jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | WEINKOPF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 décembre 2021, le 5 avril 2023, le 3 juillet 2023, communiqués, et un mémoire enregistré le 10 septembre 2024, non communiqué, M. E G, Mme H G, Mme K J et M. A J, représentés par la SELARL Krovnikoff-Gally, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2019 par lequel le maire de Huisseau-sur-Mauves a délivré un permis de construire à M. I pour l'extension et le réaménagement d'une salle de réception sur un bâtiment situé rue de Montpipeau sur le territoire de cette commune ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 adopté par la même autorité portant permis de construire modificatif ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Huisseau-sur-Mauves une somme de 1 250 euros à verser à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne l'arrêté du 17 juillet 2019 portant permis de construire initial :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- la demande de permis de construire comporte une inexactitude quant à la destination de la construction existante ;
- le maire était tenu de rejeter la demande de permis de construire eu égard à son caractère frauduleux ;
- la restauration du bâtiment a été réalisée sans respecter les matériaux et le caractère historique du site et n'aurait pas été validée par l'Architecte des Bâtiments de France dans ces conditions ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions des articles N12 et A12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Huisseau-sur-Mauves ;
- le parking prévu n'a toujours pas été réalisé ;
En ce qui concerne l'arrêté du 14 avril 2022 portant permis de construire modificatif :
- la demande de permis de construire modificatif est entachée d'une fraude quant à la représentation des zones A et N du PLU ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions des articles N1 et N2 du règlement du PLU.
Par un mémoire en intervention enregistré le 5 avril 2023, Mme C B et M. F B, représentés par la SELARL Krovnikoff-Gally, concluent à l'annulation des arrêtés attaqués par les requérants et à ce qu'une somme de 1 250 à verser à chacun d'entre eux soit mise à la charge de la commune de Huisseau-sur-Mauves en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soulèvent les mêmes moyens que les requérants.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 février 2023, le 30 mai 2023 et le 3 septembre 2023, la commune de Huisseau-sur-Mauves, représentée par Me Weinkopf, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ou des dispositions de l'article L. 600-5-1 du même code ;
3°) dans tous les cas, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens dirigés contre le permis de construire initial sont inopérants dès lors qu'un permis de construire modificatif a régularisé l'ensemble des vices ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, M. I, représenté par la SCP Wedrychowski et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- les observations de Me Gally, représentant les requérants et les intervenants,
- les observations de Me Weinkopf, représentant la commune de Huisseau-sur-Mauves,
- et les observations de Me Palmace, représentant M. I.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 juillet 2019, le maire de Huisseau-sur-Mauves (Loiret) a délivré un permis de construire à M. I pour l'extension et le réaménagement d'une salle de réception située dans le château de Montpipeau, sur le territoire de sa commune. Le 26 novembre 2021, le titulaire de cette autorisation a déposé une demande de permis de construire modificatif, qui lui a été délivré par un arrêté du 14 avril 2022. Les consorts G et J demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'intervention de M. et Mme B :
2. Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. En l'espèce, M. et Mme B sont propriétaires de parcelles situées à proximité du projet litigieux, depuis lesquelles ils ont des vues directes sur le château du Montpipeau. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt à intervenir dans la présente instance au soutien de la requête présentée par les consorts G et J. Par suite, leur intervention doit être admise.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. () ". L'article R. 151-35 du même code dispose : " Dans les zones A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole, ou la qualité paysagère du site. ".
4. Si l'autorité administrative doit s'en tenir aux déclarations du pétitionnaire s'agissant de son projet et ne peut en principe, sauf en cas de fraude, refuser de délivrer un permis de construire au motif que l'exécution du permis ne serait pas conforme aux déclarations du pétitionnaire, il lui appartient en revanche de vérifier l'exactitude des mentions relatives à la réalité du bien existant.
5. En l'espèce, les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire initial est entaché d'une inexactitude en tant qu'il mentionne que la destination existante du bien correspond au commerce, d'une part, et à l'exploitation agricole ou forestière, d'autre part. Les requérants font valoir que le château de Montpipeau était auparavant à destination d'habitation et que le permis de construire litigieux autorise ainsi un changement de destination. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'acte de vente conclu entre les anciens propriétaires du château de Montpipeau et M. I en date du 25 juin 2018, que les vendeurs ont déclaré que " le bien est actuellement à usage d'habitation " et que l'acquéreur a déclaré qu'il " entend conserver cet usage ", sans que ce document ne précise que cette destination ne vaut que pour une partie de l'ensemble immobilier concerné par la vente. Si des photographies de l'intérieur du château montrent des pièces inhabitées, les défendeurs ne peuvent utilement soutenir que l'usage initial d'habitation aurait cessé en raison de son abandon alors qu'en tout état de cause il ressort de l'acte de vente susmentionné que le château était habité l'année précédant la délivrance de l'autorisation attaquée et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le château aurait dans l'intervalle fait l'objet d'une autorisation de changement de destination. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire initial est entaché d'une inexactitude quant à la destination existante du bien.
6. Les requérants soutiennent qu'aucune autorisation ne pouvait être accordée dans ces conditions dès lors que le château de Montpipeau ne peut pas faire l'objet d'un changement de destination en vertu de la réglementation d'urbanisme applicable. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la parcelle constituant l'assiette du projet d'extension litigieux est située en partie en zone agricole et pour le reste en zone naturelle, au sein desquelles seules des constructions identifiées par le règlement du PLU pourraient faire l'objet d'un changement de destination et, d'autre part, que le règlement du PLU de la commune de Huisseau-sur-Mauves en vigueur ne désigne pas le château du Montpipeau comme bâtiment pouvant faire l'objet d'un changement de destination. Dans ces conditions, l'inexactitude quant à la destination du bien existant est de nature à avoir faussé l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet au PLU. Par suite et dès lors que la délivrance d'un permis de construire modificatif par l'arrêté du 14 avril 2022 n'a pas eu pour effet de régulariser ce vice, le moyen doit être accueilli.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'autorisation litigieuse.
Sur la régularisation :
8. L'article L. 600-5 du code de l'urbanisme dispose : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce (). Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. " et aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".
9. En vertu de ces dispositions, un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
10. D'une part, le vice tiré de l'inexactitude du dossier de demande de permis de construire quant à la destination du bien existant n'affecte pas une partie identifiable du projet de M. I. Dans ces conditions, les conclusions subsidiaires de la commune de Huisseau-sur-Mauves tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme doivent être rejetées. D'autre part, aucun changement de destination du château du Montpipeau n'étant possible en l'état du règlement du PLU de la commune de Huisseau-sur-Mauves, aucune modification n'est susceptible de régulariser le projet litigieux sans en changer la nature même. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du même code doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2019 portant délivrance du permis de construire initial et de l'arrêté du 14 avril 2022 portant délivrance du permis de construire modificatif.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante, les sommes demandées par la commune de Huisseau-sur-Mauves et M. I au titre des frais non compris dans les dépens.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Huisseau-sur-Mauves une somme de 1 500 euros à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. En revanche, les auteurs d'une intervention n'étant pas parties à l'instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. et Mme B soit mise à la charge de la commune de Huisseau-sur-Mauves.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de M. et Mme B est admise.
Article 2 : Les arrêtés du 17 juillet 2019 et du 14 avril 2022 du maire de Huisseau-sur-Mauves sont annulés.
Article 3 : La commune de Huisseau-sur-Mauves versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme G et à M. et Mme J en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties et des intervenants est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme H G, à M. E G, à Mme K J, à M. A J, à M. F B, à Mme C B, à la commune de Huisseau-sur-Mauves et à M. D I.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026