lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ESNAULT-BENMOUSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Esnault-Benmoussa demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est insuffisamment motivé, notamment en ce qu'il ne précise pas sur quelles informations relatives à l'existence d'un traitement en Algérie il se fonde ;
- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a émis l'avis ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé, dès lors qu'il ne pourra pas avoir accès, dans son pays d'origine, au traitement que celui-ci nécessite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 21 juin 1988, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 28 octobre 2019. Le 28 novembre suivant, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 mais s'est vu opposer, le 9 mars 2020, une décision de refus, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressé a présenté, le 7 mai 2021, une nouvelle demande sur le même fondement. Par un arrêté du 30 septembre 2021, dont M. B sollicite l'annulation, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays de renvoi.
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".
3. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux ressortissants algériens sollicitant un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 du même code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des rapports médicaux et avis mentionnés aux articles
R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces versées au dossier que la préfète d'Indre-et-Loire a produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 août 2021, lequel précise que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet avis satisfait aux exigences de motivation posées par l'arrêté du 27 décembre 2016. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de préciser expressément les critères retenus pour apprécier, notamment, l'existence de traitements appropriés dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des mentions figurant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel comporte outre le nom et la qualité des trois médecins ayant siégé au sein du collège ainsi que leur signature, l'identité du médecin rapporteur, que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège de médecins. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
6. En dernier lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la disponibilité effective d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges.
7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée, notamment, sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 août 2021 selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une gravité exceptionnelle, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, il pourra y recevoir effectivement les soins dont il a besoin et peut voyager sans risque vers ce pays. Afin de contester cet avis, M. B produit un certificat médical établi le 21 septembre 2020 par un praticien hospitalier du pôle néphrologie-immunologie clinique du centre hospitalier régional universitaire de Tours ainsi qu'un certificat du 22 octobre 2021 d'un médecin généraliste, dont il ressort que l'intéressé souffre d'une insuffisance rénale terminale nécessitant une dialyse trois fois par semaine et que ce traitement ne peut être interrompu sans risque pour sa vie. Il se prévaut, en outre, à l'appui de ses affirmations selon lesquelles il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge appropriée en Algérie, d'un " rapport médical " établi le 24 octobre 2021 par un médecin algérien faisant état d'un manque de place et de l'absence de disponibilité de néphrologue au niveau du service de dialyse de l'établissement hospitalier de Sidi Ali de Mostaganem, invoquant un " programme plein ". Toutefois, et alors au surplus que ce dernier document, rédigé sur papier libre, ne comporte aucune en-tête officielle de l'hôpital auquel il fait référence ni ne précise les fonctions qu'y occupe son auteur, ces seuls éléments sont insuffisants pour contredire tant l'avis émis par le collège de médecins que l'appréciation portée par la préfète sur la possibilité pour M. B de bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2021 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées ainsi que, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Viéville, premier conseiller,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La présidente-rapporteure
Patricia C
L'assesseur le plus ancien,
Sébastien VIEVILLE
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026