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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104268

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104268

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOYSAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021 sous le numéro 2104268, Mme A G, épouse D, représentée par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie, ou tout pays dans lequel elle est légalement admissible, comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à verser à son conseil, sous réserve pour lui de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- à défaut de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 octobre 2021, elle est bien fondée à se prévaloir d'un vice de procédure découlant de la méconnaissance des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de son enfant ; elle remplit les conditions édictées par les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnait le 1 et le 2 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021 sous le numéro 2104270, M. I D, représenté par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie, ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à verser à son conseil sous réserve pour lui de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il invoque les mêmes moyens que ceux développés au soutien de la requête présentée par Mme D.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, autorisée par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensée, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, née en 1986 et de nationalité algérienne, est entrée en France le 3 janvier 2018 munie d'un visa de court séjour. M. I D, son époux, né en 1979 et également de nationalité algérienne, est entré en France le 5 septembre 2019 muni d'un visa de court séjour. Ils ont bénéficié d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Le 16 mars 2021, ils ont sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " mais leur demande a été rejetée le 19 juillet suivant. Ils ont également sollicité, le 9 juin 2021, un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 8 octobre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a, le 28 octobre 2021, refusé de leur délivrer les titres de séjour demandés, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays d'origine, l'Algérie ou tout pays dans lequel ils seraient légalement admissibles, comme pays de renvoi. Mme et M. D demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les deux requêtes visées ci-dessus présentant à juger des situations liées et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

4. Les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne prévoient la délivrance d'un certificat de résidence qu'à l'étranger lui-même malade et non à l'accompagnant ou aux parents d'un enfant malade. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, s'il peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser de délivrer à Mme et M. D une autorisation provisoire de séjour, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 octobre 2021, dont il ressort que l'état de santé de la fille des requérants, Chiraz B, alors âgée de cinq ans, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu médical du 22 mars 2021 rédigé par un praticien du service du centre de référence des malformations ano-rectales et pelviennes rares de l'hôpital Necker, que la jeune H est atteinte d'une association de malformations de l'anus et du rectum, des deux pieds et de la moelle épinière. Ce compte rendu précise que ces pathologies ont été opérées et nécessitent un suivi et un traitement spécialisé dont l'enfant ne pourra pas bénéficier dans son pays d'origine ainsi que des soins répétés qui devront être appris par l'enfant. Il ressort, en outre, de l'attestation du 3 juin 2021 rédigée par le chef du service de chirurgie pédiatrique viscérale du centre hospitalier régional universitaire de Tours que la prise en charge du syndrome polymalformatif de la jeune C B nécessite une collaboration multidisciplinaire jusqu'à l'âge adulte de l'enfant et que celle-ci sera difficile à organiser dans son pays d'origine. Ces éléments sont, par ailleurs, confirmés par le rapport médical du professeur F, directeur des activités médicales du centre hospitalier de Tlemcen en Algérie, produit à l'instance par les requérants, qui indique que la pathologie dont est atteinte la jeune C B ne peut être soignée en Algérie. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément versé au dossier par l'administration sur l'offre de soins pouvant exister en Algérie au titre de la prise en charge de la pathologie dont la jeune C B est atteinte, les requérants établissent que leur enfant ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions contestées portant refus de titre de séjour doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions faisant obligation aux requérants de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que la préfète d'Indre-et-Loire délivre à Mme et M. D une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme et M. D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Alquier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Alquier d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 28 octobre 2021 par lesquels la préfète d'Indre-et-Loire a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme D et à M. D, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays d'origine, l'Algérie, comme pays de destination de la mesure d'éloignement, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Indre-et-Loire de délivrer à Mme D et à M. D une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Alquier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Alquier, avocat de Mme et de M. D, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. I D, à la préfète d'Indre-et-Loire et à Me Alquier.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

Virgile E

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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