mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 décembre 2021 et le 13 juin 2022, M. D B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 novembre 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi, ensemble la décision du même jour de remise de son passeport ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui restituer son passeport en cours de validité et de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au regard des dispositions des articles L.423-23 ou L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros de jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée d'une contradiction car l'autorité préfectorale explique les raisons selon lesquelles il ne remplirait pas les conditions de délivrance d'une autorisation de travail tout en mentionnant que les services de la main d'oeuvre étrangère ont rendu le 22 septembre 2021 un avis favorable à la demande d'autorisation de travail formulée par l'employeur ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière notamment de son insertion professionnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit car les règles fixées aux articles L.5221-2 et suivants du Code du travail ne sont pas opposables aux demandes d'admission exceptionnelle au séjour ; par suite c'est à tort que la préfète oppose qu'il n'exerce pas d'activité professionnelle relevant de la liste des métiers en tensions, qu'il n'établit pas que d'autres candidatures ne correspondaient pas aux caractéristiques du poste proposé et qu'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'autorisation de travail ; les demandes d'admission exceptionnelle au séjour n'ont pas à être instruites selon les règles prévues par le code du travail, mais au regard de l'ancienneté de séjour et de travail en France, de l'expérience professionnelle de l'étranger, de ses qualifications et des spécificités de son emploi ; l'autorité préfectorale n'a pris en considération ni son expérience professionnelle, ni le fait qu'il détient un contrat à durée indéterminée, ni sa rémunération mensuelle largement supérieure au SMIC depuis 38 mois à la date de la décision en litige, ni son ancienneté de travail pour le même employeur, ni la pleine satisfaction de son employeur du requérant compte-tenu du sérieux et de l'implication de celui-ci ;
- elle méconnait l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car il a constitué en France, où il réside depuis le mois d'octobre 2016, le centre de sa vie personnelle et familiale, il y a de nombreux membres de sa famille, qui ont la nationalité française, il justifie déclarer ses revenus depuis l'année 2018 et d'un contrat de location pour un logement qu'il occupe en commun avec sa concubine étudiante titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et il est désormais dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où ne réside que son père biologique, qui ne l'a pas élevé, et où sa mère est décédée en 2013 ;
- la préfète a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il justifie de motifs humanitaires, liés à sa situation familiale, et de motifs exceptionnels, liés à son expérience professionnelle ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de délivrance de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car sa mise à exécution de la décision en litige réduirait à néant les efforts d'insertion sociale et professionnelle et entraînerait une séparation brutale avec sa concubine et avec tous les membres de sa famille et il serait totalement isolé dans son pays d'origine où il ne dispose d'aucune attache ni personnelle ni familiale ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
S'agissant de la mesure de remise du passeport :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle n'est pas motivée en droit car l'arrêté n'en fait pas mention et le récépissé de rétention de document d'identité qui lui a été remis le 26 novembre 2021 ne vise ni l'article L.721-8 du CESEDA ni même l'article R. 721-7 du même code et ne fait pas, en méconnaissance de cet article R. 721-7, mention du fait qu'un délai de départ volontaire lui ait été accordé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Hertz représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B ressortissant malgache né le 17 novembre 1994, est entré régulièrement en France le 3 octobre 2016 où il s'est maintenu à l'expiration de son visa de court séjour. Il a sollicité le 28 juillet 2021 une admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 26 novembre 2021, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, présent en France depuis 5 ans à la date de l'arrêté attaqué, y justifie d'une particulière insertion professionnelle depuis au moins janvier 2018, qu'il exerce depuis le mois d'octobre 2018, un emploi de conducteur livreur au sein de la même société pour une rémunération supérieure au SMIC, sous couvert depuis avril 2019 d'un contrat à durée indéterminée et que son employeur a complété une demande d'autorisation de travail pour laquelle les services de la main d'oeuvre étrangère ont rendu un avis favorable le 22 septembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que si le requérant est célibataire sans enfant, il établit avoir une vie commune avec une étudiante titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et des liens forts avec de nombreux membres de sa famille résidant en France, certains de nationalité française. Il justifie également avoir souscrit un contrat de location et déclarer ses impôts depuis 2018. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne conserve dans son pays d'origine, où sa mère est décédée en 2013, que son père biologique, dont il soutient sans contredit qu'il ne l'a pas élevé. Dès lors, au regard de son ancienneté de présence en France, de ses liens familiaux et personnels sur le territoire national et de sa parfaite intégration tant professionnelle que sociale, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour la préfète d'Eure-et-Loir a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
3. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et la décision de remise de son passeport.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, compte-tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait, que soit délivré à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, qu'il soit muni d'une autorisation provisoire de séjour et de travail et que son passeport lui soit restitué. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de prendre ces mesures dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2021 de la préfète d'Eure-et-Loir est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de lui restituer son passeport et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour et de travail.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 202La présidente-rapporteure,
Anne C
L'assesseure la plus ancienne,
Laurence VINCENT
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026