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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104546

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104546

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté de refus de titre de séjour doit être regardé, en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, comme étant entaché de vices de procédure au regard des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant bornée à reprendre à son compte, sans avis personnel, l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé, lequel nécessite une prise en charge au plan médical et un traitement dont elle ne pourra pas bénéficier au Gabon, son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme Rouault-Chalier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 6 septembre 1966, est entrée en France le 11 août 2015 sous couvert d'un visa court séjour. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour accordés pour raison de santé de l'année 2015 à l'année 2020. Elle a sollicité, le 20 octobre 2020, le renouvellement de son admission au séjour pour le même motif mais sa demande a été rejetée par un arrêté du 30 avril 2021 de la préfète d'Indre-et-Loire qui a, en outre, assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Le 12 mai 2021, Mme B a présenté une nouvelle demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 septembre 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. () ".

3. En l'espèce, la requérante se prévaut de ce que l'avis médical la concernant n'est pas produit, ce qui ne permet pas de s'assurer de la régularité de la procédure suivie en amont du refus de délivrance du titre de séjour, au regard des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort de l'avis médical du 2 février 2021, produit en cours d'instance par la préfète d'Indre-et-Loire, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale de l'intéressée, en apportant les précisions sur son état de santé exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité. Il a ainsi indiqué que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. En outre, il ressort du même document, qui porte mention de l'identité des trois médecins l'ayant émis et signé, que le médecin-rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis. Cet avis étant de nature à permettre à la préfète de prendre une décision de façon éclairée quant à la nécessité de délivrer un titre de séjour à la requérante, cette dernière n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entachée de vices de procédure.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire se serait cru en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser à Mme B le renouvellement du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen est, par suite, écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser un titre de séjour à Mme B, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 février 2021 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié. Pour contredire cet avis, la requérante, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle souffre de drépanocytose. Elle indique, en se prévalant d'un compte rendu de consultation établi le 11 juin 2021 par le médecin coordonnateur du centre de compétence des pathologies héréditaires du globule rouge du centre hospitalier régional universitaire de Tours, que la mise en place d'une prothèse a été envisagée dans le cadre de la prise en charge de l'ostéonécrose dont elle est atteinte et que l'avis d'un orthopédiste a été sollicité. Néanmoins, et alors qu'il est précisé qu'au jour de la consultation, la boiterie de Mme B est nettement réduite et que l'intéressée est bien soulagée par la prise d'antalgique de palier 2, aucune autre pièce plus récente n'est versée aux débats indiquant qu'une décision chirurgicale aurait effectivement été prise. Ainsi, ce compte rendu, qui fait par ailleurs état d'une " situation relativement stable ", d'un bilan biologique normal et d'un suivi tous les six mois, ne permet pas à lui seul de remettre en cause l'appréciation portée par la préfète d'Indre-et-Loire, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, en se bornant à produire un article de l'école des hautes études en sciences sociales dans le cadre d'une soutenance de thèse à propos du don du sang au Gabon et une interview d'un pédiatre gabonais publiée sur Gabon Review dressant un état de la drépanocytose dans ce pays et invoquant le coût du traitement et de la prise en charge des enfants drépanocytaires, la requérante n'établit pas l'impossibilité qu'elle invoque de bénéficier d'un accès effectif, dans son pays d'origine, aux traitements nécessités par son état de santé et en particulier aux transfusions sanguines dont elle a besoin. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète d'Indre-et-Loire en refusant de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour pour raisons de santé doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia ROUAULT-CHALIER

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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