jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CAILLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021, Mme C D, représentée par Me Cailleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours l'a suspendue de ses fonctions, sans rémunération, à compter du 1er octobre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
2°) d'enjoindre au CHRU de Tours de lui verser la rémunération dont elle a
été privée à compter du 1er octobre 2021, avec intérêts légaux à compter de chacune des
échéances auxquelles elle aurait dû percevoir sa rémunération ;
3°) de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice financier et 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge du CHRU de Tours le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision n'est pas motivée ;
- la décision contestée n'a pas été notifiée avant la date de la suspension de sa
rémunération intervenue le 1er octobre 2021 ;
- la décision ne mentionne pas la faculté qui lui était offerte d'utiliser des jours de congés payés ou des jours de repos conventionnels pour différer la suspension de son contrat de travail ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision lui a causé des préjudices matériel et moral qui doivent être indemnisés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Le CHRU soutient que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés et que les conclusions indemnitaires sont irrecevables et mal fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gobé, substituant Me Tertrais, représentant le CHRU de Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D occupe les fonctions d'aide-soignante titulaire au sein du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours. Elle a été placée en arrêt de travail du 9 septembre 2021 au 31 décembre 2021. Par une décision du 29 septembre 2021, la directrice générale de l'établissement l'a suspendue de ses fonctions, sans rémunération, à compter du 1er octobre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Mme D sollicite, par la requête ci-dessus analysée, l'annulation de cette décision et l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 15 juillet 2017, Mme F, directrice générale du CHRU de Tours, a délégué sa signature à M. B A, directeur des ressources humaines, aux fins de signer les actes de gestion du personnel relevant du titre IV du statut général de la fonction publique hospitalière, y compris les assignations au travail et tous les actes courants de gestion administrative relevant de sa direction fonctionnelle, à l'exception de décisions dont ne relève pas la décision attaquée. Le moyen tenant à l'incompétence du signataire de la décision attaquée est, par suite, écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui indique les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que la décision contestée n'a pas été notifiée avant la date de la suspension de sa rémunération intervenue le 1er octobre 2021, dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 14 de la loi du 5 aout 2021 : " I. - () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. () ". Il résulte de ces dispositions que l'agent se trouvant dans une situation d'interdiction d'exercer à compter du 15 septembre 2021 en raison de l'absence de vaccination contre le virus de la COVID 19, doit seulement être informé sans délai par son employeur des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation, mais n'a pas à être spécifiquement informé de la possibilité d'utiliser des jours de congés annuels, avec l'accord de son employeur, pour éviter une mesure de suspension. Le moyen tenant au vice de procédure doit, dès lors, être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ". Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
7. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé publique peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question. Par suite, en prononçant une suspension à effet immédiat et une interruption du versement du traitement de Mme D, et en donnant un caractère effectif dès le 1er octobre 2021 à ces mesures alors que l'intéressée, placée en arrêt de travail depuis le 9 septembre précédent jusqu'au 31 décembre 2021, pouvait prétendre à un congé de maladie, la directrice générale du CHRU de Tours a commis une erreur de droit.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 29 septembre 2021 en tant que la mesure de suspension qu'elle prononce et l'interruption de la rémunération prennent effet au 1er octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui annule la décision du 29 septembre 2021 de la directrice générale du CHRU de Tours en tant qu'elle suspend Mme D de ses fonctions et qu'elle suspend le versement de ses traitements avant l'expiration de ses arrêts de maladie, implique nécessairement que l'administration prenne une nouvelle décision rétablissant l'intéressée dans ses droits, y compris à rémunération, pour la période comprise entre le 1er octobre 2021 et le 31 décembre 2021, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Les régularisations de salaires versées en exécution de cette injonction seront assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le CHRU de Tours du recours gracieux du 27 novembre 2021.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
11. En l'espèce, la requérante ne justifie pas avoir adressé au CHRU de Tours une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices financier et moral qu'elle prétend avoir subis. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le CHRU de Tours en défense et de rejeter les conclusions indemnitaires de la requête.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHRU de Tours une somme de 1 500 euros. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du CHRU de Tours présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 septembre 2021 est annulée en tant que la mesure de suspension et l'interruption de la rémunération qu'elle prononce prennent effet au 1er octobre 2021.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Tours de prendre une nouvelle décision rétablissant Mme D dans ses droits, y compris à rémunération, pour la période comprise entre le 1er octobre 2021 et le 31 décembre 2021, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. La somme versée au titre du rappel de rémunération sur cette période sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la réclamation gracieuse du 27 novembre 2021.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera une somme de 1 500 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au centre hospitalier régional universitaire de Tours.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Viéville, premier conseiller,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le rapporteur,
Sébastien VIEVILLE
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026