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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104225

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104225

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL PINTAT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 novembre 2021 et le 25 octobre 2022, M. A demande au tribunal d'annuler la délibération du 8 juillet 2021 par laquelle la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Levainville d'une part, et la décision rejetant son recours gracieux, d'autre part.

Il soutient que :

- il n'a pas été en mesure de consulter le registre d'enquête publique lors de sa venue en mairie le 4 novembre 2021, ce qui caractérise une méconnaissance du droit d'accès aux documents administratifs ;

- le schéma de cohérence territoriale (SCoT) mis à disposition du public sur le site internet n'était plus en vigueur à la date de déroulement de l'enquête publique préalable à l'approbation du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- l'information du public durant l'enquête publique n'a pas été convenablement assurée et a vicié la procédure en ce que :

o la suspension de l'enquête durant la crise sanitaire marquée par l'épidémie de COVID-19 a été présentée comme une fin d'enquête ce qui a été susceptible d'induire en erreur le public ;

o l'avis d'ouverture d'enquête publique initial n'a pas été affiché aux abords des panneaux d'entrées de l'agglomération ;

o le public n'a pas été informé de la prolongation de l'enquête jusqu'au 16 janvier 2021, les affiches n'ayant plus été en place entre le 26 décembre 2020 et le 16 janvier 2021 ;

o l'avis de reprise d'enquête publique n'était pas suffisamment visible depuis le domaine public et les modalités d'affichage n'étaient pas conformes aux exigences réglementaires ;

- les avis des personnes publiques associées n'ont pas été joints au registre d'enquête publique en mairie et n'ont pas été mis en ligne durant la procédure d'enquête publique ;

- les observations qu'il a émises lors de l'enquête publique n'ont pas bien été classées ;

- les observations qu'il a formulées quant à la délimitation du périmètre de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°2 n'ont pas été suivies d'effet par le PLU approuvé ;

- le PLU n'aborde pas la question des nuisances sonores, en méconnaissance des objectifs fixés par la délibération prescrivant son élaboration, mais prévoit au contraire l'implantation d'un centre logistique d'une surface de 35 hectares ;

- le PLU ne comporte pas de diagnostic agricole alors que la commune est concernée par une exploitation agricole laquelle située au centre du village ; il en résulte une incompatibilité du PLU avec le SCoT et un vice de procédure ;

- le PLU est incompatible avec le SCoT en ce qu'il ne comporte pas de plan des réseaux des fossés et ne matérialise pas les zones vulnérables au risque d'inondation ;

- l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°3 prévoyant la réalisation d'une zone d'activité économique est incompatible avec le SCoT et incohérente avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) au regard des nuisances sonores et paysagères induites, du risque d'inondation et du caractère inapproprié de desserte.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 juin 2022 et le 10 février 2023, la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France, représentée par Me Pintat, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier, rapporteur

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de M. A, requérant, et de Me Drevet, représentant la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 21 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 8 juillet 2021, la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Levainville (Eure-et-Loir). M. A, propriétaire de biens dans cette commune, a adressé un recours gracieux au président de cette communauté de communes, lequel a été rejeté le 27 septembre 2021. M. A demande l'annulation de cette délibération et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la mise à disposition du registre postérieurement à la délibération attaquée :

2. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été en mesure de consulter le registre d'enquête publique lors de sa venue en mairie le 4 novembre 2021, cette circonstance, postérieure à la délibération attaquée, est sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne la composition du dossier d'enquête publique :

3. Aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure () ". Aux termes de l'article R. 123-8 du code de l'environnement : " Le dossier comprend au moins : () / 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme () ". Enfin, aux termes de l'article L. 123-12 du même code : " Le dossier d'enquête publique est mis en ligne pendant toute la durée de l'enquête. Il reste consultable, pendant cette même durée, sur support papier en un ou plusieurs lieux déterminés dès l'ouverture de l'enquête publique. Un accès gratuit au dossier est également garanti par un ou plusieurs postes informatiques dans un lieu ouvert au public ".

4. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances du dossier soumis à enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de cette enquête publique que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou s'il a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur le sens de la décision de l'autorité administrative.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 7 septembre 2020, le président de la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France a ordonné l'ouverture d'une enquête publique relative à l'élaboration au PLU de la commune de Levainville, laquelle devait initialement se dérouler entre le 5 octobre 2020 et le samedi 7 novembre 2020. En raison de la recrudescence de la pandémie de COVID-19, l'enquête publique a été suspendue le 30 octobre 2020. La reprise de l'enquête publique a été, par arrêté du 4 décembre 2020, prescrite à compter du 6 janvier 2021 jusqu'au 16 janvier 2021.

6. M. A soutient que le dossier d'enquête publique disponible en mairie, d'une part, et le dossier d'enquête publique publié sur le site internet de la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France, d'autre part, étaient incomplets en ce qu'ils ne comportaient pas les avis des personnes publiques associées. Pour établir ses allégations, le requérant se fonde sur les conclusions du commissaire enquêteur et renvoie dans ses écritures à un lien hypertexte permettant d'accéder au dossier d'enquête publique publié en ligne sur le site de la communauté de communes.

7. Toutefois, premièrement, le commissaire enquêteur a relevé dans son rapport que les avis des personnes publiques associées étaient bien joints au dossier d'enquête déposé en mairie. En revanche, le requérant ne justifie pas avoir, comme il le prétend, signalé au commissaire enquêteur l'absence de mise à disposition des avis des personnes publiques associées dans le dossier d'enquête qu'il a consulté en mairie, alors qu'il a consigné sur le registre une observation sur l'absence de publication de ces pièces sur le site internet de la communauté de communes. Par suite, il n'est pas établi que les avis des personnes publiques associées n'étaient pas joints au dossier d'enquête publique disponible en mairie.

8. Deuxièmement, il ressort des pièces du dossier, et notamment des conclusions du commissaire enquêteur et du lien hypertexte produit par M. A, que les avis des personnes publiques associées n'étaient pas disponibles sur le site internet dédié avant la reprise de l'enquête publique, l'hyperlien n°7 " avis des services ", figurant sur la page internet datée du 10 décembre 2020 renvoyant à un document en format PDF comportant des pages vierges. La procédure est donc entachée d'irrégularité au regard des dispositions précitées.

9. Cependant, d'une part, le commissaire enquêteur a relevé dans son rapport que le lien hypertexte ne dysfonctionnait qu'à compter de la reprise de l'enquête publique. Or, le lien dont se prévaut M. A dans son mémoire complémentaire, qui renvoie à la page internet de la communauté de communes sur laquelle les documents constitutifs du PLU ont été publiés, page internet dont la version est datée du 10 décembre 2020, n'établit l'absence de mise en ligne que pour la période postérieure au 10 décembre 2020. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que, contrairement aux constatations du commissaire enquêteur, les avis des personnes publiques associées n'auraient pas été mis en ligne sur ce site internet entre le 5 octobre 2020 et le 10 décembre 2020, soit durant une période de plus de deux mois durant laquelle le public pouvait formuler des observations. En outre, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'est pas établi que les avis des personnes publiques associées ne figuraient pas dans le registre papier accessible en mairie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que tous les avis des personnes publiques associées étaient favorables, à l'exception de celui émis par la commune d'Auneau-Bleury-Saint Symphorien, défavorable en raison de la constitution d'une réserve foncière en vue de la création d'une plateforme logistique de 35 hectares, dont l'accès envisagé doit donner sur le hameau des Essars. Or, cette opération a conduit le public à émettre de nombreuses observations durant l'enquête et a donné lieu à une pétition. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'irrégularité tenant à l'absence de publication des avis des personnes publiques associées sur le site internet de la communauté de communes, entre le 10 décembre 2020 et le 16 janvier 2021, n'a, dans les circonstances de l'espèce, pas nui à l'information complète de la population et n'a pas exercé d'influence sur les résultats de l'enquête, et, par suite, sur le sens de la décision de la communauté de communes.

