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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104396

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104396

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 décembre 2021 et le 30 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Madrid, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Loiret a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour présentée le 16 novembre 2020, ainsi que la décision du 16 décembre 2021, par laquelle cette même autorité a explicitement rejeté sa demande ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de dire que, dans l'attente, elle se verra délivrer une attestation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet et la décision explicite du 16 décembre 2021 :

- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 423-23 du même code ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 435-1 du même code ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision implicite de rejet :

- bien qu'ayant sollicité de la part du préfet la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, qui doit être motivée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, celui-ci n'a pas donné suite à cette demande dans le délai d'un mois suivant la réclamation ; dans ces conditions, la décision est entachée d'illégalité au regard des dispositions des articles L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision explicite du 16 décembre 2021 :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en l'absence de détournement de l'objet du visa obtenu en vue de son entrée en France en 2014.

Par un mémoire enregistré le 11 février 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Madrid, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 20 janvier 1977, est entrée en France pour la dernière fois le 22 juillet 2019, selon ses déclarations, munie d'un passeport revêtu d'un visa de type C à entrées multiples valable du 1er juin 2019 au 31 mai 2022. Le 16 novembre 2020, elle a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle. Le silence gardé par la préfète du Loiret sur cette demande pendant une durée de quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision du 16 décembre 2021, la préfète du Loiret a explicitement rejeté cette demande. Mme C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande née le 16 mars 2021, ainsi que de la décision explicite du 16 décembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Si, en vertu des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître, au terme d'un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par une décision du 16 décembre 2021, la préfète du Loiret a explicitement rejeté la demande de Mme C tendant à la délivrance d'un titre de séjour présentée le 16 novembre 2020. Dans ces conditions, ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration pendant les quatre mois suivant la réception de cette demande doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 16 décembre 2021, au demeurant également contestée par l'intéressée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est la mère de six enfants résidant en France dont cinq mineurs, nés le 28 septembre 2004 pour les deux premiers, le 3 mars 2008 pour les troisième et quatrième et le 17 septembre 2013 pour le cinquième. Il ressort également des pièces du dossier qu'à la suite du délaissement de ces enfants par leur père et compte tenu alors de l'éloignement de leur mère, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Montargis, par un jugement du 27 septembre 2018, les a placés auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du Loiret puis, par un jugement du 20 septembre 2019, a renouvelé cette mesure de placement jusqu'au 15 juillet 2020 dans l'attente d'une évaluation des capacités parentales de Mme C à la suite de son arrivée récente en France. Aux termes de cette même décision, le juge des enfants a accordé un droit de visite et d'hébergement à la mère un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, ainsi qu'un droit de visite médiatisé deux fois par mois. Il ressort également des pièces du dossier que par un jugement du 29 juin 2020 du juge des enfants de ce même tribunal, Mme C s'est vu accorder, dans le cadre du renouvellement du placement et pour une durée de six mois, un droit de visite et d'hébergement continu tous les 15 jours et durant la moitié des vacances scolaires. Compte tenu de tout ce qui précède, il est établi que le maintien d'une relation suivie et régulière entre les cinq enfants et leur mère est dans l'intérêt supérieur de ces enfants. Par suite, en refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, la préfète du Loiret a méconnu les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à Mme C sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 19 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Madrid renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Madrid de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 décembre 2021 refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Madrid, avocate de Mme C, une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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