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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104592

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104592

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 décembre 2021, le 18 janvier 2022 et le 13 juin 2022, M. B A, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter d'un délai de 48h suivant la notification du jugement à intervenir à titre principal de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement à intervenir et de lui délivrer durant toute la durée de cet examen un récépissé de demande de titre de séjour ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il ne ressort pas de l'arrêté qu'il a été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie au préalable, alors qu'il justifie de plus de 10 ans de présence en France ;

- le refus de titre est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car il remplit les conditions pour l'obtention d'un titre en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ainsi que de son insertion y compris par le travail ; le fichage au Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) opposé par la préfecture ne signifie pas que la personne est coupable de l'infraction visée.

Par un mémoire enregistré le 14 janvier 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 13 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2022.

Par décision du 10 décembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré régulièrement en France en 2008. Il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé ce qui lui a été refusé par un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire du préfet de l'Essonne du 3 mars 2010. Il a ensuite sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 7 mars 2011. M. A a ensuite bénéficié de 2013 à 2016 de titres de séjour en qualité de conjoint de français. Le 18 mai 2018, il a fait l'objet d'un arrêté

portant obligation de quitter le territoire pris par le préfet des Hauts-de-Seine. Le 4 juillet 2019, il a fait l'objet d'un arrêt du préfet de Seine-et-Marne portant obligation de quitter le territoire. Le 10 mars 2021, il a sollicité auprès de la préfète d'Eure-et-Loir son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 30 août 2021, la préfète a refusé de faire droit à cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de la Côte d'Ivoire ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Par un arrêté du 18 janvier 2022, elle l'a ensuite assigné à résidence dans le département pour une durée de 45 jours. Par jugement du 21 janvier 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article R. 776-1 du code de justice administrative a, d'une part, rejeté les conclusions dirigées contre l'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, fixe le pays de destination et prononce une interdiction de retour, ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, les conclusions accessoires à fin d'injonction, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent et des conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que si l'étranger justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans.

4. Il est constant que la préfète d'Eure-et-Loir n'a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour de la demande présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des très nombreux documents produits par le requérant à l'instance, postérieurement au jugement rendu par la magistrate désignée, qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision de refus de titre en litige. Par suite, il est fondé à soutenir que la décision en litige est, pour ce motif, illégale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 30 août 2021 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu de la nature du motif d'annulation retenu et alors qu'en l'état du dossier, aucun autre moyen d'annulation n'est susceptible d'être accueilli, que la préfète d'Eure-et-Loir délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de M. A, en saisissant notamment la commission du titre de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dézallé de la somme de 1 200 euros sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 août 2021 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Dézallé en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète d'Eure-et-Loir et à Me Dézallé.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 202La présidente-rapporteure,

Anne C

L'assesseure la plus ancienne,

Laurence VINCENT

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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