10. Le moyen doit donc être écarté dans ses deux branches.

En ce qui concerne le déroulement de l'enquête publique :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'environnement : " L'enquête publique a pour objet d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement mentionnées à l'article L. 123-2. Les observations et propositions parvenues pendant le délai de l'enquête sont prises en considération par le maître d'ouvrage et par l'autorité compétente pour prendre la décision ". Aux termes de l'article L. 123-10 du même code : " I.- Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale () ". Aux termes de l'article R. 123-11 du même code : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés () / II. - L'avis mentionné au I est publié sur le site internet de l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête () / III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. / Pour les projets, sont au minimum désignées toutes les mairies des communes sur le territoire desquelles se situe le projet ainsi que celles dont le territoire est susceptible d'être affecté par le projet. Pour les plans et programmes de niveau départemental ou régional, sont au minimum désignées les préfectures et sous-préfectures. / Cet avis est publié quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci. () / IV. - En outre, dans les mêmes conditions de délai et de durée, et sauf impossibilité matérielle justifiée, le responsable du projet procède à l'affichage du même avis sur les lieux prévus pour la réalisation du projet. / Ces affiches doivent être visibles et lisibles de la ou, s'il y a lieu, des voies publiques, et être conformes à des caractéristiques et dimensions fixées par arrêté du ministre chargé de l'environnement ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 24 avril 2012 fixant les caractéristiques et dimensions de l'affichage de l'avis d'enquête publique mentionné à l'article R. 123-11 du code de l'environnement alors en vigueur : " Les affiches mentionnées au III de l'article R. 123-11 mesurent au moins 42 × 59,4 cm (format A2). Elles comportent le titre " avis d'enquête publique " en caractères gras majuscules d'au moins 2 cm de hauteur et les informations visées à l'article R. 123-9 du code de l'environnement en caractères noirs sur fond jaune ".

12. M. A fait valoir que les avis d'enquête publique n'ont pas été affichés durant toute la durée de la procédure d'élaboration du PLU. Il fait également valoir que la reprise de la procédure d'enquête publique, après sa suspension, n'a pas fait l'objet d'une information auprès du public et que, au contraire, la collectivité a laissé entendre sur son site internet que l'enquête était achevée en y apposant la mention " fin de l'enquête ". Il soutient enfin que les affichages effectivement réalisés n'ont pas respecté les exigences fixées par l'arrêté ministériel précité.

13. Toutefois, premièrement, il ressort du rapport du commissaire enquêteur ainsi que du certificat d'affichage du maire de Levainville, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis d'enquête publique initial a fait l'objet des mesures de publicités appropriées notamment dans les journaux d'annonces légales et sur le site internet de la collectivité. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les modalités d'affichage initiales n'auraient pas été respectées.

14. Deuxièmement, il ressort des pièces du dossier que les documents joints au dossier d'enquête publique étaient accessibles, durant la période de suspension de l'enquête entre le 30 octobre 2020 et le 6 janvier 2021, sous réserve de ce qui a été dit au point 9, sur les sites internet de la commune et de la communauté de communes ainsi que physiquement en mairie. Il ressort en particulier du certificat d'affichage établi par le maire, produit à l'instance, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que les arrêtés du 3 novembre 2020 et du 4 décembre 2020 portant respectivement suspension de l'enquête publique durant la crise sanitaire et reprise de l'enquête publique entre le 6 janvier 2021 et le 16 janvier 2021, ainsi que l'avis de reprise d'enquête publique ont fait l'objet d'un affichage en mairie. Or, d'une part, si le requérant soutient que la commune a induit en erreur le public sur son site internet par l'apposition d'une mention " fin de l'enquête ", il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'interruption de l'enquête avait fait l'objet des formalités de procédure adaptées. D'autre part, si l'affichage de l'avis de reprise de l'enquête publique n'a pas été réalisé en caractères noirs sur fond jaune et l'affichage réalisé dans la rue des acacias, était effectivement insuffisamment dimensionné, il ressort du rapport du commissaire enquêteur que les caractères ont été inscrits sur fond blanc et surlignés en jaune pour attirer l'attention du public, que trois autres emplacements ont été choisis pour informer le public par affichage, dont le dimensionnement n'est pas contesté, et que les autres modalités d'information dans la presse et en ligne ont bien été respectées. Enfin, il ressort du rapport du commissaire enquêteur que sept personnes se sont présentées à la permanence du 16 janvier 2021 soit un nombre au moins égal à chacune des deux autres permanences qui se sont tenues le 5 octobre 2020 et le 21 octobre 2020.

15. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les irrégularités constatées n'ont ni nui à la bonne information du public, ni exercé une influence sur les résultats de l'enquête, et, partant sur la décision de la communauté de communes. Le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique sur ces points doit par suite être écarté.

16. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que les observations formulées par le requérant ont été intégrées dans la rubrique " questions diverses " du rapport du commissaire enquêteur en lieu et place d'autres rubriques est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée.

17. En troisième lieu, M. A fait valoir que le schéma de cohérence territoriale (SCoT) couvrant le territoire de la commune de Levainville qui était publié sur le site internet n'était plus en vigueur à compter du 23 janvier 2020 date d'approbation du nouveau SCoT. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. En tout état de cause, le projet de rapport de présentation du PLU, à la disposition du public, indiquait que le SCoT était en cours de révision ce que le public ne pouvait dès lors ignorer. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le retard allégué de publication de ce document aurait nui à l'information du public ou qu'il aurait exercé une influence sur le sens de la délibération attaquée.

En ce qui concerne l'absence de respect des objectifs de réduction des nuisances sonores énoncés dans la délibération prescrivant l'élaboration du PLU :

18. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3 () ".

19. Le requérant soutient que le PLU approuvé ne respecterait pas l'objectif de réduction des nuisances sonores prévu par la délibération prescrivant son élaboration, ainsi qu'en attesterait, selon lui, l'autorisation accordée par le maire pour l'implantation d'un club de paramoteur. Toutefois, l'autorisation individuelle délivrée par le maire pour une telle activité est par elle-même sans influence sur la délibération attaquée. Par ailleurs, si les dispositions précitées imposent aux auteurs d'un PLU de respecter les modalités de concertation qu'ils ont fixées dans la délibération prescrivant son élaboration, elles n'ont ni pour objet, ni pour effet de leur imposer de suivre précisément les orientations d'urbanisme qu'ils se sont préalablement fixées, lesquelles sont susceptibles d'évoluer en cours de concertation. En tout état de cause, il ressort du règlement du PLU approuvé que plusieurs dispositions du règlement du PLU, comme par exemple l'article Ua 2, permettent de refuser la délivrance d'autorisation d'urbanisme pour des projets susceptibles d'engendrer des nuisances incompatibles avec le voisinage. Le moyen doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne l'incompatibilité de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 3 avec le SCoT et l'incohérence de cette OAP avec le PADD :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ". Il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, non leur conformité aux énonciations des schémas de cohérence territoriale, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

