mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL KOSZCZANSKI BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler et de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berdugo d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète s'est crue, à tort, en situation de compétence liée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 17 juin 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant tunisien né le 11 mai 1987, est entré sur le territoire français le 1er janvier 2011 selon ses déclarations, de manière irrégulière. Il a présenté une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 21 mai 2014, qui a été rejetée par un premier arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 16 juillet 2014 portant également obligation de quitter le territoire français, mesure confirmée par jugement du tribunal administratif d'Orléans du 21 octobre 2014. M. A n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement. Le 28 septembre 2017, il a présenté une demande de titre de séjour " salarié " qui a été rejetée par un deuxième arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 2 mai 2018 qui lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français, mesure à laquelle il n'a pas non plus déféré. Enfin, il a présenté le 27 mai 2021 une demande de titre de séjour, à titre principal, en raison de son état de santé, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2021, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision attaquée vise les stipulations dont il est fait application, en particulier l'accord modifié entre la République française et la République tunisienne en matière de séjour et de travail signé le 17 mars 1988, l'erreur de plume commise par le préfet quant à sa citation exacte et le fait qu'il n'est pas visé les articles de l'accord, ainsi que les articles L.425-9, L.435-1, L. 611-1 1° et 3° ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant sans incidence. Par suite elle est suffisamment motivée en droit. En outre, elle mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant tenant à sa demande de titre sur les différents fondements cités au point 1 du présent jugement. Au surplus, la préfète n'était pas tenue de mentionner tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant de manière exhaustive. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". En vertu de l'article R. 425-15 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant :a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".
6. D'une part, le requérant soutient que l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été communiqué. Toutefois, la préfète a transmis, dans le cadre de cette instance, l'avis rendu par l'OFII qui a été communiqué au requérant dans le respect du principe du contradictoire et qui comporte les mentions expressément prévues par l'arrêté précité. En outre, si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que le directeur général de l'OFII ait désigné les trois médecins ayant siégé au collège qui a rendu l'avis, la préfète produit en défense la décision du directeur général de l'OFII du 10 août 2021 mentionnant, en annexe, les noms des trois médecins ayant effectivement rendu l'avis concernant l'état de santé du requérant, compétents pour rendre l'avis du 7 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.
7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Pour refuser de délivrer au requérant un titre de séjour en qualité d'étranger malade, la préfète d'Eure-et-Loir s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 7 septembre 2021 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cet avis, le requérant soutient qu'il est malentendant, que la maison départementale des personnes handicapées d'Eure-et-Loir lui a reconnu une incapacité supérieure à 80%, qu'il bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés, qu'il s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé depuis 2016 et que depuis le 20 février 2018, il est bénéficiaire d'un dispositif d'accompagnement de " cap emploi " dans le cadre de son insertion professionnelle. Il fait valoir que l'interruption de cet accompagnement entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé mentale et son handicap et qu'il ne peut bénéficier d'un suivi approprié en Tunisie, où il souffrirait de stigmatisation et se retrouverait particulièrement isolé, sans accompagnement de médecins spécialisés en oto-rhino-laryngologie (ORL). En ce sens, il mentionne qu'un rapport d'octobre 2016 établi par l'association tunisienne de défense du droit à la santé indique qu'il existe un manque d'accessibilité des dispositifs d'accompagnement des personnes handicapées. Toutefois, un tel rapport, au demeurant non produit à l'instance, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée à la fois par le collège de médecins de l'OFII et par la préfète d'Eure-et-Loir, dès lors qu'il porte sur l'accessibilité d'un traitement adapté à la pathologie de l'intéressé en Tunisie et non sur les conséquences d'une exceptionnelle gravité du défaut de traitement pour sa santé. Sur ce point, le requérant se borne à soutenir que l'absence de suivi de son handicap présenterait des risques graves pour sa santé mentale. Toutefois, cette allégation, qui n'est assortie d'aucun élément de nature à l'établir, ne permet pas de remettre en cause l'appréciation de la préfète et du collège de médecins de l'OFII. Au surplus, aucune pièce du dossier ne démontre qu'un traitement et un suivi adaptés au handicap du requérant ne seraient pas disponibles en Tunisie. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation commises par la préfète au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète se serait crue en situation de compétence liée au regard de l'avis rendu par l'OFII sur l'état de santé du requérant.
10. En cinquième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail signé le 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". En outre, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
11. En tout état de cause, il ressort des dispositions citées au point précédent que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant soit entré en France muni d'un visa de long séjour, ni davantage qu'il ait présenté à la préfète un contrat de travail visé par l'autorité compétente alors que, au demeurant, que ses demandes d'autorisation de travail ont reçu des avis défavorables de la part de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) à deux reprises, le 4 octobre 2017 et le 9 février 2018. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
13. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
14. Le requérant se prévaut de sa présence en France depuis 2011, d'un diplôme en coiffure obtenu en Tunisie en 2005 et d'une intégration professionnelle de plus de quatre ans sur le territoire français. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant a travaillé depuis 2015, d'abord en tant qu'employé polyvalent pour le commerce " Le Petit Chatelet ", puis d'août 2016 à 2019 en tant que coiffeur pour le salon " Rimesh coiffure " et, à compter du 1er novembre 2019, pour le salon " En Vogue ", ces emplois exercés à temps partiel pour une rémunération modeste ne suffisent pas à établir l'existence de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Par ailleurs, s'agissant de sa vie privée et familiale, le requérant fait valoir l'ancienneté de sa présence en France, son intégration dans la société française et sa participation à l'association du football club des sourds de Bobigny. Il soutient qu'il a noué des liens amicaux forts avec les membres de cette association et qu'il trouve un soutien et moral et social auprès de ces personnes qui partagent son handicap. Toutefois, les seules attestations d'amis produites à l'instance, notamment de membres du club de football des sourds de Bobigny, ne suffisent pas à établir l'existence d'attaches suffisamment intenses, anciennes et stables sur le territoire français. En outre, le requérant, qui est célibataire et sans enfants, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents ainsi que des frères et sœurs, selon ses déclarations. Par ailleurs, la durée du séjour de l'intéressé sur le territoire français ne se justifie que par le fait qu'il n'a pas déféré à de précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 16 juillet 2014 et le 2 mai 2018. Au surplus, le seul fait que le requérant souffrirait d'un handicap lié à des problèmes d'audition n'est pas constitutif de considérations humanitaires au sens de l'article cité au point précédent. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
15. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2021 attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Vincent, première conseillère,
M. Joos, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Laurence B
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026