mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOULLAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 décembre 2021, le 13 juillet 2022 et le 26 août 2022, M. A B, représenté par Me Boullay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° 4163 du 30 juillet 2021 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par ministre de l'intérieur et des Outre-mer sur le recours qu'il a formé contre ledit tableau et les décisions de nominations subséquentes au tableau d'avancement figurant sur la liste arrêtée par télégramme n° 897 du 16 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de réexaminer son dossier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tableau est entaché d'un vice de procédure car sa valeur professionnelle n'a été examinée ni par la commission administrative paritaire (CAP) interdépartementale, ni par la CAP nationale en matière d'avancement de grade alors que la CAP demeurait compétente au titre du tableau d'avancement de l'année 2021, sa consultation obligatoire n'ayant été supprimée qu'à compter du 29 octobre 2021 et l'arrêté du 23 septembre 2014 instituant les CAP compétentes à l'égard des corps d'encadrement n'ayant été abrogé que le 3 juin 2022 ;
- son dossier n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'appréciation de sa valeur professionnelle car des agents à l'ancienneté moindre et avec une notation inférieure figurent dans le tableau, il n'a pas été promu depuis sa réussite à l'examen professionnel de l'année 2010, il est le seul de la région à pouvoir prétendre à un avancement au titre " des retraitables " et il est le brigadier-chef le plus ancien promouvable de la circonscription depuis 2011 en dépit de ses notations professionnelles qui, les trois dernières années, lui attribuent la note de 6 " Excellent " et alors qu'il est éligible à l'avancement au titre des trois voies d'accès prévues par le décret du 23 décembre 1984 ; il appartient au ministre de l'intérieur d'établir que les agents promus au titre de l'article 18 1) du décret du 23 décembre 1984 sont à la fois aussi bien notés et plus anciens que lui et de produire aux débats les éléments de nature à permettre d'analyser les mérites comparés des brigadiers-chefs promus au titre de chaque voie d'accès visée par le décret du 23 décembre 2004.
Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 11 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ;
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Best-De Gand,
- et les conclusions de M. Joos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, titulaire des cadres de la police nationale depuis le 1er juin 1990, exerce ses fonctions au grade de brigadier-chef depuis le 2 octobre 2004. Il est affecté à la circonscription de sécurité publique (CSP) de Montargis depuis le 1er septembre 2017. Le 21 janvier 2021, M. B a présenté sa candidature à l'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021. Il n'a pas été inscrit sur la liste des agents promus à l'avancement au grade de major au titre de l'année 2021 malgré sa demande. Par un arrêté du 30 juillet 2021, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer a arrêté le tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021 ne faisant pas figurer son nom. Par lettre du 14 septembre 2021 reçue le 16, M. B a contesté sa non-inscription. Une décision implicite de rejet est née du silence conservé l'administration. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2021 relatif au tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021, les décisions de nomination subséquentes ainsi que la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient l'administration en défense, il ressort des pièces du dossier, qu'ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a bien présenté une candidature à l'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021 le 21 janvier 2021, demande elle-même enregistrée le 4 février 2021, et s'être engagé à cette occasion " en cas de promotion, quelle que soit la voie d'avancement sur laquelle il serait retenu, à respecter les conditions d'avancement " dans les termes et conditions visés par l'article 18 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. Par suite, la fin de non-recevoir tirée d'un défaut d'intérêt à agir du requérant en l'absence de justification d'une candidature préalable à l'avancement au regard des dispositions de cet article 18 du décret du 9 mai 1995 ne peut qu'être écartée.