21. Aux termes de l'orientation 1.4.3 du SCoT relative à la prise en compte des nuisances : " Les documents d'urbanisme veilleront à intégrer la prise en compte des risques technologiques, et plus généralement de l'ensemble des nuisances dans les projets d'aménagement à venir. / Pour ce faire, il est recommandé de permettre le développement d'activités dans le tissu bâti uniquement si cela ne nuit pas aux habitations voisines. / Par ailleurs, il est préférable de limiter les nuisances liées au transport de marchandises dans les secteurs habités. On privilégiera donc le développement de zones d'activités proches des principaux axes de transports () ". L'orientation 1.3.1 du SCoT entend " Prévenir des risques naturels plus intenses " et " renforcer la prise en compte du risque inondation sur toutes les communes impactées ". Aux termes de l'orientation 2.2.1 du SCoT : " Les documents d'urbanisme doivent autoriser l'implantation d'activités économiques dans le tissu bâti existant, sous réserve : / - d'être compatible avec le voisinage habité en termes de nuisances / - d'être compatible avec le voisinage habité en termes d'aspect extérieur, / - de respecter les formes urbaines des secteurs concernés (par exemple, si des cœurs d'îlots existent, d'éviter que les bâtiments à destination d'activités ne viennent s'y implanter), / - d'assurer l'intégration paysagère au secteur bâti concerné ". L'orientation 2.2.2 de ce schéma prévoit de " Veiller à limiter l'impact environnementale des projets d'extension des zones d'activités ". Aux termes de l'orientation 2.2.1 du même schéma, relative à la politique foncière d'accueil des entreprises : " () L'offre en matière de foncier économique doit être rationalisée pour répondre au mieux aux attentes des entreprises, qu'elles soient issues du territoire ou venant de territoires voisins. Un schéma d'accueil des entreprises a été réalisé à l'échelle de la communauté de communes. Il a permis d'élaborer une stratégie de développement économique et de définir une typologie des zones d'activités avec des potentiels de développement qui sont repris dans le cadre du présent Scot. () Les activités de logistique devront quant à elle se situer à proximité de la Rd 910 (ex nationale 10). On pense notamment au secteur de Levainville et d'Auneau qui peuvent effectivement s'appuyer sur des infrastructures routières de premier ordre () ". Cette même orientation prévoit de " Prendre acte des projets d'implantation et de développement d'entreprises le long de la Rd910 " en permettant " le développement des sites de CLAAS à Ymeray et de Prologis à Levainville uniquement pour répondre [] aux besoins de ces entreprises ", et évalue la consommation de l'espace à pour ce dernier projet à 35 ha.

22. Le requérant soutient que le projet de création d'un centre logistique de 35 hectares, à proximité du hameau " les Essarts " engendrerait des nuisances visuelles et sonores ainsi qu'une urbanisation incompatibles avec le paysage rural, le voisinage et le risque d'inondation existant dans le hameau en méconnaissance des orientations du SCoT précitées. Il fait également valoir que la desserte de ce projet y serait inadaptée.

23. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la création et la localisation du centre logistique ont été expressément prévues par le SCoT à proximité de la RD 910 laquelle est déjà source d'émissions sonores du fait de la circulation routière. D'autre part, les contours du projet en cause ne sont pas encore définis avec précision à ce stade, ce dernier ne faisant l'objet que d'une orientation d'aménagement et de programmation au sein du PLU. Son éventuelle autorisation ultérieure demeurera à ce titre soumise aux règles d'urbanisme applicables notamment pour assurer son insertion paysagère, sa compatibilité avec le voisinage, sa desserte et la prévention des risques d'inondation. Compte tenu de l'état d'avancement de ce projet matérialisé par l'OAP et du degré de précision des orientations du SCoT quant au développement et à la localisation de cette zone d'activité, l'OAP n'est, par suite, pas incompatible avec les orientations du SCoT prises dans leur ensemble.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles () ". Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre les orientations d'aménagement et de programmation et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si l'OAP ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'un projet prévu par une OAP à une orientation ou un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre l'OAP et ce projet.

25. Selon l'axe 2 du PADD intitulé " Favoriser le développement économique et la création d'emplois ", l'objectif 2 a entend " Permettre l'accueil d'entreprises en lien avec la Rn10 " et énonce que " () Le territoire de Levainville est traversé au nord par la Rd 910, anciennement nationale 10. Cet axe de première importance à l'échelle départementale est un atout indéniable que la commune souhaite valoriser en permettant l'accueil et le développement d'entreprises. Cet axe de développement répond également aux objectifs définis dans le Scot des Portes Euréliennes d'Île-de-France qui repère ce secteur comme prioritaire pour le développement d'activités économiques, en particulier logistiques () ".

