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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104513

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104513

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL WALTER & GARANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 15 décembre 2021 et le 17 juin 2022, la SAS Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 16 juillet 2021 portant retrait de la décision de non-opposition pour la création d'un relais de téléphonie sur le territoire de la commune de Fondettes ;

2°) à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où l'existence d'une décision tacite de non opposition ne serait pas admise, d'enjoindre au maire de lui délivrer une décision de non opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fondettes une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 16 juillet 2021 a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est contraire aux dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- en estimant que le projet était de nature à porter atteinte à son milieu environnant, le signataire de la décision s'est livré à une appréciation erronée ;

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France est entaché d'incompétence et ne pouvait pas servir de fondement à la décision contestée en application des dispositions de l'article

R. 423-22 du code de l'urbanisme ;

- le maire ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour motiver son refus dès lors que le projet qui ne dépasse pas les 100 m A et ne présente pas de risque pour la sécurité publique.

Par des mémoires enregistrés le 10 mai 2022 et le 4 juillet 2022, la commune de Fondettes, représentée par Me Dalibard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS Free mobile sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SAS Free mobile ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-2021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leeson représentant la commune de Fondettes.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Free mobile a déposé, le 28 mai 2021, une déclaration de travaux afin d'installer une station relais composée d'un pylône en treillis métallique de 26 mètres de hauteur servant de support à des antennes de téléphonie mobile et d'installations techniques en pied du pylône. Par arrêté du 16 juillet 2021, la commune de Fondettes s'est opposée à l'exécution des travaux. La SAS Free mobile a alors intenté un recours gracieux contre cette décision, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. Elle demande l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 et du rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, le maire de Fondettes a, par un arrêté du 20 novembre 2020 régulièrement affiché et transmis au préfet, donné à Mme B D, 3ème adjointe en charge de l'aménagement urbain et du développement économique, délégation de fonctions pour intervenir dans le domaine des autorisations d'urbanisme et délégation de signature des décisions liées aux autorisations du droit des sols, demandes d'occupation du sol et renseignements d'urbanisme. Il suit de là que la SAS Free mobile n'est pas fondée à soutenir que la décision du 16 juillet 2021 aurait été prise par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées () ". Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / () / c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ". En application de l'article R. 423-18 du même code, lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié, cette modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de sa demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du lieu d'implantation du projet de la SAS Free mobile se trouve dans le périmètre de protection du manoir des Hamardières, monument inscrit à l'inventaire des monuments historiques, de sorte qu'en application de l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction de son dossier expirerait le 28 juillet 2021. La commune de Fondettes a, par courrier notifié le 28 juin 2021, fait part à la SAS Free mobile de ces informations. Dans ces conditions, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision expresse d'opposition du 16 juillet 2021 doit être analysée comme une décision de retrait et que la commune de Fondettes aurait méconnu les dispositions citées au point précédent.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de l'agglomération tourangelle préconise la préservation et le développement des belvédères sur la vallée de la Loire et une attention particulière aux signaux urbains qui se singularisent en termes de hauteur. Les orientations d'aménagement et de programmation de Fondettes prévoient la préservation des vues sur le parc agricole et sur la vallée de la Loire. Enfin, l'article AP 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Fondettes admet les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs ou à des services publics qui ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages.

6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.

7. Il ressort des pièces du dossier que le secteur d'implantation du projet, classé en zone agricole, est situé sur une hauteur et majoritairement composé d'espaces cultivés et de bosquets. A proximité immédiate du terrain d'assiette du projet, se situent un certain nombre de pylônes électriques et des pylônes en treillis métallique de hauteur significative qui supportent des lignes électriques à haute tension. Le projet de construction, qui constitue une installation nécessaire à des équipements collectifs ou des services publics, est conçu autour d'un pylône de même type que les pylônes supportant les lignes à haute tension, ce qui permet de limiter visuellement son impact dans le paysage et sa perception dans l'environnement. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les pylônes existants sont visibles depuis les points situés en contrebas. Enfin, le projet prévoit la plantation de dix arbres autour du pylône. Dans ces conditions, alors même que la hauteur de la construction projetée conduit à ce qu'elle culmine à 99 mètres A, et à supposer qu'elle soit visible depuis les points en contrebas, elle n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. La SAS Free mobile est ainsi fondée à soutenir qu'en s'opposant à l'autorisation qu'elle sollicite, la commune de Fondettes a commis une erreur d'appréciation.

8. En quatrième lieu, en application des dispositions de l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, les projets de construction d'antenne relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne sont soumis à l'avis simple de l'architecte des bâtiments de France lorsqu'ils sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. Aux termes des dispositions de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ".

9. La décision attaquée est également motivée par la circonstance que le dossier de la SAS Free mobile ne comporte pas les pièces exigibles en application du livre IV du code de l'urbanisme et le fait que l'architecte des bâtiments de France s'oppose en l'état du dossier, à la délivrance de l'autorisation de travaux. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Fondettes se soit cru en situation de compétence liée du fait de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, elle ne pouvait néanmoins pas tenir rigueur à la SAS Free mobile de n'avoir pas joint certaines pièces au dossier, celui-ci étant réputé complet, faute pour la commune de lui avoir demandé des pièces manquantes dans le délai qui lui était imparti.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

11. Il ressort de la décision attaquée que le maire de Fondettes a refusé l'autorisation sollicitée au motif que le projet constitue un risque pour la sécurité publique, dès lors qu'il dépasse les 100 mètres A. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à 73 mètres A et que le pylône, d'une hauteur de 26 mètres, culminera à 99 mètres A. La SAS Free mobile est dès lors fondée à soutenir que l'arrêté du 16 juillet 2021 doit également être annulé pour ce motif.

12. Il résulte de ce qui précède que la SAS Free mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le maire s'est opposé à la déclaration de travaux sollicitée pour les motifs mentionnés aux points 7, 9 et 11.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Eu égard aux motifs d'annulation retenus et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions d'urbanisme opposables à la demande de la SAS Free mobile interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle, il y a lieu d'enjoindre au maire de Fondettes de délivrer à la SAS Free mobile une décision de non-opposition à sa déclaration préalable de travaux, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Free mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Fondettes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Fondettes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Free mobile et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Fondettes de délivrer une décision de non-opposition à sa déclaration préalable de travaux à la SAS Free mobile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Fondettes versera à la SAS Free mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Fondettes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS la SAS Free mobile et à la commune de Fondettes.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Pajot, conseillère,

Mme Bailleul, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Clotilde C

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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