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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200127

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200127

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier et 22 mars 2022, Mme A D épouse B, représentée par Me Madrid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle a la nationalité ou tout pays dans lequel elle est légalement admissible comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée, en particulier en ce qui concerne son parcours médical en France ainsi que les éléments de sa situation personnelle et la présence de sa famille sur le territoire ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la régularité de la procédure mise en œuvre au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'avis du collège des médecins est insuffisamment motivé en ce qu'il ne permet pas de connaître les raisons ayant conduit les médecins à conclure à l'absence de risque en cas de défaut de prise en charge médicale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions fixées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé et que la prise en charge dont elle a besoin s'avère impossible dans son pays d'origine ;

- la préfète a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant, à tort, liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- ces décisions devront être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la préfète n'a pas pris en compte l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle afin de lui accorder un délai de départ plus long ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme D, épouse B ne sont pas fondés.

Mme D épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Tournier, substituant Me Madrid, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, épouse B, ressortissante centrafricaine née le 24 août 1980, est entrée en France le 14 janvier 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 12 septembre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé et s'est vu délivrer, le 3 février 2020, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 5 juillet suivant, renouvelée le 22 octobre 2020 jusqu'au 14 avril 2021. Le 8 avril 2021, l'intéressée a demandé le renouvellement de son autorisation de séjour. Toutefois, estimant que les conditions fixées n'étaient plus remplies, la préfète d'Indre-et-Loire a par un arrêté du 1er septembre 2021 dont Mme B sollicite l'annulation, rejeté sa demande et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la République Centrafricaine ou de tout pays où elle serait légalement admissible.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Si Mme B soutient que la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, dont il fait application. Par ailleurs, elle mentionne la date de naissance, la nationalité et la date d'entrée en France de la requérante et fait référence à sa situation administrative et, notamment, à la circonstance qu'elle s'est vu délivrer, à deux reprises après avis favorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une autorisation provisoire de séjour, dont la dernière expirait le 14 avril 2021. La décision indique également les éléments caractérisant sa situation au regard de son état de santé, en particulier, que si elle nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. L'arrêté précise, en outre, que la requérante n'établit pas avoir des attaches personnelles et familiales en France ni en être dépourvue dans son pays d'origine où elle n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, et alors que la préfète n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de Mme B, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la motivation de la décision attaquée serait succincte en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'un défaut de motivation du refus de titre de séjour doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". En vertu de l'article R. 425-12 du code précité : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. Il ressort des pièces transmises par la préfète d'Indre-et-Loire qu'un rapport médical a été établi le 15 mai 2021 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par

Mme B. Ce rapport a été transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 17 mai suivant. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis, produit à l'instance par la préfète d'Indre-et-Loire, a été émis le 17 juin 2021, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration composé de trois médecins, le médecin rapporteur, dont l'identité a été justifiée par la préfète, n'en faisant pas partie. Il ressort, par ailleurs, des termes mêmes de cet avis que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale de l'intéressée. Il a ainsi indiqué que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Cet avis étant de nature à permettre à la préfète de prendre une décision de façon éclairée quant à la nécessité de délivrer un titre de séjour à la requérante, cette dernière n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entachée d'irrégularités.

7. En quatrième lieu, l'avis émis le 17 juin 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'avait pas à comporter, à supposer même que la requérante souhaite lever le secret médical dans le cadre de l'instance contentieuse, de précisions sur la pathologie qui l'affecte ou les traitements qu'elle suit, données couvertes par le secret médical. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de préciser expressément les critères retenus pour apprécier notamment l'existence de traitements appropriés dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour

qu'elle sollicitait, la préfète d'Indre-et-Loire s'est appropriée les termes de l'avis rendu le

17 juin 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'elle se serait estimée liée par cet avis. Il résulte, en effet, des motifs mêmes de la décision attaquée qu'elle s'est livrée à un examen de la situation personnelle de l'intéressée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète d'Indre-et-Loire a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant à tort en situation de compétence liée par l'avis médical du 17 juin 2021 doit être écarté.

