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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200069

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200069

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 janvier 2022 et le 2 juin 2022, Mme E épouse D, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté de la préfète du Loiret du 27 octobre 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 540 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, soit la somme de 660 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation au regard des articles L. 433-6 et R. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait car elle est mère de deux enfants majeurs présents sur le territoire français et non d'un enfant mineur ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 11 avril 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive, le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision pour introduire une requête n'ayant pas été respecté ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2201018 du 13 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif d'Orléans.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse D, ressortissante gabonaise née le 3 décembre 1973, est entrée sur le territoire français le 24 octobre 2018, sous couvert d'un visa valable du 5 octobre 2018 au 4 octobre 2019, à la suite d'un accident de la circulation ayant nécessité son transfert au centre hospitalier régional d'Orléans. En raison de son état de santé, elle s'est vue délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 juin 2019 au 18 juin 2020, renouvelée une fois jusqu'au 11 juillet 2021. Par courrier du 21 mars 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pluri-annuel. Par arrêté du 27 octobre 2021 dont elle demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L.614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. () ". Aux termes de l'article R.776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (). 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

3. Il ressort de l'arrêté attaqué, qui mentionne les voies et délais de recours, que celui-ci a été pris sur le fondement de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante disposait d'un délai de trente jours pour introduire une requête devant le tribunal à compter de la notification de l'arrêté attaqué daté du 27 octobre 2021 et non d'un délai de 15 jours comme l'indique de manière erronée la notice mentionnant les voies et délais de recours accompagnant l'arrêté attaqué. Il est en outre constant qu'elle a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 22 novembre 2021, suspendant le délai de recours. Dans ces conditions, la requête n'est pas tardive et est dès lors, recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6 ".

5. Aux termes de l'article R. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des articles L. 421-2 et L. 421-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré le document de séjour dont il est titulaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour la délivrance de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle correspondant au nouveau motif de séjour invoqué et justifiant qu'il satisfait aux conditions requises pour celles-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code ".

6. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".

7. Au cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a présenté, le 21 mars 2021, une demande de renouvellement de son titre de séjour pour " motifs d'assimilation et d'insertion en France " alors qu'elle était détentrice d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Il est constant que la préfète n'a instruit sa demande que dans le cadre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux étrangers dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale. Il ressort également des pièces du dossier que la préfète lui a retourné le 24 mars 2021 sa demande de titre présentée sur cet autre fondement au motif qu'elle bénéficiait déjà d'un titre de séjour n'expirant que le 11 juillet 2021. Dans ces conditions, la préfète a commis une erreur de droit au regard des articles précités, sans pouvoir lui opposer dans ses écritures en défense le délai de deux mois prévu par l'article R. 431-5 1° du même code, celui-ci ne subordonnant pas la recevabilité de sa demande à l'anticipation de ce délai, comme le soutient à juste titre la requérante.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, comme le soutient la requérante, elle n'est pas mère d'un enfant mineur comme l'indique de manière erronée la décision attaquée, mais de deux enfants majeurs présents en France. Il ressort également des pièces du dossier que son fils aîné, A C, né le 28 mars 1996, est détenteur d'une autorisation provisoire de séjour, en cours de renouvellement à la date de la décision attaquée, en raison de sa scolarisation en terminale de BTS comptabilité et gestion pour l'année 2021-2022 tandis que son fil Chad Tali, né le 24 novembre 2001 et scolarisé en classe de terminale professionnelle " technicien d'usage ", a déposé une demande de titre de séjour en cours d'instruction. Il n'est en outre pas contesté que si elle est mariée, elle vit séparée de son mari depuis 2018. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ainsi qu'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

9. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme D, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif d'Orléans en date du 10 décembre 2021. D'une part, elle n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocate de Mme D n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si cette dernière n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat à rembourser à Mme D la part des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2021 de la préfète du Loiret est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 540 euros au titre des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E épouse D, à la préfète du Loiret et à Me Duplantier.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Laurence B

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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