de sa famille. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B n'était présent en France que depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est constant qu'il y est entré afin de demander l'asile, demande qui a été rejetée par l'OFPRA le 29 novembre 2018, puis par la CNDA le

28 novembre 2019, et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 13 janvier 2020, qu'au demeurant il n'a pas exécutée. S'il est constant qu'il a épousé une française le 22 mai 2021, le mariage était encore très récent à la date de la décision attaquée et il ressort d'une attestation de l'épouse du requérant que la vie commune du couple n'a elle-même débuté que moins de six mois avant ce mariage du fait de la crise sanitaire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'assistance d'une tierce personne dont aurait besoin l'épouse de M. B du fait de son handicap et dont la consistance n'est au demeurant pas précisée, ne pourrait être fournie que par celui-ci. Le caractère indispensable de la présence du requérant aux côtés des deux enfants majeurs de sa conjointe n'est pas davantage établi. Ensuite, si la présence en France d'un frère, d'une nièce et de deux sœurs du requérant est avérée, M. B n'est pas dépourvu de lien avec le Congo, pays où il est né et a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans et où résident encore ses deux enfants, dont un mineur, sa mère, quatre frères et une sœur, ainsi qu'en atteste la fiche de renseignements complétée le 29 mai 2021. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B bénéficie d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Dans ces circonstances, la préfète du Loiret en rejetant la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé et en l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, M. B, dont, ainsi qu'il a été dit au point 5, la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques de persécutions dont il fait état en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, opérant à l'encontre de la seule décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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