26. Le requérant soutient que la délimitation du projet d'activité logistique par l'OAP n°3 est incohérente avec les orientations du PADD et notamment son objectif 3a relatif à la " mise en valeur l'identité d'un village de vallée " et qui entend " Limiter les débordements de l'urbanisation sur le plateau agricole et privilégier l'urbanisation sur le coteau qui correspond au développement historique du village ". Toutefois, compte tenu de l'existence d'une orientation précisément dédiée à l'accueil d'activités économiques logistiques (orientation 2 a du PADD), d'une part, et de ce qui a été exposé au point 23 du présent jugement, d'autre part, l'OAP n° 3 contestée ne contrarie pas les orientations du PADD prises dans leur ensemble.

27. En troisième lieu, si le requérant conteste le choix d'implantation du projet en se prévalant des alternatives envisageables dans les communes voisines, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'opportunité de la zone d'implantation d'un projet. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne l'OAP n° 2 - Rue de l'Eglise :

28. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale () ".

29. Le requérant soutient que le plan local d'urbanisme approuvé n'intègre pas ses remarques quant à la délimitation du périmètre de protection institué par l'OAP n°2 s'agissant de la préservation de la vue sur l'église Saint-Gilles en provenance des axes AB et CD. Toutefois, d'une part, les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas tenus de faire droit aux observations formulées par le public durant l'enquête publique. D'autre part, les observations du requérant ont été retranscrites et ont fait l'objet d'une réponse tant de la communauté de communes que du commissaire enquêteur. Le requérant n'établissant pas l'illégalité de la délimitation de ce périmètre au regard des dispositions légales, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le diagnostic agricole :

30. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services () ".

31. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort du rapport de présentation qu'un diagnostic agricole a été établi et que les réponses à un questionnaire ont d'ailleurs été recueillies auprès du dernier exploitant agricole de la commune. D'autre part, en se bornant à soutenir que le diagnostic établi serait insuffisant au regard de la prescription " 2.1.1 - Stimuler la diversification agricole " du SCoT des Portes Euréliennes d'Île-de-France, le requérant n'établit pas que le PLU serait incompatible avec ce document pris son ensemble. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la commune ne comprend qu'un site d'exploitation agricole sur son territoire de sorte que la concision du diagnostic critiquée par le requérant s'avère proportionnée aux enjeux identifiés dans la commune. Les moyens tirés de l'incompatibilité avec le SCoT et du vice de procédure ne peuvent donc qu'être écartés.

En ce qui concerne l'absence de plan des réseaux de fossés :

32. En premier lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire l'obligation de joindre en annexe du PLU, un plan matérialisant les réseaux de fossés existant dans la commune. Dès lors, et alors que les auteurs du SCoT ne pouvaient compétemment instituer une telle obligation pour le PLU, le moyen doit être écarté.

33. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le PLU n'a pas à être conforme mais compatible avec les orientations du SCoT, prises dans leur ensemble et à l'échelle du territoire du SCoT. Dans ces conditions, l'absence alléguée de matérialisation des axes de ruissellement sur les documents graphiques du PLU, en méconnaissance de la prescription 1.3.1 du SCoT relative à la prévention des risques naturels, telle que citée au point 21 du présent jugement, ne suffit pas à caractériser, à elle seule, une incompatibilité avec ce document pris dans son ensemble. Au surplus, il ressort du document graphique du PLU litigieux que les zones inondables et certains fossés ont été répertoriés. Le moyen tiré de l'incompatibilité avec le SCoT ne peut donc qu'être écarté.

34. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions de la communauté de communes formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

35. Dans les circonstances de l'espèce il n'y pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la communauté de communes des Portes Euréliennes d'Île-de-France.

Copie en sera transmise, pour information, au commissaire enquêteur.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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