9. En sixième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

10. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'elle a subi, le 10 janvier 2020, une myomectomie pratiquée au sein du pôle gynécologie obstétrique du centre hospitalier régional universitaire de Tours, à la suite de laquelle elle a déclenché un grave diabète pour lequel elle est suivie dans ce même établissement. Elle soutient que sans la prise en charge médicale pluridisciplinaire dont elle bénéficie, son état de santé, qui n'est pas stabilisé, risque de s'aggraver de manière très importante, comme le confirme d'ailleurs le fait qu'une nouvelle opération a dû être programmée. Elle précise que ce n'est qu'une fois arrivée en France qu'un diagnostic a pu être posé et qu'elle a pu être correctement soignée, aucune prise en charge médicale n'ayant été possible dans son pays d'origine, où elle a vécu de nombreuses années avec des douleurs extrêmes. Si Mme B produit à l'instance les pièces de son dossier médical se rapportant à l'intervention de myomectomie, et comportant de nombreuses ordonnances établies entre septembre 2019 et août 2021, un compte rendu opératoire du 10 janvier 2020, un compte rendu de consultation du 11 février 2020 et un bulletin de situation du 13 mars 2020, ces éléments, qui sont contemporains de la période pendant laquelle l'intéressée a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étrangère malade, ne remettent pas sérieusement en cause l'appréciation concernant son état de santé portée par la préfète dans sa décision du

1er septembre 2021 et s'appuyant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juin 2021. La requérante verse également au dossier plusieurs documents postérieurs à la décision contestée dont un compte rendu d'échographie pelvienne du 17 novembre 2021, deux ordonnances du 30 novembre 2021 et trois du 10 janvier 2022 prescrivant des examens, un rendez-vous pour une IRM pelvienne le 6 janvier 2022 et pour une consultation le 31 mai 2022 ainsi qu'un compte rendu d'hospitalisation le 24 janvier 2022 pour une prise en charge chirurgicale de polypes utérins et un second, établi le 7 février 2022, faisant état d'une coelioscopie d'exploration pour un abcès dans le cul de sac de Douglas. Toutefois ces documents, s'ils attestent de la continuité d'un suivi médical dans les suites de la myomectomie subie par Mme B, ne comportent aucune précision quant à la gravité de ses problèmes de santé et à la possibilité pour l'intéressée de recevoir un traitement approprié à son état dans son pays d'origine. De même, si la requérante fait valoir qu'elle souffre de diabète, elle n'établit pas, en se bornant à produire deux certificats médicaux dont il ressort qu'elle présente un diabète non-insulinodépendant, que ses troubles ne pourraient être pris en charge en République centrafricaine et s'aggraveraient en cas de retour dans son pays d'origine. A cet égard, ni l'article du 12 janvier 2021 intitulé " Crises oubliées : les soins médicaux en République centrafricaine " au contenu très général, ni le rapport du médecin du centre médical et d'imagerie diagnostique Avicenne de Bangui ayant vu Mme B en consultation le

7 septembre 2019 indiquant qu'il n'y a " pas de IRM au pays ", ne permettent de démontrer que l'intéressée serait dans l'impossibilité de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'une prise en charge médicale et d'un traitement appropriés à son état de santé. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. Ainsi qu'il a été indiqué précédemment, les pièces produites à l'instance ne permettent pas d'estimer que Mme B ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en République centrafricaine. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 14 janvier 2019, à l'âge de trente-neuf ans, et n'est pas dépourvue de toute attache familiale en République centrafricaine où vivent son époux et ses deux enfants, dont un mineur. Si elle fait valoir, sans au demeurant préciser le lien de parenté qui l'unit à chacun d'entre eux, que l'ensemble de sa famille proche réside en France ainsi que le frère de nationalité française de son époux, elle n'établit pas entretenir avec les intéressés des liens anciens et d'une particulière intensité. Dans ces conditions, et alors que Mme B ne démontre aucune insertion socio-professionnelle ni ne fait état d'une particulière volonté d'intégration sur le territoire français, la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et de celle fixant son pays d'origine comme pays de destination de cette mesure d'éloignement.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

15. Pour les motifs qui ont été exposés au point 10 s'agissant de son état de santé, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

16. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées contre le délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision en litige, ni d'aucune pièce du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire se serait abstenue d'examiner, au regard de la situation personnelle de la requérante, la nécessité de lui octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

18. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 12, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme B rendait nécessaire l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées, ainsi que, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, épouse B et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La présidente-rapporteure

Patricia C

L'assesseur le plus ancien,

Sébastien VIEVILLE

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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