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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104465

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104465

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2021, Mme A D épouse C, représentée par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Azerbaïdjan ou tout pays dans lequel elle serait légalement admissible comme destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- à défaut de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII, cette décision est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit au regard de son état de santé ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète s'est crue liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- la préfète a commis une erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision portant refus de séjour, elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née en 1980, de nationalité azerbaidjanaise, est entrée sur le territoire français le 7 juillet 2018 munie d'un visa de court séjour. Elle a sollicité son admission au séjour pour raisons médicales le 10 juillet 2020. Par un arrêté du 9 novembre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé comme pays de renvoi son pays d'origine, l'Azerbaïdjan. Par la requête ci-dessus analysée, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision contestée comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels la préfète s'est fondée pour rejeter la demande de titre de séjour formée par la requérante. Elle comporte, notamment, les considérations relatives à son état de santé et mentionne l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le 18 août 2021. Elle comporte également des considérations relatives à la vie privée et familiale de la requérante. Par suite, la décision contestée, qui n'avait pas à exposer l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée, n'est pas insuffisamment motivée ni entachée d'un défaut d'examen particulier.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". En vertu de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, le collège de médecins du service médical de l'OFII désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. () ".

5. D'une part, la requérante soutient que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII est irrégulier dès lors qu'il est insuffisamment motivé et qu'il n'est pas signé. Toutefois, il ressort de l'avis médical du 18 août 2021, communiqué en cours d'instance, et qui porte mention de l'identité ainsi que la signature des trois médecins l'ayant émis, à savoir les docteurs Aranda-Grau, De Rouvray et Leclerc, que ce collège s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale de la requérante, en apportant les précisions sur son état de santé exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité.

6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité d'étranger malade, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 18 août 2021 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante, pour contredire cet avis, soutient qu'elle souffre d'une endométriose et d'un polype endométrial l'empêchant de réaliser un projet de procréation. Elle produit à cet égard des certificats médicaux d'un médecin spécialiste de la procréation rédigés les 2 avril 2021 et 15 décembre 2021 indiquant que l'intéressée est suivie pour une endométriose pelvienne et profonde et est également atteinte d'un polype utérin. Ces avis précisent qu'aucune intervention chirurgicale ne peut lui être proposée afin de réaliser son projet de procréation en raison de l'absence de prise en charge financière par l'aide médicale d'Etat et qu'une telle intervention ne pourrait pas non plus s'effectuer en Azerbaïdjan. Toutefois, les documents produits n'évoquent pas l'existence d'un risque d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressée en cas de défaut de prise en charge de sa pathologie mais seulement l'impossibilité, pour elle, de concevoir un enfant. Ils ne sont, ainsi, pas de nature à infirmer l'avis précité du 18 août 2021. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à l'état de santé de la requérante.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète se serait estimée liée par l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire de demande de délivrance d'un titre de séjour produit par Mme C, que celle-ci a sollicité son admission au séjour en sa qualité d'étranger malade. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire n'était pas tenue d'examiner sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la requérante n'est pas non plus fondée à se prévaloir de ces dispositions.

10. En dernier lieu, si Mme C soutient que la préfète a commis une erreur de fait en estimant qu'elle a présenté sa demande le 14 avril 2021 alors qu'à cette date, les services de la préfecture lui ont adressé un courrier afin qu'elle complète son dossier de demande et qu'ainsi, sa demande était nécessairement antérieure à cette date, cette circonstance est restée sans influence sur l'appréciation qu'a portée la préfète sur la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète se serait estimée en situation de compétence liée pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

Virgile B

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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