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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2104614

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2104614

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2104614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Echchayb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, la somme de 1 200 euros, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité est entachée d'incompétence négative ; elle est également entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2022, la préfète du Loiret, représentée par

Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et sollicite, en tant que de besoin, une substitution de motifs, le refus de titre de séjour pouvant également reposer sur le fait que l'intéressé ne remplit pas les conditions fixées à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Echchayb, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 1er mai 2003, déclare être entré en France en décembre 2018. Par un jugement du 1er avril 2019, le juge des enfants près le tribunal de Grande instance d'Orléans a ordonné son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du Loiret pour une durée de deux ans, soit jusqu'au 21 mars 2021. Cette mesure a été prorogée jusqu'à sa majorité, soit jusqu'au 1er mai 2021 par une ordonnance du 8 mars 2021. Par lettre du 1er février 2021 il a sollicité la délivrance, à compter de sa majorité, d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 décembre 2021 la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423 22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". En outre, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A, sur le fondement de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète s'est uniquement fondée sur la circonstance que l'acte de naissance ainsi que l'extrait d'acte de naissance accompagné d'un jugement supplétif d'acte de naissance, produits par l'intéressé pour justifier de son état civil, présenteraient un caractère frauduleux. A ce titre, elle produit l'analyse technique effectuée par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières, lesquels formulent un avis défavorable sur l'authenticité de ces documents, aux motifs que le délai légal d'appel de 15 jours entre la date du jugement supplétif et la date de transcription sur les registres d'état civil n'est pas respecté et que la date d'établissement de l'acte de naissance n'est pas inscrite en toutes lettres. Toutefois, cet avis ne comporte aucune conclusion quant au caractère frauduleux des actes produits. Si dans ses écritures en défense, la préfète se prévaut de l'identité de l'écriture du jugement supplétif et de l'acte de naissance et ajoute que, l'extrait d'acte de naissance ne comporte aucun numéro NINA (numéro d'identification nationale attribué à la naissance aux ressortissants maliens), M. A rappelle qu'après évaluation par les services départementaux, il été placé, par ordonnance du juge des enfants du tribunal de Grande instance d'Orléans du 1er avril 2019, sous mesure de protection auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et que, cette mesure a été par la suite prorogée jusqu'à sa majorité, par ordonnance du 8 mars 2021, sans que le juge n'ordonne de mesure d'instruction supplémentaire pour établir sa minorité, laquelle n'a jamais été remise en cause. Compte tenu de ce qui précède, la préfète n'a pu légalement remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil produits par le requérant et, par conséquent, refuser de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas de son identité conformément à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Par ailleurs, la préfète fait valoir qu'à supposer même que l'intéressé ait été mineur lors de son entrée sur le territoire, il ne remplit pas les autres conditions posées par l'article L. 423-32 pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité, demandant, en tant que de besoin la substitution de ce motif à celui retenu dans la décision contestée pour fonder le refus opposé à M. A. A ce titre, elle conteste le caractère réel et sérieux de la formation suivie par le jeune homme, en faisant valoir qu'il ne maitriserait pas suffisamment la langue française et affirme que sa capacité à s'insérer sur le marché du travail, dans le secteur de la serrurerie métallerie, n'est pas établie. Elle ajoute qu'il maintient des relations avec sa sœur, restée dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et plus spécialement du rapport de l'unité départementale des mineurs non accompagnés que, depuis son entrée en France, l'intéressé - qui certes éprouve des difficultés dans l'apprentissage de la langue- a beaucoup progressé. Il a ainsi obtenu le diplôme d'études en langue française niveau A2. Ce rapport revient sur son très grand sérieux, confirmé par ses professeurs, ce qui lui a permis d'obtenir le diplôme national du brevet en juillet 2020. Inscrit en 1ere année de CAP de serrurerie lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, il établit avoir depuis obtenu son certificat d'aptitude professionnelle en ce domaine. Compte tenu de ce comportement il a bénéficié, au-delà de sa majorité, d'une bourse du conseil départemental du Loiret pour pouvoir terminer sa formation. Son hébergement a également été pris en charge par la collectivité départementale. Il s'ensuit que la préfète ne peut davantage fonder son refus sur la circonstance que M. A ne remplirait pas les conditions de l'article L. 423-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution demandée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler la décision l'obligeant à quitter le territoire français laquelle se trouve, du fait de l'annulation de la décision portant refus de séjour, privée de base légale. Il en est de même de la décision fixant le pays de renvoi, laquelle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire.

6. Eu égard à ce qui vient d'être dit aux points 2 à 5, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté préfectoral du 14 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Echchayb la somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Copie en sera adressée, pour information, au procureur de la République près le tribunal judicaire d'Orléans et à Me Echchayb.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

Hélène C

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE

La greffière

Martine DESSOLAS

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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