3. En second lieu, M. B qui demande l'annulation des 928 décisions de nomination individuelles issues de l'exécution du tableau d'avancement ne les a pas produites à l'appui de sa requête en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative sans qu'une impossibilité de les produire ne soit dûment justifiée. Par suite, ainsi qu'opposé en défense, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des 928 décisions individuelles de nomination sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 applicable : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. () Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 18 ; Il est tenu compte de la situation respective des femmes et des hommes dans les corps et grades concernés, dans le cadre des lignes directrices de gestion prévues au même article 18. Le tableau annuel d'avancement précise la part respective des femmes et des hommes dans le vivier des agents promouvables et celle parmi les agents inscrits à ce tableau qui sont susceptibles d'être promus en exécution de celui-ci ; 2° Soit par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après une sélection par voie d'examen professionnel. Il peut être prévu que le jury complète son appréciation résultant des épreuves de l'examen par la consultation du dossier individuel de tous les candidats ; 3° Soit par sélection opérée exclusivement par voie de
concours professionnel. Les décrets portant statut particulier fixent les principes et les modalités de la sélection professionnelle, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour y participer. Les promotions doivent avoir lieu dans l'ordre du tableau ou de la liste de classement. Tout fonctionnaire bénéficiant d'un avancement de grade est tenu d'accepter l'emploi qui lui est assigné dans son nouveau grade. Sous réserve de l'application des dispositions de l'article 60, son refus peut entraîner la radiation du tableau d'avancement ou, à défaut, de la liste de classement. ". Aux termes de l'article 17 du décret du 9 mai 1995 visé ci-dessus applicable jusqu'au 29 octobre 2021 : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade qui est soumis à l'avis des commissions administratives paritaires, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté ". Aux termes de l'article 18 du décret du 23 décembre 2004 dans sa version applicable : " Peuvent être inscrits au tableau d'avancement pour l'accès au grade de major de police : 1. Après avoir satisfait aux obligations d'un examen des capacités professionnelles dont le contenu et les modalités sont fixés par arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de la fonction publique : / 1-1. Les brigadiers-chefs de police qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent dix-sept ans au moins de services effectifs depuis leur titularisation dans le corps, dont quatre ans au moins dans leur grade ; / 1-2. Dans la limite du dixième de l'ensemble des promotions de grade de l'année à réaliser au titre du présent article, les brigadiers-chefs de police qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent quatorze ans au moins de services effectifs depuis leur titularisation dans le corps, dont trois ans au moins dans leur grade, et sont affectés depuis au moins deux ans dans l'un des secteurs ou unités d'encadrement prioritaire définis à l'article 12 ; / 2. Dans la limite du douzième de l'ensemble des promotions de grade de l'année à réaliser au titre du présent article, les brigadiers-chefs de police qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent vingt ans de services effectifs depuis leur titularisation dans le corps, dont huit ans dans le grade de brigadier-chef ; / 3. Les brigadiers-chefs de police âgés de cinquante-quatre ans au moins au cours de l'année considérée qui comptent deux ans au moins de services effectifs dans l'échelon terminal du grade de brigadier-chef. ".
5. Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. Le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'une décision portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.
6. M. B soutient qu'ont été inscrits sur le tableau d'avancement en litige, d'une part, des brigadiers-chefs dont la valeur professionnelle était égale à la sienne mais qui avaient une ancienneté de grade de moindre importance, d'autre part, des brigadiers-chefs d'ancienneté
égale à la sienne mais avec une valeur professionnelle inférieure à la sienne. Il rappelle qu'il n'a jamais été promu depuis sa réussite à l'examen professionnel de 2010, qu'il est le seul brigadier-chef de la région à pouvoir prétendre à un avancement au titre des " retraitables ", qu'il est le plus ancien promouvable de la circonscription depuis 2011, alors qu'il bénéficie d'une note de 6 " excellent " et est éligible aux trois voies d'avancement prévues par le décret du 23 décembre 1984. Il soutient que le ministre n'établit pas que les agents promus seraient à la fois mieux notés et plus anciens. Il produit un tableau des agents promouvables en 2021 retraçant les notes écrites de ces agents pour les trois années précédentes dont il ressort qu'alors qu'il avait respectivement obtenu en 2018, 2019 et 2020 les notes de 6, 6 et 6, certains des agents promouvables d'ancienneté dans le grade bien moindre à la sienne avaient effectivement obtenu des notes moins bonnes.
7. Si l'administration, qui détient seule les éléments d'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires, soutient que l'avancement ne constitue pas un droit pour les agents qui remplissent les conditions statutaires pour être promus au grade supérieur et que l'arrêté attaqué du 30 juillet 2021 par lequel a été approuvé le tableau d'avancement au grade de major au titre de l'année 2021 n'est entachée d'aucune illégalité, elle n'apporte à l'instance, malgré la mesure d'instruction faite en ce sens, lui demandant de faire connaître au tribunal les motifs de son arrêté et la production des comptes rendus d'évaluation 2019 et 2020 des agents promus au grade de major au titre de l'année 2021 qui ont une ancienneté de grade égale à celle de M. B et ont obtenu des notes chiffrées inférieures à lui et ceux qui ont une ancienneté de grade inférieure à celle de M. B et ont obtenu des notes égales aux siennes, aucun élément de nature à établir que la valeur professionnelle de M. B était inférieure à celle des fonctionnaires inscrits audit tableau et promus au grade de major ou que l'ancienneté de ces derniers aurait été supérieure à celle du requérant et aurait commandé un départage en leur faveur.
8. Dans ces conditions, ainsi que le soutient M. B l'arrêté attaqué et la décision implicite née du silence conservé par l'administration sur le recours gracieux qu'il a formé doivent être regardées comme entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté n° 4163 du 30 juillet 2021 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021, ainsi que la décision implicite de rejet du recours formé contre ledit tableau doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'exécution du présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur réexamine la candidature de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 4163 du 30 juillet 2021 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2021, ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé contre ledit tableau sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions aux fins d'annulation de la requête est rejeté comme irrecevable.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
Armelle BEST-DE GAND
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026