mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JANVIER-LUPART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2021 et le 9 juin 2022, Mme E C, représentée par Me Janvier-Lupart, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 30 avril 2021 par lesquelles la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'ancien article L. 314-11 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'ancien article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre très subsidiaire de réexaminer sa situation personnelle et de l'admettre provisoirement au séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'ancien article L. 314-11 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'ancien article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un défaut d'examen ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure résultant de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue par l'ancien article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est illégale par voie d'exception de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, née le 17 mai 1961, ressortissante ivoirienne, est entrée en France le 2 juin 2019 munie d'un passeport et d'un visa court séjour valable du 25 mai 2019 au 22 novembre 2019. Le 8 août 2019, elle a sollicité la régularisation de sa situation administrative en qualité d'ascendante de française et au titre de ses liens personnels et familiaux en France. Le 30 avril 2021, la préfète du Loiret a pris à son encontre un arrêté par lequel elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce que la préfète du Loiret n'aurait pas examiné sa situation personnelle de la requérante.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour : / () 2° A l'enfant étranger d'un ressortissant de nationalité française () ainsi qu'aux ascendants d'un tel ressortissant et de son conjoint qui sont à sa charge, sous réserve qu'ils produisent un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois () ".
4. Si Mme C fait valoir qu'elle n'a aucune autonomie financière et est à la charge de sa fille, D A, née le 2 août 1984, de nationalité française, elle n'établit ni même n'allègue être entrée en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois. Ainsi, la préfète du Loiret pouvait légalement lui refuser pour ce motif la délivrance du titre de séjour prévu par les dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 314-11 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme C se prévaut de la nécessité de sa présence auprès de sa fille D A, de nationalité française, qui est la seule à travailler et subvient à ses besoins, alors qu'elle-même est âgée, sans diplômes ni formations, et dans l'incapacité physique de travailler. Elle soutient que ses filles D et B A résident en France depuis 2009. Elle ajoute que l'essentiel de sa famille vit en France et que ses parents sont décédés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2019 alors que ses filles sont venues en 2009, de sorte qu'elles ont vécu séparément pendant dix ans. De même, si l'intéressée allègue être à la charge de sa fille D A, qui subvient à ses besoins, et produit en ce sens divers justificatifs de virements Western Union réalisés par celle-ci à son profit durant les années 2011, 2012 et 2013, rien ne s'oppose à ce que ces virements se poursuivent si l'intéressée est renvoyée dans son pays d'origine alors, au demeurant, qu'elle ne produit pas de pièces justifiant de la contribution de sa fille à son entretien entre 2014 et la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la requérante ne produit aucune pièce permettant d'établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des relations qu'elle entretient avec ses filles D et B A et les enfants de celles-ci. En outre, la requérante, qui est divorcée, n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, où réside notamment sa troisième fille, Mme F A née le 2 août 1984, et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, entrée en France récemment le 2 juin 2019, elle ne verse aucun élément de nature à démonter une particulière intégration à la société française.
7. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, la préfète du Loiret n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision litigieuse : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". En outre, aux termes de l'article L. 312-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des dispositions des articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou qui, ayant sollicité leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du même code, justifient résider habituellement en France depuis plus de dix ans.
9. Ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 7, Mme C n'établit pas remplir effectivement les conditions prévues par les articles L. 313-11 et L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Dès lors, la préfète du Loiret n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écartée.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 202La présidente-rapporteure,
Anne G
L'assesseure la plus ancienne,
Laurence VINCENT
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026