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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104497

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104497

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021, Mme B D A, représentée par Me Lambert, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 30 août 2021 refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé et portant obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de 6 mois, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice de procédure : en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII, elle n'a pas la preuve que le collège s'est effectivement prononcé et que, si tel est le cas, le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ; elle n'a pas non plus la preuve que l'avis est motivé ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées, la préfète n'ayant pas expliqué en quoi les conditions prévues par l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient plus remplies ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète d'Eure-et-Loir qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 8 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Lambert, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D A, ressortissante tchadienne née le 16 octobre 1991, est entrée régulièrement sur le territoire français le 20 août 2018, sous couvert d'un visa de court-séjour de six mois. Elle a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) rejetée par décision du 30 avril 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 septembre 2020. Le 22 mars 2021, elle a sollicité auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant d'enfant malade en faisant valoir l'état de santé de son fils né en 2014. Après avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à sa demande et a assorti son refus de titre d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 30 août 2021, dont elle demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L.425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ()".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Au cas d'espèce, pour refuser le titre de séjour demandé, la préfète s'est notamment fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé du fils de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Tchad, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé.

5. La requérante, qui a levé le secret médical pour son fils, fait valoir que celui-ci souffre d'une forme sévère de cardiopathie congénitale pour lequel il a déjà été opéré deux fois en France, en décembre 2018 et en août 2019 et qu'il a en outre été victime d'un accident cardio-vasculaire à la suite de sa première opération qui a provoqué une tétraparésie post-anoxie qui l'a conduit en service de rééducation pédiatrique en janvier 2019. De plus, elle fait valoir par deux attestations non contestées en défense rédigées d'une part par le cardio-pédiatre du centre hospitalier universitaire (CHU) de Tours, d'autre part, par le médecin-chef du service de pédiatrie de l'hôpital de l'amitié Tchad-Chine au Tchad, que si l'état cardiologique de son fils, régulièrement suivi en consultation, est stabilisé, il est très probable que son état s'aggrave de nouveau et nécessite une prise en charge hautement spécialisée, pour adaptation du traitement médical, et potentiellement une nouvelle chirurgie cardiaque, alors qu'il n'existe pas de plateau de chirurgie cardiaque pédiatrique au Tchad. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, la préfète a commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à la requérante, mère de l'enfant, l'autorisation de séjour demandée.

6. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés en défense, il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 30 août 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait, que soit délivrée à Mme A l'autorisation provisoire de séjour de six mois demandée. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de prendre cette mesure dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lambert, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lambert de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 août 2021 de la préfète d'Eure-et-Loir est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à Mme A l'autorisation provisoire de séjour demandée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lambert une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lambert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à la préfète d'Eure-et-Loir et à Me Lambert.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Laurence C

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 21004497

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